Réouverture des écoles : Grand flou et maxi inquiétudes

Cette rentrée des classes le 12 mai suscite une multitude de questions du côté des parents et des instits alors que le protocole sanitaire vient d’être publié (à lire ci-dessous). Un vrai carcan qui fait virer cette rentrée en casse-tête. C’est dans ce contexte que 329 maires d’Île-de-France refusent une rentrée à marche forcée. Ils l’ont écrit à Macron qui, après le volontariat des parents, accepterait celui des communes… Quelle cacophonie !

L’école va devoir se réinventer. Cinquante-quatre pages : le projet de protocole sanitaire définitif destiné à la communauté éducative en vue de la rentrée du 11 mai est un vrai carcan ! (ci-dessous) Du coup, la réouverture des écoles primaires prévue partout sur le territoire dans une semaine – attention, toutes a priori le 12 mai contrairement à ce qu’avait annoncé le ministre de l’Éducation et contrairement à l’avis du conseil scientifique et à l’Ordre des médecins – laisse encore perplexes nombre de parents et d’enseignants. D’autant que de nombreuses voix s’élèvent contre un déconfinement qui ne passe pas. C’est dans ce contexte que 329 maires d’Île-de-France refusent une rentrée des classes à marche forcée. Ils l’ont écrit à Macron qui, après le volontariat des parents, accepterait celui des communes, selon le Parisien… Sans oublier les transporteurs. Quelle cacophonie !

Maires et directeurs d’école font les comptes

La « majorité des écoles » seront au rendez-vous le 11 mai, a assuré le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, avec un maximum de 15 enfants par classe. Rien n’est moins sûr. Les directrices d’écoles sont en train de faire les comptes – comme les maires à coups de mails – et il n’est pas rare que les trois-quarts des parents de certains écoles disent refuser d’envoyer leurs bambins en classe. Depuis quelques jours, la doxa nationale a changé : la décision de rouvrir tombe directement du ministère mais son application a été renvoyée aux mains tremblantes des maires et des directeurs d’écoles... Habilement, le ministère renvoie aux solutions et aux responsabilités locales… Sachant qu’au moindre cas suspect, le rectorat pourra fermer l’école.

Faire la classe devant une poignée d’élèves ?

« Dans ma classe, témoigne cette jeune instit, j’ai 17 « non » pour 4 « oui » ; six sont en attente… Va-t-on nous envoyer faire la classe physiquement devant une poignée d’élèves ? Dans ce cas, qui fera la classe à ceux qui restent à la maison ? » Un collègue a la solution : « Nous allons demander de fermer une classe provisoirement et un enseignant sera détaché pour élaborer les cours à distance pour toutes les classes. Je ne vois que ça. » Et quand il y aura plus de 15 enfants par classe ?

S’il y a une seconde vague, ils seront restés chez eux durant de longs mois… de mars à septembre, ça va être très très long pour eux, alors que le pays, lui, se déconfine… »

Une autre instit, maman d’une enfant de huit ans, est ambivalente : « Un jour je n’y suis pas favorable, le lendemain je le suis, notamment parce que nos enfants ne voient pas leurs copains depuis déjà deux mois. Et psychiquement ce n’est pas facile tous les jours. Ils ne peuvent pas rester éternellement enfermés. Et s’il y a une seconde vague, ils seront restés chez eux durant de longs mois… de mars à septembre, ça va être très très long pour eux, alors que le pays, lui, se déconfine… » Cette rentrée ne servirait-elle finalement que de répétition générale pour septembre où l’on aurait forcément appris de cette expérience grandeur nature ? Les enseignants seront-ils assurés d’avoir un masque le jour de la rentrée ?

Lavages de mains répétés, jeux proscrits, désinfection du matériel, sens de circulation marqué au sol… Un casse-tête, surtout en maternelle

Pour accueillir les élèves, les écoles devront respecter un protocole sanitaire très strict donc publié aujourd’hui : lavages de mains répétés, jeux proscrits, désinfection du matériel, sens de circulation marqué au sol… Un casse-tête, surtout en maternelle, font valoir certains enseignants. Parfois impossible, disent-ils à tenir, que ce soit en primaire ou en maternelle. « Si un élève touche un livre, on doit le mettre de côté durant cinq jours… ! L’école ne sera qu’une garderie… On sait pourquoi on nous envoie au front : pour que les parents puissent aller travailler… On est un peu de la chair à canon, hein ? Et puis quel bien être pour les enfants présents ? Si c’est pour sortir d’un confinement et les faire entrer dans un autre, non merci ! »

Appel au report de la rentrée du 12 mai

Dans le meilleur des cas, la moitié des enfants rentreront en classe, selon différentes sources. Nombre d’enseignants sont mobilisés contre cette rentrée qu’ils jugent bâclée et dangereuse qui fait prendre des risques inutiles. Cofondateur du Parti de gauche avec Jean-Luc Mélenchon et maire de Grabels, René Revol, premier signataire d’une pétition lancée par le Parti Ouvrier indépendant pour le report de l’ouverture des classes (1) dit : « Tout le monde croit que c’est le maire qui a le pouvoir d’ouvrir ou fermer les écoles. C’est faux. C’est l’Etat. Je suis contre le principe d’ouvrir le 11 mai. C’est une garderie où 50 % des élèves seulement seront présents… » Le maire de Montpellier, Philippe Saurel, dans une interview à France Info ne dit d’ailleurs plus qu’il ne rouvrira pas les écoles. Mais qu’il les fermera « au cas par cas ». Dès qu’il y a un doute, l’école reste fermée. Un doute en termes de proximité avec un cluster, un doute avec la présence du personnel, un doute parce que l’architecture interne de l’école ne supportera pas la distanciation », y détaille ce dimanche Philippe Saurel.

Quelle organisation du temps périscolaire…?

Les problèmes sont de tous ordres. Sanitaires, bien sûr. « On va même peut-être un jour demander aux parents de prendre la température à leurs enfants qui, nous répète-t-on, ne sont que bénignement touchés par le covid-19 et on limite quand même leur nombre en classe… à 15 alors que pour les adultes aucun rassemblement ne doit excéder 10 personnes », s’agace un parent. On en est pas à un paradoxe près. Et puis il y a l’organisation du temps périscolaire. De la présence des animateurs et des Atsem (personnel municipal) « À Montpellier, on atteint dans certaines écoles un taux d’absentéisme de 60 % en temps normal…Si c’est encore le cas on fera comment ? », souffle un vieux routier de l’Education nationale. Les élèves mangeront-ils dans les classes ? Cette organisation militaire n’est évidemment pas du goût de tous. Certains parents vont en effet arrêter leur télétravail pour reprendre voiture et poste dans leur entreprise. « Les gosses ? Je les laisse chez leurs grands-parents, maugrée une jeune maman, dépitée. Oui, je sais, les personnes âgées c’est pas l’idéal… »

Réunions et précisions dans les prochains jours

Dans ce flou total que les inquiétudes sont maximales. Anthony de Souza, responsable du SNU-ipp 34, principal syndicat du premier degré, résume : « Il n’y a plus de consignes pour les niveaux d’élèves, l’organisation est renvoyée au niveau local… Elle est juste subordonnée au respect du protocole sanitaire national, dont certaines mesures sont inapplicables pour les plus jeunes. Du coup, chaque équipe enseignante est censée y réfléchir et communiquer ces modalités très variées aux parents avant la fin de la semaine prochaine… » Des précisions sont espérées très vite à la suite des réunions avec les directeurs académiques dans chaque département dès ce lundi et une réunion au somment avec le ministre de l’Éducation nationale mardi lors d’un Comité technique ministériel.

Olivier SCHLAMA

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Appel pour le report de la rentrée dans les écoles

À l’initiative du Parti Ouvrier, des élus, maires, députés, etc. ont signé un « appel pour le report de la rentrée ». Ils s’interrogent : « Allons-nous prendre des risques ? Il s’agit de nos enfants, de leurs familles, de leurs enseignants mais au-delà, de la population. Nous voulons pouvoir sortir du confinement, mais nous voulons la sécurité (…) Les gestes barrières sont difficiles voire impossibles à automatiser chez les petits, et que ceux-ci vont évoluer dans des espaces confinés. » Et d’ajouter : « Il est vital d’appliquer ici le principe de précaution ; en effet, pourquoi les enfants de nos écoles et leurs enseignants ainsi que tous les personnels deviendraient subitement les premiers de cordée ? Surtout, les enseignants, les directeurs d’école et les élus seront-ils tenus responsables en cas d’incidents dans un établissement ? Une fois de plus depuis le début de cette crise, le gouvernement se défausse de ses responsabilités sur des élus locaux et les collectivités territoriales (…) »

« Dans ces conditions, nous demandons que la rentrée soit reportée à une date ultérieure, pour que l’on puisse rouvrir écoles, collèges et lycées en étant surs que nous ne prenons aucun risque pour notre jeunesse, leur famille, et l’ensemble de la population. »

Parmi les premiers élus signataires : René Revol, maire de Grabels, Pierre Polard, Maire de Capestang, Muriel Ressiguier, Députée LFI 34, Nicolas Cossange, conseiller régional Occitanie, secrétaire fédéral du PCF de l’Hérault, Jean Claude Rodriguez, maire de Brissac, Sylvie Gisbert, adjointe au maire de Capestang, Jean-Marie Lalande, élu municipal à Saint Gely du Fesc, Chantal Vivancos, conseillère municipale de St Pons de Thomières, Georges Cèbe Maire de St Pons de Thomières, Laurent Pellissier, Conseiller municipal à Saint Pons de Thomieres, Jean-Claude Vivancos, conseiller Délégué Mairie de Capestang, Annie Ducla, adjointe au Maire de Capestang, Jean-Pierre Berraud, Maire de Saint-Martin de l’Arçon, Christian Jacques, adjoint au maire de Faugères, Jean Pierre Perez, Maire de Vendres, Michel Royo, adjoint à l’urbanisme , conseiller municipal de Vendres, Gérard Schlindwein, conseiller municipal de Vendres, Laurent Baibarac, Conseiller municipal à Castries, Bernard Coste, maire de Camplong, Christine Pujol conseillère municipale à Saint Gély du Fesc, Partis/organisations : PCF34, PG34, POI34, Ensemble ! 34…

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