Déconfinement : À Montpellier, l’espoir d’un test salivaire rapide

Un test salivaire est en bonne voie pour être sur le marché en mai. Il faut attendre les tests cliniques. Photo : DR.

Un consortium de chercheurs de Montpellier en est à l’origine. Si ce test est validé cliniquement, il sera utilisable dès le mois prochain. Une prouesse scientifique et technique à même de nous aider pour le tant désiré déconfinement.

C’est une belle avancée. Et de bon augure pour la très attendue période de déconfinement comme l’explique plus bas le directeur de recherche au CNRS, Franck Molina. Une languette passée sous la langue que l’on enferme dans un tube à essai portée pendant 30 minutes à 65 degrés : si la languette change de couleur, c’est le covid-19. C’est – presque – pour demain. L’autre avantage de cette montée en température, c’est qu’elle stérilise d’office le tube à une température qui tue le virus.

« Test, test, test ! » Tel est le leitmotiv de l’OMS. « Un consortium français composé de scientifiques du CNRS travaillant au laboratoire Sys2Diag, de la société de biotechnologie SkillCell, de la société Vogo et du CHU de Montpellier annonce le lancement d’une étude clinique pour tester la performance du nouveau test de dépistage EasyCov à partir du 11 avril 2020. Parallèlement, la chaîne de développement, de production et de distribution s’organise pour un déploiement rapide et massif du test aux personnels de santé dès le mois de mai », annonce le CNRS.

Changer d’approche

Cela va singulièrement changer l’approche lourde des tests actuels. Pour la prise de sang, c’est parfois le parcours du combattant. L’objectif du consortium est de mettre sur le marché un test salivaire de diagnostic du virus SARS-CoV- 2 « simple d’utilisation et ne nécessitant pas l’emploi de matériel lourd ». Le test brevetté a été testé et validé avec de l’ARN viral isolé au laboratoire Sys2Diag (CNRS/Alcen) et avec du virus actif au Centre d’études des maladies infectieuses et pharmacologie anti-infectieuse (CNRS/Université de Montpellier). L’étude clinique pilotée par les équipes de Sys2Diag et du CHU de Montpellier permettra de confirmer ou infirmer ses performances en conditions réelles.

Ce test salivaire ne sera pas suffisant mais ce sera un élément important du prochain dispositif de déconfinement

Franck Molina, CNRS

Directeur de recherche au CNRS, Franck Molina juge que « ce test salivaire ne sera pas suffisant ; ce sera un élément important du prochain dispositif de déconfinement. Il va libérer des capacités de tests classiques dans les labos hospitaliers et labos de ville, sous tension. Ce test salivaire est plus « agile », plus destiné à être prescrit par votre médecin traitant, de ville, mais aussi plus largement à toute la population, prisonniers et personnes âgées dans les Ehpad compris. On pourra l’utiliser au tout premier signe, au moindre soupçon. Ce qui est intéressant, c’est qu’il offre une possibilité qui n’existe pas. C’est un outil, sous réserve que l’étude clinique le valide complètement, qui va changer nos pratiques ». Et améliorer le quotidien. Même si, pour l’heure il ne sera pas, dans un premier temps, possible de s’en procurer tout seul. « Dans un premier temps, il sera prescrit par votre médecin ou un labo hospitalier. Mais le but c’est qu’il puisse être rapidement en pharmacie. Nous avons déjà anticipé sur les capacités de production. » 

Scanner, prises de sang…

Pierre-Yves Daclin, radiologue à Agde. Ph. Olivier SCHLAMA

Les autres moyens de dépistage sont, eux, contraignants. Et beaucoup moins rapides. Pour vérifier, par prise de sang, si l’on est positif au Covid-19, c’est le parcours du combattant. Et puis est-ce réalisable à grande échelle pour toute la population ? La prescription par votre médecin traitant est plutôt facile, dans la mesure où votre tableau clinique propose les symptômes du coronavirus. Mais il est  impossible de trouver un laboratoire qui accepte de recevoir les patients infectés. Ce serait trop lourd en terme d’organisation et de désinfection. Les tests PCR au fond des fosses nasales ? Plus de 30 % des tests ne sont pas fiables, faisant du malade un faux négatif…

Tournées d’infirmières

C’est pour cela que s’organisent des tournées d’infirmières à domicile. Comme le fait à Sète Agnès Ragazzini qui a mutualisé les bonnes volontés : « Trente-cinq de nos confrères et consoeurs volontaires participent sur leurs jours de repos à ces tournées », précise-t-elle. Sur le même schéma, Montpellier a son réseau ainsi que la plupart des villes maintenant. Il y a aussi le scanner thoracique, comme celui de Pierre-Yves Daclin à Agde. Mais il a dû créer un véritable drive-in et s’astreindre à un protocole extrêmement lourd avec une « procédure de désinfection de trente minutes minimum ; nous avons du matériel de protection mais pas assez de sur-blouses, indique-t-il. Nous recevons une dizaine de patients suspectés chaque jour… »

Test salivaire : résultat à l’oeil nu

La méthode d’essai clinique pour le test salivaire est simple : « Pour ce faire, 180 personnes seront recrutées par les équipes COVID du CHU de Montpellier à partir de ce 11 avril. Cette étude clinique en double aveugle sera effectuée auprès de patients testés positifs au COVID-19 ainsi qu’auprès du personnel soignant hospitalier supposé négatif. Les analyses de présence d’ARN viral spécifique du SARS-CoV-2 seront faites en parallèle avec une méthode conventionnelle. La sensibilité et la spécificité d’EasyCov pourront aussi être optimisées grâce aux résultats de l’étude qui sont attendus pour la fin avril. »

La prouesse est remarquable. Ce test EasyCov est réalisable simplement, sans laboratoire. Il suffit de prélever de la salive, l’un des principaux vecteurs du virus, et de la placer avec les réactifs à 65°C pendant 30 minutes. Le personnel soignant peut alors lire le résultat à l’œil nu. À la différence de la méthode de test de référence qui demande plusieurs heures de traitement en laboratoire et nécessite des équipements et réactifs importants.

Vers une version grand public

Si les résultats de cette étude clinique s’avèrent concluants, la mise en place rapide d’une chaîne de production efficace et fiable sera indispensable à la mise à disposition massive du test EasyCov en France. SkillCell, filiale du groupe industriel français Alcen, assurera l’identification et la sécurisation des fournisseurs de réactifs, et des partenaires français disposant de capacités de production et de distribution importantes. Tout ceci sera facilité par les besoins très faibles en réactifs d’EasyCov. Cette chaîne pourrait être prête pour un déploiement auprès des personnels soignants dès le mois de mai.

Enfin, le consortium ambitionne le développement d’une version grand public d’Easycov. Dans le cas où le test nécessiterait toujours une incubation à 65°C, le développement et l’industrialisation d’un dispositif nomade de chauffe sont déjà en cours. La société française Vogo, experte dans les systèmes de communication audio et vidéo à haute valeur ajoutée, est en charge du développement et du lancement de l’outil technologique qui permettra d’automatiser l’analyse des résultats par la lecture colorimétrique du test EasyCov, nécessaire pour le dépistage massif de la population.

Olivier SCHLAMA

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