Sète : Un bateau-usine va embouteiller du désinfectant à grande échelle

Le bateau-usine Ôdeep One, amarré à Sète, va produire dès ce mercredi 1er avril 2020 une solution hydroalcoolique à des débits industriels à raison 600 tonnes de désinfectant cette semaine. Photo d'archive Ocean Fresh Water Ships

(Mis à jour le 31 mars). Amarré à Sète, le bateau-usine Ôdeep One est toujours dans l’attente d’aides de l’État ou de partenaires privés. Lui qui habituellement puise de l’eau de mer des grands fonds pour fabriquer une boisson va quand même, à la place, embouteiller du désinfectant en empruntant à sa banque. Il commence ce 1er avril à raison de 600 tonnes de bouteilles par semaine. Pour la suite, la compagnie lance un appel à des partenaires privés.

Déjà à l’origine d’une première mondiale (de l’eau ultrapure captée dans les fonds marins), Régis Revilliod espère être à l’origine d’une seconde initiative sans doute elle aussi unique au monde. Malgré l’absence de financements, notamment espérés de la BPI, tout débute très vite. Dès ce mercredi 1er avril, le bateau-usine Ôdeep One, amarré à Sète,  produira une solution hydroalcoolique à des débits industriels : de 600 tonnes par semaine par semaine de ce produit désinfectant en rythme de croisière, dès le 1er avril. De quoi combler le manque de bouteilles de solutions et de gels dans le pays qui permet de pratiquer les fameux gestes barrière contre l’épidémie de coronavirus. « Toutes les autorisations ont été obtenues, notamment des Douanes et de la Dreal », indique-t-on.

Nous avons reçu l’accord du gouvernement français il y a quatre jours… »

Régis Revilliod, patron de Ocean Fresh Water Ships
Ph. Ocean Fresh Water Ships

Capitaine de marine marchande, Régis Revilliod espérait que les aides de la Bpi (Banque publique d’investissement) arriveront bientôt pour pouvoir lancer la production à bord de l’Ôdeep One, qui ne peut plus appareiller à cause du coronavirus. L’outil de production, qui devra subir quelques transformations pour embouteiller du désinfectant, est à même de manipuler et de stocker de l’alcool à bord. « Notre bateau est déjà classé Seveso et tous nos marins sont pompiers. Nous avons reçu l’accord du gouvernement français il y a quatre jours, via une cellule de crise », confie le président de Ocean Fresh Water Ships, la société propriétaire du bateau, créée en 2013, et qui emploie « 150 personnes ». Les aides ne sont pas là mais Régis Revilliod a décidé de faire « appel à sa banque » pour financer la première semaine de production et d’espérer que des partenaires privés viennent ensuite l’aide financièrement.

De quoi « augmenter considérablement les capacités de production françaises, dit encore Régis Revilliod. Si, aujourd’hui, l’APHP (hôpitaux de Paris) peut compter sur l’engagement de certaines entreprises pour juguler les tensions d’approvisionnement sur les gels hydroalcooliques, qu’en est-il des autres secteurs en sur-activité ? Médecins de ville, pompiers, policiers, chauffeurs de camions, personnels des magasins d’alimentation sont, eux, victimes de la pénurie.« 

Un stock de trois millions de bouteilles

Ph. Ocean Fresh Water Ships

Selon Régis Revilliod, « notre équipage est à pied d’oeuvre pour transformer nos installations. De plus, nous disposons à bord d’un stock de trois millions de préformes (de bouteilles en PET 100 % recyclable). Or, le problème majeur des fabricants de solutions hydroalcooliques, c’est qu’ils sont en manque de contenants qui viennent de Chine et qui sont partout en rupture. Et nous nous les avons et nous pouvons en avoir autant que l’on veut. De plus, les fabricants habituels ont des chaines de fabrication au long cours qui produisent de petites quantités, avec de petits flacons de 20 ml à 200 ml, remplis de façon quasi-manuelle  » Il ajoute : « En outre, nous avons à bord trois millions de bouteilles de 600 ml et notre usine d’embouteillage peut produire 24 000 bouteilles à l’heure ; L’État a répondu favorablement à notre proposition en attente d’un financement de la BPI ou d’un financement privé. » 

Acompte sur commande de 5 millions d’euros demandé

Régis Revilliod. Ph DR.

Il précise : « Tous les feux passent au vert : hier soir, le gouvernement a autorisé le bioéthanol dans la composition de solutions désinfectantes. Et nous avons justement, à 500 mètres du bateau, la société Saipol qui en produit (ses produits ne sont finalement pas compatibles, NDLR). Nous attendons maintenant que l’État, via la BPI, nous verse un acompte sur commande de 5 millions d’euros sur commande pour acheter le contenu, la solution hydroalcoolique. Parce que je n’en ai pas les moyens et les fournisseurs veulent être payés au cul du camion, tout de suite. On a fourni toutes les pièces demandées. On attend… » Il y a urgence : « La demande pour quinze jours ou un mois est de 30 millions de litres de solution hydroalcoolique pour le bon peuple, comme on dit. » Régis Revilliod avance d’autres solutions envisagées de financement possible auprès de grands assureurs, par exemple, ou de fondations d’ampleur nationale. « Mon bateau, c’est un vrai couteau suisse. Je le prête, j’ai le feu vert de l’État. Chaque jour, chaque heure chaque seconde comptent. On est en temps de guerre. »

Une eau rare captée à 2 000 mètres de fond

Ph. Ocean Fresh Water Ships

Le bateau-usine avait lancé la production et la commercialisation de son eau des profondeur en décembre 2019. Une eau rare captée à quelque 250 kilomètres de la côte, « dans la zone des grands fonds à 300 mètres de profondeur par rapport à la surface dans des zones où les fonds atteignent au moins 2000 mètres, en dehors de la majeure partie des polluants majeurs. Cette eau n’est pas pompée mais puisée. Nous nous considérons comme des pêcheurs d’eau. » Qui n’ont pas eu besoin d’autorisation dans les eaux internationales.

Cette exploitation de l’eau des grandes profondeurs, ajoute-t-on à Ocean Fresh Water Ships, que l’on appelle « deep sea water. Elle n’est pas connue dans les pays occidentaux. Elle l’est davantage dans les pays asiatique où elle est souvent coupée avec de l’eau du robinet et du citron. Notre boisson à base de cette eau de mer bénéficie, elle, d’un process unique au monde de filtration. En moyenne l’eau de mer contient 35 grammes de sels ; nous, nous n’en gardons qu’une partie, cinq grammes, et nous ôtons les NaCL, les cholures de sodium. C’est une boisson, par sa composition, légèrement rafraichissante, avec un soupçon de sel, qui rappelle son origine marine. Elle est référencée dans une trentaine d’enseignes de la grande distribution… »

A contrario, l’association Que Choisir est très critique envers cette société. « Ce papier ne fait pas plaisir mais c’est le seul. La journaliste y compare l’eau de mer et l’eau du robinet… Elle y fait intervenir des experts de la Générale des Eaux et de Véolia… » Sur le capital de sa société, Régis Revilliod se veut transparent : « 70 % du capital est détenu par une société familiale, Optimum Consulting, qui fait dans l’ingénierie : je réalise en effet des usines agro-alimentaires et j’automatise des barges de pose de pipe-line. Quant aux 30 % restants, 10 % (3 millions d’euros proviennent de mes amis du monde agrocalimentaire, le directeur financier du groupe Leclerc par exemple. On trouve aussi le fonds d’investissement LCAI. »

Olivier SCHLAMA

À lire également sur Dis-Leur !