Écoles : Le dispositif pour enfants de soignants « fonctionne bien » mais…

Les écoles sont fermées mais certaines restent ouvertes pour accueillir chaque jour les enfants des personnels soignants. Photos : Olivier SCHLAMA

Crèches, établissements scolaires et facs sont fermés depuis lundi 16 mars. Sauf les écoles assurant un service minimum pour les enfants des personnels soignants. La communauté éducative, « en première ligne », réclame des masques. « Pour ne pas être source de contamination et contaminer des soignants dont on a le plus besoin ». 

Josèphe (prénom d’emprunt) est catastrophée. Cette « grand-mère » vivant dans l’Hérault, pour qui le mot « guerre » lancé à six reprises par Macron, avait si fort résonné, a dû, la mort dans l’âme, supprimer son offre de service. « J’avais proposée de garder, bénévolement bien sûr, des enfants de parents obligés de travailler, comme les personnels soignants, et je me suis fait littéralement insultée ! Les gens sur Facebook disaient que je suis une grand-mère et que c’est stupide. »

Avant que son post ne soit supprimé, deux personnes ont quand même accepté d’idée de lui confier leurs enfants « mais pour l’une d’elles je devais aller à Villeveyrac ! C’est hallucinant. » Hors quelques propositions marginales empreintes de solidarité, comme celle de Josèphe, sujets à caution puisque les enfants sont porteurs sains du coronavirus et les personnes âgées les plus fragiles, l’État a mis en place un dispositif de masse qui s’avère très efficace pour garder les enfants de personnels soignants au sens large.

Nous nous sommes assurés de la quantité suffisante de savon, pour les enfants, et de gel hydroalcoolique, pour les adultes »

Rectorat de Montpellier
Ph. M.-A. M.

Les enfants de soignants sont les seuls à encore aller à l’école. Certains établissements scolaires sont choisis pour ouvrir leurs portes pour ces enfants de professionnels qualifiés de « prioritaires » dans la gestion de la crise dès lundi 16 mars. Sur l’ensemble de l’académie de Montpellier, quelque 800 élèves ont été accueillis dans des classes de huit à dix enfants maximum. Le choix des jours de présence est « à la carte » mais la journée est continue jusqu’à 16h30. Le repas, lui, est tiré du sac.

Les enseignants sont mobilisés sur la base du volontariat. Dans une école maternelle de Montpellier, c’est plus de la moitié du personnel qui est présent. La livraison de gel hydro-alcoolique et de savon est arrivée mardi matin.  « Nous nous sommes assurés de la quantité suffisante de savon, pour les enfants, et de gel hydroalcoolique, pour les adultes », assure le rectorat de Montpellier. Seul bémol, et de taille, pour la directrice de l’école maternelle : l’absence de masques.

Le soulagement des parents

Peur et soulagement, deux sentiments que ressentent principalement ces parents. « S’ils avaient d’autres possibilités, ils le feraient », note une directrice d’école à Montpellier. Pour l’instant, « très peu d’élèves sont encore présents », révèle-t-elle. L’annonce d’Emmanuel Macron, assurant ce service minimum, « était tardive ». Depuis le 12 mars, beaucoup de parents avaient pris les devants en réfléchissant avec leur entourage proche. Mais la directrice pense qu’ils « ne pourront pas pallier des journées entières pendant X temps ».

La protection avant tout

Ph. M.-A. M.

Des consignes strictes ont été données pour encadrer cet accueil. Les enfants présentant des symptômes ne devaient pas être envoyés dans les établissements. Les locaux ont subi un nettoyage approfondi au préalable, notamment les écoles ayant été lieux de vote dimanche 15 mars. La directrice affirme qu’elle ne fait plus de câlin aux enfants, prenant en compte tous les gestes barrières imposés. « Nous nettoyons les mains des enfants dès qu’ils arrivent et le plus régulièrement possible, garantit-elle. Nous essayons des les tenir éloignés les uns des autres. »

Pour la majorité des autres élèves, c’est un travail à la maison qui les attend. Ceux à l’école n’en font pas pour autant exception. La continuité pédagogique est maintenue avec des séquences encadrées par les enseignants présents tout au long de la journée. « Ce n’est pas simplement de la garderie », clarifie le rectorat de Montpellier. Les enfants arrivent aux horaires habituels de l’école et ont leurs pauses habituelles. Seule différence, ils doivent venir avec un panier-repas fourni par les parents.

Que l’on protège nos collègues avec des masques ! Un enfant, on peut lui répéter les consignes mais quand il vous saute dans les bras pour un câlin ou quand il faut le relever d’une chute ou encore s’il vous éternue d’un coup à la figure, ça devient compliqué… »

Francette Popineau, porte-parole nationale du Snuipp, principal syndicat du premier degré, dit : « Ce système de solidarité a bien commencé. Nous avons beaucoup de maîtres et de maîtresses d’école volontaires. » Mais immédiatement, elle pointe un bémol : « Nous sommes relativement en colère parce que ces enfants de personnels soignants peuvent être porteurs du virus et nous n’avons pas de savon partout dans toutes nos écoles. » Elle est dans son rôle de syndicaliste : « Au moins que l’on protège nos collègues avec des masques ! Un enfant on peut bien sûr lui répéter les consignes de distanciation physique mais quand il vous saute dans les bras pour un câlin ou quand il faut le relever d’une chute ou encore s’il vous éternue d’un coup à la figure… On est humain… Ça devient compliqué. »

On est dans ce que l’on aime le plus de l’école : un service public qui a du sens… »

Francette Popineau, porte-parole nationale du Snuipp

Elle lance : « J’ai peur que si on ne nous protège pas et s’il y a des cas parmi nous, il y ait moins d’instits volontaires dans les écoles pour garder ces enfants-là. C’est un vrai service gratuit que l’on offre. Si les aides-soignantes et infirmières n’avaient pas cette solution, elles ne pourraient pas se payer une garde avec leurs petits salaires et ne pourraient pas aller travailler. Je ne voudrais pas qu’il y ait une démotivation… » Francette Popineau tient à souligner l’inventivité de mes collègues : « Cela va de l’enregistrement de contes à des albums photos de fleurs et en faire deviner les noms, etc. Et puis nombre de maitresses appellent les familles pour prendre des nouvelles ! On est dans ce que l’on aime le plus de l’école : un service public qui a du sens… »

Photo : O.SC.

Ce dispositif n’est pas une mince affaire, selon Magali Kordjani, directrice de l’école Garibaldi à Montpellier. « Il y a aussi avec les instituteurs une équipe d’animateurs municipaux et une équipe réserve d’abord pour assurer des rotations et ensuite au cas où il y ait des défections pour maladies ou autres. Ensuite, il a fallu choisir des écoles grande pour pouvoir laisser au moins un mètre de distance entre chacun d’eux et y accuellir comme à l’école Simenon une trentaine d’élèves. » Elle aussi a une crainte de voir le virus contaminer des enseignants et par ricochet des familles de soignants dont on a le plus besoin : « A Rennes, on me rapporte que sur les dix derniers cas, neuf étaient des enseignants… »

Son homologue du Snuipp, coordinateur académique, Alexis Gigord, instit à Lavérune (Hérault), ne dit pas autre chose : « Certes, l’accueil de ces enfants se passe bien partout mais il reste à trouver des volontaires dans certains endroits, comme à Lattes, près de Montpellier, et certains jours comme le mercredi ou le week-end. » Lui aussi, bien sûr, ne comprend pas que ces enseignants volontaires ne soient pas dotés de masques au risque d’être eux-mêmes « sources de contamination ou être contaminé ! »

Comment va-t-on faire pour les week ends et les prochaines vacances où le confinement risque d’être toujours appliqué… ? »

Guy-Eric Jacquet, instit en Haute-Garonne

Quant à la continuité pédagogique, c’est un grand mot : « Le but du jeu, confie encore Alexis Gigord, c’est qu’il n’y ait pas de coupure totale, de régression chez l’enfant. Mais l’enfant est résilient : il rattrapera le retard. Au mieux, nous assurons une continuité scolaire. » C’est d’autant plus important que l’ENT (environnement numérique de travail)*, l’outil pédagogique pour travailler ses cours à la maison, « plante sans arrêt. Ce qui marche le mieux entre les enseignants et les élèves, c’est le mail… »

Son homologue de Haute-Garonne, Guy-Eric Jacquet est en phase sur le manque de masque et même parfois de matériels sanitaires de base qui concerne des centaines d’enfants rien que sur Toulouse : « Il a fallu attendre lundi soir pour que la mairie de Toulouse, qui ne comprenait pas nos demandes (sic), livre du gel et des gants et nettoie à fond les écoles. Certaines mairies ont aussi rechigné à mettre en place à nos côtés des agents pour occuper l’après-repas et l’après-temps de classe. » Ce n’est pas le cas de Frontignan, près de Sète où la ville a maintenu ouvertes deux écoles, Terres blanches et Anatole-France, pour accueillir une quinzaine d’enfants de personnels de santé de la commune. « Les enseignants assurent le temps scolaire et les animateurs municipaux volontaires, le temps périscolaire, le matin à partir de 7 h 30, à la pause déjeuner – le repas est tiré du sac – et après l’école jusqu’à 18 h 30. À compter de ce mercredi, l’accueil de loisirs est également assuré, toujours exclusivement pour ces enfants dont les parents sont très fortement mobilisés. Afin de préserver la santé des enseignants et animateurs volontaires au maximum, Ville a mis masques, gants et gel hydroalcoolique à leur disposition. »

Désormais, Guy-Eric Jacques souhaite que l’on anticipe, cette fois : « Et comment va-t-on faire pour les week ends et les prochaines vacances où le confinement risque d’être toujours appliqué… ? »

Olivier SCHLAMA & Marie-Amélie MASSON

  • Fonctionnement en alternance des ENT de Toulouse et Montpellier pour éviter la saturation des serveurs. Selon Alexis Gigord, les lundis et mercredis sont réservés aux élèves internautes toulousains et les mardis et jeudis pour ceux de Montpellier (avec alternance lycées le matin et collège l’après-midi, du lundi au jeudi). Le vendredi matin c’est Toulouse, l’après-midi Montpellier.

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