Méditerranée : Après le feu vert pour les bateaux, « libérer la mer par étapes… »

Photo d'archives : Olivier SCHLAMA

Alors que le Premier ministre vient d’annoncer « l’ouverture au cas par cas des plages et lacs sur autorisation des préfets » et que le Parlement de la Mer, instance régionale, a envoyé sa contribution au nom évocateur, Premier de Bordée. L’idée, décrypte Patrick Toustou, délégué interdépartemental de la SNSM, c’est « d’apporter des solutions de terrain à nos dirigeants en vue du déconfinement qui ont en plus une épée de Damoclès au-dessus de la tête ». À la surprise générale, le préfet maritime vient d’accorder les sorties en mer en bateau dès le 11 mai !

À peine le discours du Premier ministre terminé, ce jeudi 7 mai, à la surprise générale, le préfet maritime de Méditerranée a publié un arrêté lourd de conséquences (lire ci-dessous). Le texte permet au bateaux de sortir en mer avec maximum 10 personnes à bord. Et jusqu’à 54 miles. C’est-à-dire l’équivalent sur la terre ferme de 100 km. Cet arrêté est valable jusqu’au 2 juin mais il devrait être prolongé. De quoi mettre la pression sur les préfets terrestres qui devraient accélérer la réouverture des plages…! Ils pourront s’appuyer sur la méthode proposé par le Parlement de la Mer, une instance régionale.

Difficile à sécuriser, à contrôler, nos 220 kilomètres de côtes languedocienne resteront un casse-tête. Mais il faut bien penser à en libérer l’accès et que les autochtones puissent prendre un bol d’air tout en « respectant les gestes barrière et la distanciation physique » et éviter par cet appel d’air un afflux de gens sur les plages et créer ainsi des situations de cluster. Ce qui serait contre-productif.

Totalement à l’arrêt depuis le 17 mars dernier, l’économie bleue représente en Occitanie un chiffre d’affaires de 8 milliards d’euros et plus de 44 000 emplois (des ostréiculteurs aux constructeurs navals). Vice-président du Parlement de la Mer, Patrick Toustou a rédigé une contribution envoyée à Jean Castex, maire de Prades (P.-O.) et surtout Monsieur déconfinement du gouvernement. « On a envoyé la lettre mardi. On attend sa réponse. On espère qu’au lendemain de la fin du confinement on aura un premier arrêté pour la navigation. Ils sont de toute façon obligés de le réécrire puisque l’actuel se termine le 11 mai. », précise Patrick Toustou, par ailleurs délégué interdépartemental pour le Gard et l’Hérault de la SNSM et patron de la SNSM 157 de Valras.

L’idée, c’est : on autorise à nouveau mais de façon limitée et en encadrant les usages. On monte en puissance en plusieurs étapes »

Patrick Toustou

« La préfecture maritime a bien sûr été mise au courant. Elle a plutôt envie que la population renoue avec la mer. Mais elle a peur que les usages soient anarchiques. Ils seront je pense du même avis que nous sur la façon de s’y prendre : on autorise à nouveau mais de façon limitée et en encadrant les usages. On monte en puissance en plusieurs étapes. Nous voulions être force de proposition et éviter que si on demande tout tout se suite on risque un éventuel blocage », ajoute Patrick Toustou, précisant que pour le redémarrage progressif les activités nautiques le Parlement de la mer propose la date du 11 mai.

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Photo : Yuyo

« Les bateaux ne pourraient pas s’éloigner au-delà d’un rayon de 6 miles de leur port d’attache. L’idée c’est que les gens puissent ressortir avec leur bateau et qu’ils puissent lâcher prise. Ces bateaux de petite navigation auront sans doute souffert ne n’avoir pas navigué, les moteurs n’auront pas tourné, etc. Et traditionnellement à chaque début de saison il y a tout un tas de pannes. Et que l’on n’ait pas un trop gros afflux d’usagers d’un coup. » La phase 2 serait le cabotage complet avec obligation de se signaler aux ports pour savoir s’il y a la place et auprès du sémaphore. » Ensuite, il y aurait ouverture à l’international, notamment l’Espagne en ce qui nous concerne. C’est au plus près de ce qu’on a connu avant la crise.

L’ouverture le 1er juin ? On l’espère vivement ; on y croit… »

Patrick Toustou; Ph. DR.

Pour le retour à la plage, le document envoyé à Jean Castex milite pour une ouverture le 1er juin prochain, comme en Australie dans certaines zones. « On l’espère vivement. On y croit. On pourra nager, faire de la voile, du kite surf, marcher dans l’eau, etc. Ce que l’on ne sait pas c’est si la réouverture sera d’un coup total ou progressive. Nous, ce que l’on propose, c’est un phasage pour éviter une possible fermeture complète très vite. On ne veut pas recréer une concentration de personnes mais que l’usage de la plage soit dynamique qui limite la propagation du virus. C’est important pour la santé : on a tous pris des kilos, en moyenne 2,5 kg. L’accès serait progressif avec des activités diurnes, dynamiques et individuelles. On a proposé là aussi trois phases : ouverture donc partielle le 1er juin ; autorisation d’aller à la plage par petits groupes fin juin et une forme d’accès normal. » Ce qui permet de tenir compte des 14 jours d’incubation. Le tout, serait articulé par le couple maire-préfet.

C’est un peu ce qu’a dit le Premier ministre. « Nous avons entendu les remarques des parlementaires de la majorité comme de l’opposition et des élus locaux. Et on s’est mis à imaginer la façon dont on peut donner droit à cette demande qui n’est pas généralisée. Nous avons pris cette décision ce matin », a expliqué Edouard Philippe.Cette possibilité d’ouverture se fera « au cas par cas », sur demande des maires et sur présentation d’une réglementation, d’un cahier des charges pour garantir les usages et pouvoir ouvrir localement dans le respect des règles sanitaires (…) Maires et préfets devront se convaincre mutuellement. Une plage de galets au Havre, très vaste, n’a peut-être rien à voir avec les criques sablonneuses du Sud de la France… » 

Olivier SCHLAMA

  • Depuis plusieurs semaines, la Fédération des Industries Nautiques (FIN) a fait « valoir auprès des autorités publiques ses attentes immédiates. En premier lieu, celle pour les plaisanciers de retrouver leur liberté de naviguer dès l’amorce du déconfinement. S’agissant des pratiques sportives individuelles, la FIN a fait valoir qu’un compromis soit trouvé entre la demande légitime exprimée par les élus et les pratiquants, et les mesures visant à éviter une nouvelle vague virale. Elle a appelé à la définition de points d’accès à l’eau par arrêtés municipaux, de façon à libérer une pratique sportive individuelle aquatique responsable ».

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