Crise : Le carton de l’appli qui vous paie pour acheter chez votre commerçant

Le coeur de ville de Montpellier. Photo : Olivier SCHLAMA

Keetiz, qui a pris son envol en Occitanie, est une appli astucieuse à plusieurs titres. Elle permet un incroyable cash back quand vous achetez chez les commerçants partenaires. Fort de cette réussite, le patron de la start-up tente de monter une opération nationale avec le ministère de l’Economie et de créer un fonds national avec de grands noms de l’e-commerce, comme Cdiscount. Décryptage.

Les Américains y sont habitués depuis des décennies. Ils appellent ce genre d’opération de fidélité : cash back. La région Occitanie s’y est convertie en accéléré pour aider le commerce local, crise du covid-19 oblige. « C’est ludique. Efficace. Se faire rembourser, ne serait-ce que 2 €, les gens adorent ça. Cela crée une émotion et du lien chez le client », défend Jean-Christophe Russier qui a repris et aménagé l’idée avec sa start-up montpelliéraine Keetiz qui reprend le principe d’une carte de fidélité.

Le procédé consiste à télécharger une application certifiée et d’y confier vos identifiants bancaires. Quand vous achetez un produit, vous obtenez en retour, sur votre compte en banque, directement, un pourcentage de ce que vous venez de payer chez le commerçant. Sur la foi de vos relevés, Keetiz aura pointé les achats que vous aurez effectués dans les commerces et vous reverse des euros qui, à partir de 15 €, créditent votre compte en banque.

Les commerces traditionnels cumulent les difficultés

L’appli Keetiz. DR.

Attention, c’est quand même plafonné. Par exemple à 20 % de cagnotte sur 50 € ou 100 € dépensés. Cet argent provient des collectivités. De quoi vous fidéliser. Dans le cas de la crise du covid-19, le commerce local a, partout, été mis à mal au profit des géants d’internet, dopés, eux, par les confinements. D’autant que les commerces traditionnels cumulent, eux, plusieurs difficultés : peu versés dans le numérique, ils disposent rarement de sites marchands efficaces. Et surtout ils ont fermé boutique durant de longues semaines.

3,3 M€ reversés aux Français en quelques semaines

La start-up montpelliéraine Keetiz a donc proposé de mettre en place ce cash back avec des villes et des commerçants référencés, dont la plus grande part en Occitanie. « Cela ne coûte rien au commerçant. L’argent versé par les clients et les aides publiques sont mis ensemble dans un pot commun et permet de redistribuer une certaine somme totale fixée d’avance. Quand celle-ci est épuisée, l’opération est close. Mais souvent les collectivités renouvèle l’opération », confie Jean-Christophe Russier (1). À ce jour, 3,3 M€ ont été reversés aux Français qui ont acheté dans des magasins de proximité référencés par cette start-up. Ces achats ont généré près de 18 M€ de chiffre d’affaires chez les commerçants partenaires.

Le taux de remboursement est de 20 %, 30 % et même parfois davantage sur les achats réalisés dans les commerces de proximité qu’elle référence et qui participent à ces opérations ciblées. Quelque 18 M€ de chiffre d’affaires pour 53 opérations cela peut paraître un peu maigre. Jean-Christophe Russier préfère, lui, voir le verre à moitié plein. « C’est pas mal d’autant que ce n’est qu’un début », dit-il.

Montpellier, Sète, Béziers, Narbonne…

Jean-Christophe Russier. DR

Dans le dispositif, la région est très bien représenté avec Montpellier, Sète, Béziers, l’agglomération du Grand Narbonne. Elle compte même servir de modèle pour une opération prochainement nationale. Elle est aussi présente dans des villes en Ariège, Hautes-Pyrénées et en Lozère. D’autres collectivités en France ont également participé : Chantilly, Clichy,  Montluçon, Drancy, Illkirch, et bien d’autres… Keetiz revendique une cinquantaine d’opérations à succès, menées en 2020, pour les commerces de centres-villes. Au-delà de redonner du pouvoir d’achat aux consommateurs, cela « a favorisé la transition numérique de plus de 20 000 commerçants dans l’Hexagone », estime la start-up, qui revendique « plus de 150 collectivités qui ont contacté Keetiz depuis mars 2020 pour les aider à piloter ces opérations sur les mois à venir ».

L’Occitanie en exemple national

« Municipalités, collectivités, mairies, CCI…  :les territoires ont désormais compris que pour survivre, les commerçants locaux doivent s’appuyer sur le digital et son lot de solutions innovantes. Nous sommes en effet dans l’ère du disparaître ou innover », souligne Jean-Christophe Russier, fondateur de Keetiz. Et le patron de la start-up de prendre l’exemple de l’Occitanie.

« Depuis le 4 décembre, la CCI et la Région Occitanie ont lancé l’opération baptisée City Foliz. Cette opération a vocation à inciter les clients à retrouver leurs habitudes de consommation dans leurs commerces de proximité. L’opération City Foliz permet de rembourser 20 % des achats effectués dans les commerces et restaurants d’Occitanie jusqu’à épuisement d’une dotation de 760 000 €€, financée par les collectivités. Son objectif est de générer un chiffre d’affaires total estimé d’au moins 5 M€€. Les agglos et la région Occitanie ont déjà mis au pot commun quelque 1,2 M€. » Et ce n’est pas fini. « Le dispositif s’annonce comme pérenne. La plupart des collectivités comme l’agglo de Narbonne, ont remis de l’argent. Sète a fortement joué le jeu. »

Faire ensuite payer les commerçants

Du côté de l’agglomération de Sète, on abonde : « Nous avons d’abord participé à hauteur de 42 000 € à l’opération de fin d’année comme l’ensemble des territoires de l’Hérault. Puis, nous avons décidé de lancer une seconde opération parallèle que sur le seul territoire des 14 communes de l’Agglopôle de Sète. Baptisée Thau Foliz elle bénéficie d’un fonds de 200 000 €. Elle est valable jusqu’au 31 mars et englobera les soldes d’hiver. Le taux de cash back est de 20 % limité 100 €. » Mais rien n’empêche d’acheter un objet en plusieurs fois. Et ça marche : déjà 70 000 € ont été dépensés pour cette seconde opération par l’Agglopôle. Mais les collectivités ne pourront pas éternellement puiser dans leurs ressources financières. Certaines continueront sans doute. Mais l’avenir est plutôt de faire payer in fine les commerçants « quand ils le pourront », avance Jean-Christophe Russier.

Bientôt une opération nationale

Ce modèle post-covid a de l’avenir, selon la start-up considérant que la crise a été un « accélérateur ». « En 2020, nous avons multiplié par douze notre chiffre d’affaires et nous sommes passés de cinq à vingt salariés. Notre objectif est de multiplier par deux notre chiffre d’affaires en 2021 pour atteindre 5 M€. » Le boss de Keetiz n’a pas qu’une idée dans son sac. « Nous discutons avec le ministère de l’Economie pour monter une opération nationale sur les commerces de proximité et ce cash back », dit-il. Et avec de grands noms du commerce internet.

Vers un fonds national de plusieurs millions d’euros

« Nous discutons actuellement avec Cdiscount, Casino et d’autres pure player marchands, les assureurs. L’idée, c’est qu’ils nous aident à constituer un fonds national à hauteur de plusieurs millions d’euros pour tous les commerces en France qui voudront utiliser cette solution. Ces grands noms prêteront aussi leur image forte à ce dispositif. Nous pensons aussi à créer une opération de crownfunding géante basée elle aussi sur le principe du cash back. » Keetiz utilise au passage les si importantes « datas », en gros vos habitudes de consommation… Ce qui l’aidera à placer ces précieuses informations auprès des marques qui ne manqueront pas ensuite de vous proposer des offres publicitaires correspondant à vos goûts… Et Amazon… ? « On n’a pas discuté… » Pas encore.

Olivier SCHLAMA

  • (1) Keetiz est une start-up Fintech/Retailtech de 20 personnes accélérée au Village by CA de Montpellier, la start-up a développé une marketplace unique, destinée à mettre en relation les consommateurs avec les commerçants de proximité. Elle génère du trafic en magasin grâce à la récompense cash (digital et bons d’achat aidés), au click & collect et à la réservation. Keetiz a été fondée en 2015 par Jean-Christophe Russier, ex fondateur d’Orchestra Software, l’un des leaders en France des solutions logicielles de gestion et d’encaissement (POS) pour les commerces indépendants. Rapidement rejoint par deux associés, forts en expérience, Laurent Michaud ex-DG France de Micros/Oracle n°1 mondial de solutions de gestion PMS/POS et Pascal Bancel ex-chef de projet chez Ubisoft, l’entreprise prend son envol.

Hérault : Une réussite qui se poursuit

La CCI enregistre 1,6 M€ de chiffre d’affaires

Commencée le 4 décembre 2020, l’opération City Foliz se poursuit dans l’Hérault sur ce mois de janvier et ce, jusqu’à épuisement de la dotation globale de 500 000 €. Au 30 décembre, 222 000 € de dotation ont été redistribués aux consommateurs, qui ont effectué 44 000 actes d’achats et dépensé pour 1,6 M€ de chiffre d’affaires généré chez les commerçants héraultais.

Un tirage au sort parmi tous les consommateurs participants à l’opération viendra compléter le dispositif, Les gains : une voiture électrique et un vélo électrique. En complément, une trottinette électrique sera également à gagner sur chaque intercommunalité.

« L’opération City Foliz, au-delà du soutien qu’elle a trouvé de l’ensemble des intercommunalités du territoire, est une réponse concrète aux problématiques de pouvoir d’achat et de consommation rencontrés actuellement. Cette opération doit nous permettre d’envisager le soutien du commerce d’une façon nouvelle, en lien avec les nouvelles attentes et les nouveaux usages. Les premiers chiffres nous permettent d’observer à ce stade des retombées économiques sept fois supérieures à l’investissement initial. C’est de très bonne augure pour la suite de l’opération », commente André Deljarry, président de la CCI Hérault et 1er vice-président de la CCI Occitanie.

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