Tribune de 35 députés : « Rouvrir les restaurants, c’est rouvrir à la vie »

Emmenés par le député de l’Hérault, Philippe Huppé, des parlementaires de la majorité, qui se veulent constructifs, réclament la mise en place de solutions techniques pour aider les restaurateurs au bout du rouleau à rouvrir avant le 20 janvier.

Au lendemain d’une journée de manifestation, le député de l’Hérault Philippe Huppé (Agir, ex-LAREM), qui s’était distingué dans la défense des métiers d’art ,vient d’écrire une tribune visant à pousser le gouvernement à rouvrir les restaurants au plus tôt, moyennant un protocole sanitaire strict. Le texte est signé par 35 députés de la majorité  –« Je n’ai pas voulu le présenter aux députés de l’opposition pour ne pas faire de croche-pattes au gouvernement », dit-il. Parmi les signataires, on retrouve plusieurs députés de la région : Jean-Bernard Sempastou (Hautes-Pyrénées) ; Jean-François Pontarrieu (Haute-Garonne) ; Romain Grau (Pyrénées-Orientales, proche d’Emmanuel Macron) ; Olivier Gaillard et Annie Chapelier, (Gard) ; Christophe Euzet (Hérault).

« Pourquoi ne pas nous inspirer de ce qui se fait ailleurs et imaginer une ouverture anticipée en France ? »

Philippe Huppé, au centre, député de l’Hérault. DR. Archives

« (…) Il est clair qu’une réouverture ne pourrait se faire sans la mise en place de conditions draconiennes », est-il écrit dans la tribune. « Ces nouveaux dispositifs, soyons bien clairs, ne permettront pas aux restaurateurs de retrouver leur chiffre d’affaires habituel mais aujourd’hui, ce qu’ils souhaitent, c’est travailler. En catalogne (…) les restaurants peuvent à nouveau servir leurs clients après cinq semaines de fermeture. Avec une jauge limitée à 30 %, une fermeture à 21 h 30 (…) Pourquoi ne pas nous inspirer de ce qui se fait ailleurs et imaginer une ouverture anticipée en France ? » Evoquant une possible limitation de quatre personnes à table comme en Suisse. Pour reprendre goût avec l’art de vivre à la française.

Étude de la revue Nature avant les protocoles

La déprime envahit tout le secteur de la restauration qui, Macron l’a explicité, ne pourra rouvrir qu’à partir du 20 janvier au mieux. Les restaurateurs insistent sur le fait, selon eux, qu’ils ne sont pas davantage des lieux à risques ou de contamination du covid-19 que les cantines ou les échoppes. Pourquoi bars et restaurants sont-ils considérés à risques ? On se souvient du fameux cluster de 56 cas identifiés dans un Starbucks de Paju en Corée du Sud, en août dernier, entre autres.

Le 10 novembre dernier, la célèbre revue Nature qui fait autorité dans le monde a publié une vaste étude sur les 98 millions de personnes à partir de leurs données émanant de leur téléphone portable. Le résultat est sans appel : une minorité de lieux publics dont les hôtels, salles de sport et donc restaurants seraient à l’origine d’une majorité de contaminations. Lieux clos, avec souvent une mauvaise ventilation et pas assez de distanciation physique. Évidemment les cantines, les selfs d’entreprises y compris celle de l’Assemblée nationale sont dans ce cas de figure ! Attention, gros bémol : cette étude de Nature avait été menée au printemps dernier avant la mise en place de protocoles sanitaires.

Mouvement des Gilets jaunes, manifestations contre la loi sur la réforme des retraites…

Le secteur de la restauration subit les avanies en cascade. Subissant les effets cumulés des attentats en 2015 et leur climat délétère ; les mouvement des Gilets jaunes ; les manifestations contre la loi sur la réforme des retraites… Du coup, de nombreux établissements sont affaiblis, et parfois leur trésorerie est exsangue.

« Les restaurants doivent rouvrir avec un protocole sanitaire strict, argue Philippe Huppé, par ailleurs avocat de profession. Il faut aussi les aider à investir dans des systèmes d’aération très performants ; qu’ils reçoivent des aides de l’Etat pour cela. De toute façon, cela pourra servir si on était un jour touchés par une autre épidémie. »

« Si rien n’est fait, au moins 30 % des restaurants mettront la clef sous la porte. »

Philippe Huppé reprend le principal argument du principal syndicat de la profession, l’UMIH : « L’aide de 10 000 € de l’Etat c’est bien mais cela ne compense presque jamais l’ensemble des frais fixes qui sont bien plus importants, sans parler que le gérant n’est souvent pas salarié. Et qu’il faut bien payer ses crédits et ses fournisseurs. Si rien n’est fait, au moins 30 % des restaurants mettront la clef sous la porte. » Surtout que la vente à emporter n’est pour le chiffre d’affaires que marginale. Philippe Huppé évoque aussi « l’arrivée prochaine sur le marché d’un masque encore plus performant. Rouvrir les restaurants c’est rouvrir à la vie. Il faut apprendre à vivre avec ce virus… »

Olivier SCHLAMA

La crise du covid avec Dis-Leur !