Défi de la confiance : « Plus on est informés, mieux on comprend la vaccination… »

Pascale Maury est psychologue attachée au laboratoire Epsylon de l’université Montpellier III. Dans une étude sur les intentions de vaccination pédiatrique, elle a montré l’importance de bien s’informer quand il y a une controverse. Des conclusions que l’on pourrait aisément calquer sur les adultes, surtout dans cette période où la méfiance prédomine.

En ces temps troublés, les cervelles sont déboussolées. On le serait à moins. Les approximations ; parfois les mensonges d’Etat ont un écho incommensurable sur l’état de confiance des Français. En quoi le maelström de controverses peut-il influer sur notre décision de se vacciner ou pas ? Sur notre comportement et notre attitude envers la vaccination, plus précisément. Au pays de Louis Pasteur qui inventa la vaccination, cela ne va pas de soi. Les réticents sont majorité, craignant que l’on joue aux apprentis sorciers avec un vaccin qui ne serait pas au point ; qui pourrait générer des maladies, etc., alors que la France disposera de 200 millions de doses de quoi vacciner 100 millions de personnes (il faut deux injections par personne) et que l’exécutif a budgété une paille : 1,5 milliard d’euros dans le budget de la Sécu pour 2021. Mais quand on s’informe comme il faut, on peut faire des choix en toute liberté.

« La question était : est-ce que la controverse influence et de quelle manière ? »

« J’ai travaillé plus précisément sur la vaccination pédiatrique », pose Pascale Maury. Psychologue au sein laboratoire Epsylon, à l’université Paul-Valéry, Montpellier IIII, Pascale Maury a effectué son étude sur une centaine de personnes il y a deux ans dont les conclusions ont été présentées au congrès de la Society for Text and Discourse à Brighton en 2018. Que dit-elle, cette étude ? Vaccin : Que « plus on est informés, mieux on comprend la vaccination… » La scientifique précise d’emblée : « La question était : est-ce que la controverse influence et de quelle manière ? Pour cela, on a mené plusieurs expériences. »

La controverse agit sur la décision

Pascale Maury, psychologue. DR.

« Ce que l’on a montré, c’est que, bien que les participants n’en aient pas eu conscience, ceux qui avaient lu des textes avec une information consensuelle à propos de la vaccination étaient significativement plus favorables à la vaccination avec une augmentation de 4,5 % et ceux qui avaient lu uniquement des textes avec controverses sur la vaccination, eux, étaient un peu moins favorables (- 6%). La controverse agit clairement sur la décision. » Elle ajoute : « Mais une fois que vous avez été exposés à des textes contradictoires – sans que vous en ayez conscience – eh bien vous pouvez changer de point de vue. »

« Capital de bien s’informer »

Globalement sur une population d’un pays, cela peut-il avoir des conséquences importantes ? « Eh bien oui, bien sûr. En revanche, le 3e groupe qui a lu des arguments pour et contre, lui, ne modifie pas ses intentions de faire vacciner son enfant. Il est stable. » D’où l’importance de bien s’informer, « c’est capital », juge la scientifique. La question est d’une actualité brûlante. « En ce moment, il y a des scientifiques qui soulignent à juste titre le fait qu’il n’y a pas eu de publications scientifiques sur les vaccins et que les seules que nous ayons ce sont des communiqués de presse rédigés par les labos eux-mêmes. C’est gênant. » Il faut donc attendre la validation par la Haute autorité de santé. Quand ce sera fait, « les gens iront davantage vers la vaccination », certifie Pascale Maury.

« On a été frappés de voir que de jeunes adultes du monde universitaire, pas représentatif de la population lambda, n’ont aucune connaissance du principe de la vaccination. Ils ne savent pas mais prennent position ! »

Pascale Maury évoque aussi « les croyances épistémiques » : c’est un concept qui renvoie chacun de nous à l’idée que l’on se fait du progrès ; comment se développent les connaissances… « Si on accepte l’idée, c’est une relation dialectique entre les théories et les résultats que l’on obtient ; que ce qui est dit peut ne plus être vrai dans un mois ou deux, quand on aura eu d’autres résultats, à ce moment là on est beaucoup plus « tolérant » face à ces controverses. Le problème c’est qu’à l’école, au lycée ou au collège, on ne nous apprend guère à traiter ce type de textes dits « persuasifs ». En première année, parfois, on a par exemple des étudiants qui, au bout d’un semestre, viennent nous voir et nous demandent lequel des modèles théoriques que nous leur avons présentés faut-il définitivement retenir pour s’y référer ? Il n’y a pas ! Cela prouve qu’ils ne sont pas à l’aise… »

Elle ajoute : « On a aussi été frappés de voir que de jeunes adultes du monde universitaire, pas représentatif de la population lambda, n’ont aucune connaissance du principe de la vaccination. Sur les anticorps… C’est impressionnant. Ils ne savent pas mais prennent position ! C’est pour cela aussi que lorsqu’ils lisaient nos textes, souvent, ils disaient : « On a beaucoup appris ! » Mais les gens qui prennent position et qui ne connaissent pas le sujet, sont malheureusement la majorité.

« Il est primordial que les sites gouvernementaux apparaissent dans les cinq premières références trouvées quand on fait une recherche sur internet »

Ces résultats tangibles et solides n’ont malheureusement pas pu être mesurés sur une échelle de temps pour savoir si leur avis évolue quelques jours ou mois après. Car c’est extrêmement difficile de recontacter les participants et qu’ils puissent à nouveau participer à l’expérience. « Avec le temps, vous allez échanger avec d’autres personnes et vous pouvez encore modifier votre point de vue. Donc ce que nous lisons influence nos comportements sans que nous en ayons conscience (échelle visuelle analogique linéaire) d’où l’importance de la bataille du référencement sur internet ; il est primordial que les sites gouvernementaux apparaissent dans les cinq premières références trouvées quand on fait une recherche sur internet », juge Pascale Maury.

Une étude, trois groupes avec 100 participants

Pascale Maury revient sur le contexte de l’étude : « Avant tout, on a fait passé un questionnaire aux participants, de jeunes adultes, pour recueillir leurs opinions par rapport à la vaccination ; leurs centres d’intérêt en matière de santé ; est-ce qu’ils regardaient des émissions TV ; est-ce qu’ils s’informaient, etc. On a ensuite divisé les participants en trois groupes. Le premier qui lisait des textes dans lesquels il y avait des controverses entre scientifiques à propos de vaccination chez l’enfant ; un deuxième groupe lisait, lui, des textes où il y avait un consensus chez des scientifiques et un troisième groupe lisait des textes mixtes avec certains points de vue favorables et d’autres contre la vaccination. Ces derniers ont donc été exposés aux deux types d’arguments. »

« On a ensuite réévalué leurs intentions en matière de vaccination en leur demandant voilà si vous aviez à donner votre avis à des parents diriez-vous d’aller le faire vacciner ou non ? Ce qui était intéressant, quand on compare avant et après les textes, le risque c’est que la personne la réponse qu’elle avait déjà donné avant de les lire puisqu’elle se rappelle de son avis, bien sûr. Pour éviter ce biais-là, on a utilisé un segment borné des deux côté, de Pas du tout d’accord à Tout à fait d’accord : le participant fait un trait où il entre ces deux bornes, sans aucun repère sur le segment. Le participant ne peut donc pas mémoriser l’endroit exact où il a fait son petit trait. C’était vraiment positif : on est sûr de leur avis. »

Olivier SCHLAMA

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