Unique en France : En Occitanie, on mobilise les bas de laine pour aider les entreprises

La crise a gonflé l’épargne des ménages. Région et CCI régionale appellent les épargnants à soutenir des projets d’entreprises dès avril à travers une plateforme de financement participatif. « Dans le cadre de cette économie citoyenne », ils prévoient de soutenir 200 projets et de lever 20 M€ sur cinq ans. Un retour sur investissement est prévu. Unique en France.

En hausse de 9,1 % par rapport à 2019, les réserves faites par les Français, intérêts compris, atteignent en 2020 un niveau jamais vu de 448,3 milliards d’eurosL’épargne des ménages a cru de façon très importante pendant les premiers mois de la crise : en France, le surplus d’épargne aurait ainsi dépassé les 60 milliards d’euros à la fin du premier confinement, et était estimé à 100 milliards d’euros en fin d’année dernière.

« C’est un argent qui dort, qui n’est pas investi dans l’économie réelle », souligne Carole Delga. La présidente de la Région Occitanie a eu l’idée de « catalyser cette épargne populaire pour une économie citoyenne. Une bonne épargne c’est une chance pour un pays. Nous avons fait du parangonage, nous sommes allés voir ce qui se faisait et nous avons décidé de créer le premier portail régional destiné aux particuliers » qui pourront bientôt y placer leurs économies de précaution dans des entreprises régionales.  D’ici avril.

Ceux qui se déplacent pour venir à l’assemblée générale, ce sont les actionnaires locaux. Ils sont très attachés à leur entreprise ! »

Alain di Crescenzo, président de la CCI régionale

« Ce sera une association public-privé avec les CCI et nos agences régionales. D’ici cinq semaines, je vous donnerais le nom de notre associé », a complété Carole Delga, affirmant que « le taux d’intérêt pourrait peut-être voisiner les 5 %, mais sera variable en fonction des secteurs et des durées de prêts. » « Vous savez que je suis à la tête d’une entreprise cotée (IGE+Xao), a renchérit Alain di Cresenzo, eh bien ceux qui se déplacent pour venir à l’assemblée générale, ce sont les actionnaires locaux. Ils sont très attachés à leur entreprise ! Avec cette plate-forme, en quelque sorte, nous réinventons un besoin : les bourses locales de jadis », a appuyé le président de la CCI régionale, ajoutant que, malgré les aides, « l’Occitanie a perdu 22 000 emplois dont 4 200 dans l’aéronautique ». 

Nous nous assurerons de son affectation financière au service des projets de certaines entreprises et donc de la création d’emplois »

Carole Delga

Où ira cet argent collecté ? « Cet argent, nous nous assurerons de son affectation financière au service des projets de certaines entreprises et donc de la création d’emplois », a précisé Carole Delga. En contrepartie, l’épargnant-investisseur verra son argent investi garanti par la Région et il sera rémunéré. Certes, pas comme un boursicoteur averti mais davantage que ce que lui délivre le Livret A, « ce qui n’est pas très difficile… » Aux côtés d’Alain Di Crescenzo, président de la CCI régionale et 1er vice-président de la CCI nationale, Carole Delga a ajouté : « Nous avons la conviction que les Français et les Françaises aiment donner un sens à leurs achats mais aimeront aussi donner un sens à leur épargne », a-t-elle annoncé, précisant que « des visites d’entreprises seront organisées aux épargnants qui y auront investi ».

« Un besoin de financement de certaines PME et TPE qui n’ont pas forcément accès à autant d’emprunts bancaires qu’elles le voudraient »

Comment sont sélectionnés les projets ? « Nous voulons lever 20 M€ sur cinq ans mais nous sommes sûrs que nous aurons davantage. Cette année 2021, nous ferons des propositions d’investissements. Ils seront sécurisés. Et il y aura un retour sur investissement. C’est de l’économie citoyenne. Nous espérons ainsi soutenir 200 projets par an. Nous fonctionnerons en lançant deux ou trois des appels à projets dans l’année. »

Ces entreprises sont sans doute en partie identifiées, connues des réseaux des chambres de commerces et des différentes agences de développement de la Région Occitanie qui participe, par ailleurs, à une trentaine de fonds. Cette initiative « répond à un besoin de financement de certaines PME et TPE qui n’ont pas forcément accès à autant d’emprunts bancaires qu’elles le voudraient », a précisé Nadia Pellefigue, vice-présidente déléguée à l’économie.

Cette plate-forme (issue d’une société de projets entre la Région, l’Arec, la CCI Occitanie et des partenaires privés) est destinée à rassurer et à inciter les habitants d’Occitanie à investir dans l’économie réelle. Qui ne demande que cela. Alain Di Crescenzo a d’ailleurs souligné que « 113 produits seraient à même d’être relocalisés en Occitanie, ce qui représente la bagatelle de 300 000 emplois » ! Notamment dans l’industrie (éléments de batteries, de moteurs, de semi-conducteurs, etc.).

Olivier SCHLAMA

« Concilier écologie et économie »

La Région crée une nouvelle agence, Aris, pour « accompagner des projets d’intérêt stratégique concourant  à l’autonomie et la souveraineté régionale, à la relocalisation d’activités et de savoir-faire, à la transformation vers une économie plus vertueuse et à l’anticipation des usages de demain. »

Créer des électrolyseurs, chez Cameron, à Béziers pour produire de l’hydrogène vert à partir de l’éolien flottant ; permettre à Arcelor Mittal à Saint-Chély d’Apcher, pour  fabriquer un acier spécial entrant dans la composition des voitures électriques, par exemple ; lancer une production de batteries à partir de batteries recyclées ; un abattoir sur l’Aubrac… « Tout cela, c’est garantir la pérennité de ces installations pour les 20 prochaines années », a exprimé Carole Delga, disant vouloir concilier écologie et économie ». Avec un nouvel outil : l’Agence régionale des investissements stratégiques (Aris) que la Région vient de créer.

« Complémentaire d’autres outils et agences »

Carole Delga et Alain Di Crescenzo. DR.

Il s’agit d’entrer au capital de sociétés où il y a des enjeux et/ou un savoir-faire, d’être là aussi un catalyseur. Son but : « Investir dans les entreprises régionales en accompagnant des projets d’intérêt stratégique qui concourent notamment à l’autonomie et la souveraineté régionale, à la relocalisation d’activités et de savoir-faire, à la transformation vers une économie plus vertueuse et à l’anticipation des usages de demain. »

Cette nouvelle agence est « complémentaire d’autres outils et agences que nous avons. Nous en avons une spécialisée dans l’énergie et le climat (Arec) ; une autre dans la construction de bâtiments ; de centre-aqualudiques, etc. » L’Aris est ainsi appelé à devenir actionnaire « d’entreprises pour contribuer à des projets de création, de diversification, de développement ou de transformation, avec des solutions de portage immobilier : mobilisation de fonds propres ou quasi fonds propres et constitution de sociétés de projets, filiales des sociétés d’économie mixtes régionales, ou encore mobilisation d’un fonds souverain régional. Un appel à projet de relocalisation a été lancé en fin d’année dernière afin d’identifier les projets nécessitant une mobilisation de l’Aris. »

O.SC.

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