Transports : “Les RER Métropolitains, c’est une nécessité, un besoin en Occitanie”

Transports en commun à Toulouse. Photo : Baptiste Buisson, Unsplash

Ce ne seront pas des RER comme en région parisienne avec lignes dédiées. Ce principe édicté par Macron pour faciliter l’accès aux grandes villes et convaincre les gens d’utiliser les transports plus propres pourrait améliorer sensiblement l’interconnexion de tous les moyens de transports dans la Région. Le Parlement vient d’en entériner le principe. Dans l’attente d’une validation par le gouvernement et surtout des moyens de cette ambition, le vice-président de la région, Jean-Luc Gibelin, dresse le portrait-type des besoins en Occitanie.

“Ce n’est pas un projet fumeux, c’est une nécessité, un besoin. Il ne s’agit pas de vendre du rêve mais de là à dire que rien ne va se faire, ce n’est pas vrai…Il faut juste que l’Etat mette les moyens face à cette ambition.” Vice-président PCF de la Région Occitanie, Jean-Luc Gibelin réagit au vote historique du Parlement qui a entériné définitivement la création d’une quinzaine de RER métropolitains le 19 décembre. Qu’en sera-t-il en Occitanie ? Le contenu est encore flou. Le 24 janvier, à Toulouse, Carole Delga, présidente de la Région et présidente des régions de France, “particulièrement mobilisée pour faire avancer et aboutir les projets de RER en Occitanie”, réunira l’ensemble des acteurs pour évoquer les mobilités de demain. Ce sera ensuite au tour de Montpellier.

Il s’agit de renforcer les réseaux et les fréquences de transports en communs existants, les plateformes multimodales”

Le principe, édicté il y a plus d’un an par Macron est de faciliter l’accès aux grandes villes pour convaincre les gens d’utiliser les transports plus propres dans le cadre du plan d’avenir pour les transports. Elisabeth Borne, la Première ministre, avait promis 100 milliards d’euros dans les transports d’ici 2040. Mais moins de 800 M€ pour ces RER… Une roupie de sansonnet ! Alors que ces projets sont pharamineux, mobilisant sans doute de l’ordre de plusieurs dizaines de milliards d’euros. Ils seront nécessairement inclus dans les contrats de plan État-Régions.

La question de l’intermodalité a l’air d’être importante. Tant mieux. C’est de ça dont on a le plus besoin dans les territoires. La question centrale, c’est : quand est-ce que le ministère mettra les moyens de cette ambition ?”

Tramway, à Montpellier. Ph. Emil Gabrovski.

Attention, par facilité de langage et par souci de communication – le concept de RER, ça parle à tous – il n’y aura pas de RER en tant que tel en Occitanie. “Il s’agit de renforcer les réseaux et les fréquences de transports en communs existants, les plateformes multimodales”, précise Jean-Luc Gibelin.

L’idée générale ? Il n’y aura jamais de maillage suffisamment fin pour relier toutes les communes. Mais tout est envisageable pour améliorer et fluidifier les transports : relier trains, trams, TER, bus, métro. Et augmenter leurs amplitudes horaires. Et même faire appel aux voies dites douces pour que l’usager puisse choisir ses modes de transports à la carte. On parle ainsi, d’ici une décennie, “d’une quinzaine de RER métropolitains”, d’accroissement de l’offre de transports, donc.

Jean-Luc Gibelin dit : “Ce ne seront pas des RER. À ce stade, nous n’avons pas d’informations particulières. Même le nombre, une quinzaine, pour nous, ce n’est pas précisé ni acté. Même la procédure n’est pas très claire. On parle de labellisation, de définition… Beaucoup de choses circulent. Je ne sais pas ce qui va être réellement contenu.” À quoi pourrait ressembler ces RER métropolitains, trains, bus et autres connexions supplémentaires ? “Manifestement, la question de l’intermodalité a l’air d’être importante {pour le gouvernement, NDLR}. Tant mieux. C’est de ça dont on a le plus besoin dans les territoires. La question centrale, c’est : quand est-ce que le ministère mettra les moyens de cette ambition ? Quand le même gouvernement est capable en 2023 de mettre probablement 10 milliards d’euros pour compenser pour maintenir le prix public de l’essence… Là, on parle d’investissements majeur pour les 50 ans qui viennent.”

“À ma connaissance, il n’y aura pas de lignes dédiées”

Il ajoute : “C’est, aussi, très important de ne pas croire que ce sont des RER. Ce terme est plus simple à utiliser mais c’est parce que ça parle aux gens que c’est dangereux de l’utiliser. Il n’y aura pas de ligne dédiée comme il y a des lignes dédiées comme en Ile-de-France. Attention, il peut y avoir des lignes supplémentaires mais, à ma connaissance, il n’y aura pas de lignes dédiées. C’est une différence très importante. Parce qu’avec des lignes dédiées, il peut y avoir des fréquences plus importantes encore.”

Report modal et infrastructures supplémentaires

Jean-Luc Gibelin, Carole Delga. Ph. Jean-Luc Gibelin

Le gouvernement a, dit-il, envie de partir des territoires pour “co-construire” un projet avec les régions. Quelle est donc la vision de la Région Occitanie, via Jean-Luc Gibelin pour améliorer la fréquentation ?  Un mantra : “Il faut le report modal”, dit-il.  Il faut aussi des infrastructures supplémentaires comme des gares ou des halls. Que tout se fasse sans infrastructures, est un faux raisonnement. Car si nous pouvions le faire sans cela, nous le ferions. Ensuite, il faudra améliorer les questions d’intermodalités ; il faut davantage de moyens pour les pôles d’échanges multimodaux et insister sur cette capacité à changer de mode de transport.”

Covoiturage et transport en cars

Ce n’est pas tout : “Il faut aussi des infrastructures pour le transport routier parce qu’il n’y aura pas du rail partout et imaginer qu’il y aura davantage de cars interurbains, de lignes dédiées à ces modes-là pour répondre à l’attente.” D’où la nécessité de développer les lignes de TGV. Aux approches de Toulouse et de Montpellier, “il est nécessaire, ajoute Jean-Luc Gibelin, que sur les voies rapides, il y ait des voies dédiées pour l’intermodalité.” Pour le covoiturage et les transports en cars. “Il faut que le transport en commun ne soit pas bloqué dans son développement, y compris dans les embouteillages, surtout si un besoin croissant s’exprime.”

À Montpellier, il y a un besoin de traverser l’agglomération (…)À Toulouse, les axes sont “transversables”, d’autres ne le sont pas”

Dans l’esprit de Jean-Luc Gibelin, “la diamétralisation des déplacements, notamment à Toulouse, n’est pas le nec plus ultra. Ça ne fonctionne pas partout. Cela n’a pas de sens. Là où c’est faisable, faisons-le mais ne l’érigeons pas comme modèle. À Montpellier, il y a un besoin de traverser l’agglomération, peut-être, mais il y a surtout un besoin de navettes allers-retours. Il y a déjà des liaisons entre Nîmes et Sète et il y a beaucoup de liaisons entre Nîmes et Montpellier et Lunel et Montpellier. Et, de l’autre côté, il y a beaucoup de liaisons entre Béziers et Montpellier. À Toulouse, les axes sont “transversables”, d’autres ne le sont pas”.

Carole Delga, en tant que présidente des Régions de France, et Jean-Luc Gibelin, un acteur avisé du monde des transports, ont évidemment regardé ce qui se réalise dans les autres contrées de l’Hexagone. Comment expliquer qu’en Alsace ou en Aquitaine, les projets de RER métropolitains soient plus avancés qu’en Occitanie alors que dans notre région, les mobilités sont un sujet central ?

“L’effort fait en Occitanie dans les transports est très comparable à celui de l’Alsace en 2022

Une rame de la ligne 1 du tramway de Montpellier. photo Marie SARFATI

Jean-Luc Gibelin répond : “En avance ? Non : dès 2016, Carole Delga avait fait lancer des études multimodales dans le toulousain. Nous sommes largement dans la deuxième étape du RER métropolitain de Toulouse. Mais nous ne l’avons jamais affiché comme étant un RER métropolitain. En réalité, l’augmentation de l’offre de transports à Toulouse est en proportion de ce qui existe, de l’ordre de ce qui a été fait en Alsace. La grande différence, c’est qu’historiquement le réseaux est, en Alsace, beaucoup plus chargé. Et quand on part d’un niveau plus élevé, le résultat du RER métropolitain y sera plus élevé”. Et : “L’effort fait en 2020 en Occitanie dans les transports est très comparable à celui de l’Alsace en 2022.”

“Quand est-ce que l’État mettra les moyens face à cette ambition ?”

Clément Beaune a-t-il donc pris des idées dans certaines régions… ? “Des choses y existaient déjà. Maintenant, la question est celle des infrastructures à réaliser. À quand le lancement ? Quand est-ce que l’Etat mettra les moyens face à cette ambition ? Est-ce que nous aurons le même niveau de service existant en Ile-de-France ? Non, bien sûr. Est-ce que l’on va en rester à la situation actuelle ? Non, bien sûr. Carole Delga a l’occasion de voir régulièrement la Première ministre et le ministre des Transports, Clément Beaune. Quand ce dernier est venu à Toulouse récemment, elle lui en a évidemment parlé. Après, il faut que les choses se fassent…” 

Olivier SCHLAMA

  • À quand les transports tous gratuits en Occitanie ? “C’est une très bonne proposition. En tant qu’élu communiste, nous avions déjà porté cette proposition. Mais pour les transports interrurbains, nous avons déjà la gratuité par l’usage. Pour les 12 ans-27 ans ; des gratuités pour les plus de 60 ans avec “+ = -” ; il y aussi le dispositif “+ = Flex” qui permet d’avoir une cagnotte et des réductions qui vont très loin dans les montants. Les gratuités, ce n’est plus de l’ordre du discours. On est en avance par rapport à d’autres collectivités.

Trains de nuit : Carole Delga demande au ministre des Transports de garantir la pérennité des lignes existantes

Quelques jours après le retour du train de nuit entre Paris et Aurillac, Carole Delga a écrit au ministre Clément Beaune, pour saluer la prise de conscience de l’Etat sur la nécessité de développer ce mode de transport écologique et lui demander de garantir la pérennité des lignes existantes en créant des itinéraires de substitution activables en cas de travaux impactant la desserte de nuit Rodez-Albi, en commandant du nouveau matériel roulant pour assurer un service de qualité ; en modifiant la desserte de nuit Paris-Aurillac pour qu’elle soit acheminée via Clermont Ferrand, permettant ainsi la desserte de Millau et Alès et le désenclavement du Massif Central.

En 2017, à contre-courant de l’Etat, la Région Occitanie s’est battue pour convaincre de préserver les dernières lignes en service, et surtout pour relancer les trains de nuit en France. De haute lutte, elle a obtenu en 2017 le rétablissement du Paris – Cerbère/Port-Bou pour lequel elle a largement contribué à la sauvegarde en s’engagent, exceptionnellement, à participer au financement pour plus de 1 M€ par an.

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