Mobilités : “Dans l’Aude, le vélo peut devenir un mode de transport du quotidien”

Inauguration vélo route, Argeliers Ph. Département de l'Aude.

En élaborant un plan vélo, le département de l’Aude, où 42 % des collégiens habitent à moins de dix minutes à vélo de leur établissement, veut passer à la vitesse supérieure. Pour le peaufiner, la présidente, Hélène Sandragné s’est rendue dans le département voisin des P.-O. qui a déjà engagé, lui, 41,9 M€ dans le vélo et compte arriver à 700 km de voies réservées en quatre ans. “Il y a des besoins et une vraie demande”, exprime la présidente de l’Aude qui y voit aussi un moteur économique.

Voyager, même chez son voisin, peut être instructif. Le 30 janvier, une délégation d’élus de l’Aude s’est rendue sur le terrain, dans les Pyrénées-Orientales. Le rendez-vous fait, de fait, découvrir finement le territoire : à Saint-Hyppolyte, sur la route départementale 83, “à coté du giratoire de la RD 11” pour y découvrir les aménagements et s’inspirer de la politique cyclable du département 66. Et se rendre compte de la réalité in situ et “des difficultés possibles ainsi que bénéficier de l’expérience de ce département très engagé dans le vélo“, dixit Hélène Sandragné, présidente du département de l’Aude.

Échange d’expériences sur les mobilités

Hélène Sandragné et Hermeline Malherbe. Ph. CD P.-O.

Au programme de cette matinée, échanges d’expériences sur les sujets de mobilités douces et rencontres avec les services sur la politique cyclable du département puis déplacement sur la véloroute qui assure une continuité cyclable parallèle à la RD 83 et qui relie l’EuroVélo 8, au Barcarès, pour la découverte des aménagements cyclables de cette section.

Pyrénées-Orientales : 41,9 M€ pour le vélo

Car les Pyrénées-Orientales “sont parmi les dix départements les plus engagés dans la politique vélo”. À ce titre, depuis 2019, la collectivité a engagé 41,9 M€ d’euros pour réaliser des véloroutes départementales supplémentaires, supprimer les discontinuités des pistes cyclables déjà existantes (franchissements de cours d’eau, ouvrages d’art de type passerelle ou sous-terrain…) et aménager les voies rurales partagées. Et ce n’est pas fini : la collectivité va créer 200 km de voies cyclables supplémentaires pour arriver à 700 km d’ici quatre ans !

Mieux, en décembre dernier, le Plan Vélo a été renouvelé par l’assemblée départementale qui entend “développer un véritable écosystème vélo en activant tous les leviers dont dispose la collectivité, en lien avec les intercommunalités et les offices du tourisme, pour favoriser le développement du vélo au travers de toutes ses dimensions : sportive, de loisirs, touristique, sociale, d’insertion, d’éducation ou encore d’aménagement du territoire”. De quoi soutenir l’économie locale et de répondre aux attentes des habitants en terme de tourisme et de loisirs.

Ph. CD de l’Aude.

À cette occasion Hermeline Malherbe, présidente du département des Pyrénées-Orientales, a confié : “J’ai présenté à mon amie Hélène Sandragné notre politique cyclable dans les Pyrénées-Orientales. Aujourd’hui, nous sommes parmi les départements les plus engagés dans la politique Vélo. Tous ces projets permettent à la fois de soutenir l’économie locale et de répondre aux attentes des habitants en termes de tourisme et de loisirs. L’Eurovélo 8 en est l’exemple le plus illustratif, cet itinéraire cyclable européen relie Cadix à Athènes et traverse à la fois l’Aude et les Pyrénées-Orientales. En favorisant les investissements pour développer des itinéraires comme celui-ci, nous participons à développer et enrichir l’offre touristique en matière de vélo. “

Aude : mobilités douces et schéma vélo départemental

Présidente du département de l’Aude, Hélène Sandragné explique, elle, la raison de ce déplacement : “Nous arrivons à l’ultime étape de notre schéma des mobilités douces, concomitante à la révision de notre schéma “vélo”départemental. Nous avons fait le diagnostic au printemps 2023 et nous devrions avoir ce schéma pour ce printemps.” Ce sera aussi en lien aussi avec la nouvelle stratégie touristique d’où perce l’idée de nouvelles formes de tourisme, avec l’apparition d’une “demande accrue de slow tourisme. Il y a des convergences et des liens à établir”. Pourquoi les P.-O. sont-elles si inspirantes dans ce domaine ?

“Cela permet aux territoires de vivre”

Inauguration vélo route, Argeliers. Ph. CD Aude

Hélène Sandragné poursuit : “Pendant des années, l’Aude s’est plutôt consacrée au développement des voies douces en lien spécifique avec le tourisme. Plus spécifiquement de l’investissement important que nous avons pu faire sur le canal du Midi – 10 M€ d’investissement, Ndlr – et de la Voie verte – 8 M€ – entre Monségur, dans l’Ariège, Bram en arrivant au Canal du Midi.” Avec un retour sur investissement intéressant : “Un cyclotouriste dépense en moyenne 64 € par jour en comptant hébergement et restauration mais ce qui est aussi important ce sont les services. Une véloroute a besoin d’ateliers pour réparer ; du stationnement ; de la location. Cela permet aux territoires de vivre.”

Nous voulons accompagner un changement de pratique mais sur ce que l’on appelle la mobilité du quotidien”

Hélène Sandragné, présidente du département de l’Aude

La présidente du département de l’Aude ajoute : “Avec des voies cyclables de ces deux axes majeurs et permettre la continuité entre l’Ariège, la Haute-Garonne et l’Hérault en y ajoutant du côté du Grand Narbonne, ce que l’on appelle l’EuroVélo 8, Athènes-Cadix, via l’Occitanie. Même si en 2018 on avait élaboré un plan vélo. Avec une mise en oeuvre partielle mais réactivée ; en relation avec le Plan national vélo, le “green new deal” de la Région Occitanie. Notre objectif étant aussi de limiter nos émissions carbone. Nous voulons accompagner un changement de pratique mais sur ce que l’on appelle la mobilité du quotidien. Et, pendant ce temps, les P.-O. avançaient sur les mobilités douces.”

“Profiter de l’expérience des P.-O., anticiper les difficultés”

Ph CD Aude

Des “axes” et des “objectifs” ont déjà été fixés. “Il faut concrètement identifier les endroits où l’on va réaliser ces pistes et notamment profiter de l’expérience des P.-O. et anticiper les difficultés, dit-elle. Nous n’avons pas la compétence mobilité ; ce sont la Région et les intercommunalités qui l’ont. Eh bien, il ne faut pas se tromper dans les partenariats ; il peut avoir aussi la question des types d’aménagement en fonction des usagers et aussi il y a le phénomène des discontinuités, ce qui peut freine la pratique. Et là, les P.-O. ont de l’avance sur nous. Attention, on ne fera pas forcément tout comme eux.”

Concrètement, “Ce ne seront pas forcément de nouvelles voies à réaliser à partir des pistes cyclables existantes {comme des connections locales à EuroVélo 8, Ndlr} ; c’est possible en certains endroits mais pas seulement. Dans l’Aude, vélo peut devenir un mode de transport du quotidien. Pourquoi ? Par exemple, 42 % des collégiens habitent à moins de dix minutes à vélo de leur établissement ; 46 % des actifs du département travaillent et résident dans la même commune et 47 % des Audois sont à moins de vingt minutes à vélo de l’une des gares du département. On voit bien le potentiel de développement du vélo du quotidien.”

Il y a une expression des besoins. Une vraie volontaire populaire, au sens noble. Beaucoup. Pour des raisons écologiques mais aussi économiques”

Hélène Sandragné
Inauguration vélo route, Argeliers Ph. CD Aude.

Pour quelle architecture, quel réseau ? “On voit bien les endroits où l’on pourrait en faire. Et la question de l’investissement est centrale. Nous sommes en train d’élaborer notre plan annuel d’investissement. Nous allons voir combien nous allons pouvoir investir chaque année. Il y a une expression des besoins. Une vraie volontaire populaire, au sens noble. Beaucoup. Pour des raisons écologiques mais aussi économiques”. Sans oublier la partie économie de territoire avec des services comme des ateliers de réparation tenu par des entreprises d’insertion. “C’est toute une économie. Tout concourt vers une évolution des mobilités. C’était d’ailleurs un projet que nous portions dans notre projet politique. On ne se fait pas violence !” 

Le vélo du quotidien a le vent en poupe

Hélène Sandragné comme Hermeline Malherbe et d’autres comme Emmanuelle Gazel, Michaël Delafosse ou Jean-Luc Moudenc ont tous en tête l’étude retentissante que Dis-Leur vous a commenté ICI. Selon Vélos & Territoires, le “vélotaf” (pour aller au travail et à l’école) a le vent en poupe. Rien que dans les deux capitales régionales, on dépasse allègrement les 20 000 passages par jour en moyenne (+ 10 % dans la Ville Rose). Faudra quand même faire chauffer un peu plus les mollets pour que la petite reine atteigne 12 % voulus des modes de déplacement contre 5 % aujourd’hui en France.

Olivier SCHLAMA

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