Domicile-travail : La voiture toujours loin devant, le vélo encore dans le rétro

bouchons Toulouse Toulouse, la troisième ville de France la plus embouteillée de France. Photo : DR.

En Occitanie, la dépendance à la voiture pour aller au boulot est très forte, même pour les trajets les plus courts, confirme l’Insee. Cela concerne les deux-tiers des déplacements ! Mais la part du vélo augmente en fonction de la place qui lui est faite. La crise du covid, qui est passée par là, pourrait changer des habitudes.

Pas facile de se défaire de cette dépendance. Quelque 700 000 personnes résident à moins de cinq kilomètres de leur lieu de travail, soit un tiers des actifs de la région. C’est le cas d’un actif sur deux résidant dans une agglomération (Toulouse et sa banlieue, par exemple), contre seulement un sur quatre pour ceux résidant en périphérie des villes. Même situation au niveau national. Il faut dire que le covoiturage est difficile pour de très courts trajets. DG et cofondateur de Blablacar, Nicolas Brusson a créé Blablalines, une application pour de courtes distances, pour mieux convaincre les « autosolistes ». Dans l’Hérault, elle marche fort. « Montpellier devenant la 10e métropole française où le covoiturage devient un reéflexe dans les déplacements quotidiens », indiquait la société en septembre 2020. Avec déjà 30 000 inscrits. De quoi économiser du CO2 et réduire l’ampleur des bouchons.

Jusqu’à cinq kilomètres, 16 % des déplacements se font à pied et 5 % à vélo… pour l’instant

Dans certaines villes, on est certes bien entrés dans une logique de changement de mentalité. Là où les élus étaient auparavant frileux de contraindre la voiture au profit des transports en commun, parce que l’automobiliste vote. On avait souvent une frilosité. Mais on est encore loin de remplacer l’auto.

En attendant que le transport en commun devienne un jour totalement gratuit, comme Dis-Leur vous l’avait expliqué au moment des élections municipales, que le co-voiturage s’organise et que d’autres modes de transports émergent, le constat est clair. « La plupart des déplacements domicile-travail se fait en voiture et même pour de tout petits trajets de moins d’un kilomètres », précise Catherine Lavaud. La responsable de la division Territoires au service études et diffusion de l’Insee Occitanie ajoute que, « certes 1/5e des déplacements se font avec un mode doux mais dans le détail cela représente 16 % à pied (ce qui comprend les trottinettes) ».

Et de compléter sur l’usage de la voiture : « Cela peut paraître choquant de prime abord mais on n’a que des informations parcellaires. Peut-être que certains de ceux qui utilisent leur voiture pour un petit trajet l’utilisent aussi pour emmener leur enfant à l’école, par exemple. » Plus globalement, « utiliser la voiture n’est pas forcément un choix » pour tous. Tout dépend du niveau d’infrastructure offerte pour le vélo, entre autres. « On a observé, en effet, que dès lors qu’il y a des équipements, ça marche » : le vélo est deux fois plus utilisé à distances équivalentes quand on dispose d’équipements sûrs », confirme Catherine Lavaud.

L’Insee poursuit : « Les cadres et les employés utilisent moins la voiture que les autres actifs, mais ils sont néanmoins plus de la moitié à le faire. En dessous de cinq kilomètres, 16 % des déplacements entre le lieu de domicile et le lieu de travail se font à pied et 5 % à vélo. La présence ou non d’aménagements adaptés aux modes de transport alternatifs peut expliquer en partie la plus ou moins grande prédominance de la voiture », précise l’institut de la statistique.

Deux millions d’actifs se déplacent pour aller au travail

Certaines villes ont imaginé des transports gratuits, ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est, c’est l’ampleur que veut lui donner par exemple Montpellier pour limiter la place étouffante de la voiture.

En Occitanie, deux millions d’actifs se déplacent pour rejoindre leur lieu de travail – 100 000 personnes, agriculteurs, artisans travaillant à domicile déclarent ne pas effectuer de trajet pour travailler sont exclus de l’étude. Parmi les actifs qui se déplacent pour se rendre au travail, un sur deux parcourt moins de 8,6 km en 2017, contre 9,2 km en moyenne en province. La région se hisse ainsi au troisième rang des régions dont les distances domicile-travail sont les plus courtes, après la Corse et Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Les modes doux, marche et vélo pour 21 % des trajets de moins de cinq kilomètres

Un actif sur trois réside à moins de cinq kilomètres de son lieu de travail
Pour un tiers des actifs d’Occitanie, la distance entre le lieu de domicile et le lieu de travail est encore plus faible : 330 000 travaillent à moins de deux kilomètres et 370 000 à une distance comprise entre deux et cinq kilomètres.

La métropolisation, où se concentrent le plus d’emplois d’un côté, et la conurbation de l’autre, où se trouvent les zones pavillonnaires, accentuent le phénomène. « La moitié des actifs de la région travaillent dans le pôle et quasiment tous parcourent alors plus de cinq kilomètres pour se rendre sur leur lieu de travail. Même quand ils travaillent au sein de la couronne, leur trajet dépasse le plus souvent les cinq kilomètres. » Du coup, les deux tiers des déplacements de moins de cinq kilomètres se font en voiture. « Voiture, fourgonnette ou camion restent prédominants. Ils sont utilisés pour 69 % des trajets domicile-travail de courte distance. Les modes doux, marche et vélo, représentent 21 % de ces trajets. »

Les employés près de leur travail, comme les femmes

Après la création d’une première voie cyclable provisoire fin avril avenue Etienne Billières, Toulouse a créé en 15 jours de nouveaux aménagements en faveur du vélo. Photo : Patrice Nin.

Ainsi, 16 % des trajets de moins de cinq kilomètres se font à pied et 5 % à vélo. Les autres déplacements s’effectuent en transports en commun (7 % des trajets domicile-travail de moins de cinq kilomètres) ou en deux roues motorisés (3 %). Comme attendu, se rendre à son travail à pied est d’autant plus fréquent que la distance à parcourir est réduite : 35 % des actifs se rendent à leur travail à pied quand il est situé à moins de 500 mètres de leur domicile.

À noter, selon l’étude de l’Insee qui a compilé des données issues du recensement de la population de 2015 à 2019, complétées de données agrégées de 2019, que « les employés habitent plus souvent à proximité de leur lieu de travail ; artisans, commerçants et agriculteurs qui ne résident pas sur leur lieu de travail en sont souvent proches : plus de la moitié d’entre eux parcourent moins de cinq kilomètres pour rejoindre leur lieu d’activité ».  Et parmi les salariés, employés et ouvriers habitent également souvent à proximité de leur travail : 39 % des employés et 31 % des ouvriers parcourent moins de cinq kilomètres. Au contraire, les trajets courts sont moins fréquents pour les cadres et les professions intellectuelles supérieures : seulement 28 % travaillent à moins de cinq kilomètres de chez eux.

Dans l’hyper-centre de Toulouse ou de Montpellier, moins d’un trajet court sur cinq est réalisé en voiture.

Ph.OSC.

Les femmes ? Elles résident généralement plus près de leur lieu de travail que les hommes : 37 % d’entre-elles parcourent moins de cinq kilomètres, soit quatre points de plus que les hommes. Ont-elles davantage de travail à la maison ? Se chargent-elles davantage de l’éducation des enfants ? C’est aussi  leur statut d’employées qui explique en partie cette situation. Sur un point hommes et femmes sont à égalité : quand ils ont des enfants, ils habitent plus loin de leur travail. Les parents de 30 ans à 40 ans sont les plus éloignés de leur lieu de travail ; avec de jeunes enfants, ils privilégient un mode de vie différent, dans des logements plus grands et moins coûteux situés en périphérie des villes.

La prédominance de la voiture pour les courts trajets varie également à l’échelle infra-urbaine au sein des grands pôles d’attraction. Dans l’hyper-centre de Toulouse ou de Montpellier, moins d’un trajet court sur cinq est réalisé en voiture. L’usage de la voiture pour ces distances augmente lorsque l’on s’éloigne des centres- villes. Dans certains quartiers les plus excentrés de Toulouse et de Montpellier, la voiture est utilisée pour quatre trajets courts sur cinq. Cet usage plus marqué de la voiture en périphérie des centres-villes résulte de plusieurs facteurs. D’ une part, les aménagements pour les alternatives à la voiture sont plus rares ou de moindre qualité : moindre fréquence des transports en commun, itinéraires piétons et cyclistes plus souvent morcelés.

L’usage de la voiture diminue doucement pour le vélo

vélo

En Occitanie, de 2015 à 2019, l’usage de la voiture diminue au profit du vélo. La voiture est moins utilisée dans les pôles d’attraction et dans les communes hors attraction des villes. Dans ces espaces, la part des déplacements effectués en voiture, toutes distances confondues, passe de 71 % à 69 % dans les premiers et de 88 % à 86 % dans les seconds. Au sein des couronnes, l’usage de la voiture reste stable (91 %). En revanche, quel que soit l’espace de résidence, la part des déplacements à vélo augmente. Elle passe notamment de 4 % à 6 % dans les pôles d’attraction.

La crise va dans les deux sens : on note a priori un recul de l’usage des transports en commun avec un report sur la voiture individuelle et parfois les modes doux »

Mais, sur les trajets de moins de cinq kilomètres, le vélo est deux fois moins utilisé quand il n’y a pas assez de pistes en site propre. Le cas de la marche le confirme : environ 30 % des trajets inférieurs à deux kilomètres se font à pied.

La crise sanitaire de 2020 a eu un fort impact sur les déplacements domicile-travail. Les données disponibles à ce jour permettent seulement de dresser un état des lieux antérieur à ces transformations. « Il est trop tôt pour savoir quel impact a la crise sanitaire sur les habitudes de déplacements domicile-travail, souligne Catherine Lavaud. La crise va dans les deux sens : on note a priori un recul de l’usage des transports en commun avec un report sur la voiture individuelle et parfois les modes doux. Et puis  il y a le télétravail qui se développe… »

Et l’Insee d’ajouter, pour la route : « À distances comparables, les modes de déplacement varient également selon le genre. Pour les trajets de moins de cinq kilomètres, les femmes se déplacent plus souvent à pied ou en transports en commun. Les hommes privilégient, eux, la voiture, le vélo et les deux-roues motorisés »…

Olivier SCHLAMA

  • Les trajets courts sont plus rares au sein des pôles des aires les plus peuplées qui sont aussi les plus étendues. Dans le pôle toulousain, seulement 36 % des résidents parcourent moins de cinq kilomètres (51 % dans le pôle montpelliérain). À l’inverse, 72 % des actifs du pôle du Vigan travaillent à proximité de leur domicile et plus de 80 % à Mende et Bagnères-de-Luchon.
  • Cadres et employés utilisent moins la voiture. Les cadres et les employés sont les actifs qui se déplacent le moins en voiture pour les trajets de courte distance. L’usage du vélo est davantage répandu chez les cadres et les déplacements à pied sont plus fréquents pour les employés. Pour ces déplacements de moins de cinq kilomètres, les actifs exerçant des professions intermédiaires et les ouvriers, utilisent davantage la voiture pour se rendre au travail. Quand ils ne le font pas, les ouvriers privilégient plus souvent les deux-roues motorisés (4 %), alors que les professions intermédiaires optent plutôt pour le vélo (8 %), une pratique qui se rapproche de celle des cadres.

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