Le coup de pouce de 50 € rallongé : Le vélo, grand gagnant du confinement

Poussé par l’engouement pour la petite reine depuis le début de l’épidémie de covid-19, dix-sept organisations réclament des mesures fortes à la ministre de la Transition écologique pour conforter la petite reine en ville. Dont le prolongement du coup de pouce vélo de 50 € au moins jusqu’aux Régionales. Ce sera jusqu’au 31 mars 2021, a annoncé lundi Barbara Pompili.

« Vingt kilomètres et trois heures devant moi : je vais enfin pouvoir me dépenser ! » Ce Montpelliérain, amateur de vélo, sait que sa passion a gagné du terrain en quelques mois. Notamment avec ce que l’on a appelé les « coronapistes », ces pistes dessinées à la va-vite pendant les confinements dont le vélo est le grand gagnant. Il a tous les atout d’un mode de transport doux pour un déconfinement doux. Les maires des grandes villes, à l’instar de Montpellier et Toulouse, comme Dis-Leur vous l’a expliqué, l’ont compris, profitant de ces jours de moindre trafic pour créer des pistes éphémères dont certaines seront pérennisées. D’ailleurs, l’Etat ne s’y est pas trompé qui avait mis sur ma table pour la première fois une somme historique : 350 M€ sur sept ans.

« Permettre au panel le plus large possible de citoyens d’accéder à la solution vélo »

Selon une étude récente, en 10 ans, la pratique a explosé, comme Dis-Leur vous l’avait détaillé. Mais, paradoxalement, il est concurrencé par la… voiture individuelle. « Certaines boîtes ont dit à leurs salariés de ne plus prendre les transports en commun… », maugrée Marie Chéron de la Fondation Nicolas-Hulot. Conclusion, selon une étude récente, « l’utilisation de la voiture pour aller au travail a même progressé de quatre points depuis le début de l’épidémie… »

C’est pourquoi, sous la houlette de la Fub, la Fondation Nicolas-Hulot et seize autres associations nationales exhortent depuis plusieurs jours, la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili à poursuivre la mise en place de mesure concrètes « pour permettre au panel le plus large possible de citoyens d’accéder à la solution vélo », (1). Président de la Fub, Olivier Schneider explique que « cet allègement du confinement change tout pour la santé, y compris psychique. » Pour la prévention santé, le vélo tient aussi la pôle position.

« Déjà un million de deux-roues ont ainsi été réparés dont 500 000 personnes qui n’avaient jamais utilisé un vélo »

Ils ont été entendus : Barbara Pompili, a annoncé ce lundi 30 novembre dans un atelier de réparation dans le 15e arrondissement de Paris, la prolongation du « coup de pouce vélo », jusqu’au 31 mars 2021 « qui a vocation à s’arrêter ensuite », alors qu’il devait s’arrêter le 31 décembre 2020. « La ministre lance également le programme « Objectif employeurs pro-vélo » pour favoriser l’usage du vélo pour les trajets domicile-travail », souligne Olivier Schneider. Le « coup de pouce vélo » mis en place par le gouvernement en mai dernier, après le premier confinement, consiste notamment en une prise en charge jusqu’à 50 euros de la remise en état d’un vélo. « Déjà un million de deux-roues ont ainsi été réparés dont 500 000 personnes qui n’avaient jamais utilisé un vélo », a précisé Barbara Pompili.

4 000 entreprises à labelliser

« Dans un contexte de nouveau déconfinement, le gouvernement souhaite inciter de nouveau les Français à faire le choix du vélo pour leurs déplacements », explique le ministère, « ces trois mois supplémentaires visent également à donner la visibilité nécessaire aux réparateurs pour se préparer à la fin du dispositif. » Ce programme a pour objectif de labelliser en trois ans plus de 4 000 entreprises, représentant plus de 500 000 salariés au total, et de déclencher le financement de 20 000 nouvelles places de stationnement sécurisé pour les vélos dans les entreprises.

Déjà 500 postes créés sur un potentiel de 1 000 postes

Dans leur appel, ONG et associations appellaient l’Etat à « prolonger le coup de pouce vélo au moins jusqu’aux élections régionales, sans doute repoussées en juin prochain ». Des collectivités elles aussi enclines à développer le vélo et donc à prendre le relais. Parmi les raisons invoquées, Olivier Schneider argue : « Les 50 euros de l’État par vélo réparé permettent de réparer son vieux biclou. Ce qui a déjà permis de créer plus de 500 postes, tout en donnant du pouvoir d’achat et du pouvoir de mobilité à près d’un million de personnes. Et il y a un potentiel d’au moins 1 000 postes à court terme. Le dispositif incarne concrètement le concept souvent incompris d’économie circulaire, car il favorise la réparation et le réemploi. Les quelque 5 000 emplois dans la réparation peuvent être multipliés, eux, par trois mais il faut que les entreprises du secteur ne fassent pas faillite en 2021… » De plus les ventes de vélos explosent et la demande persiste dans un contexte de rupture chez les vendeurs asiatiques, revendeurs et assembleurs français : moins d’avions pour les transporter, des fabricants tournant au ralenti…

Il ajoute : « Cela donne du pouvoir de mobilité à près d’un million de personnes. D’après un sondage sur 10 000 personnes, 98 % des usagers sont favorables à une poursuite du dispositif en 2021. Certes, pas question de mettre ce secteur sous perfusions des aides de l’Etat mais ce n’est pas le moment de tout arrêter : « Ces 50 € sont une vraie aide pour ceux qui veulent réparer un vélo au lieu d’en acheter un et c’est un plus en terme de pouvoir d’achat ; cela permet de moins utiliser la voiture et les transports en commun ».

« Financer la conversion cyclable de « territoires pilotes » dans toute la France : au moins une ville moyenne par Région et un territoire rural par département »

Autre demande collective : « Il faut sécuriser le financement de la pérennisation promise des aménagements de transition, dites “coronapistes”, en abondant le fonds vélo de 100 millions d’euros supplémentaires dès 2021 ». Par ailleurs, réclament-ils, « nous proposons de financer la conversion cyclable de « territoires pilotes » dans toute la France : au moins une ville moyenne par Région et un territoire rural par département. Si le vélo se développe très rapidement dans les métropoles, le potentiel est loin d’être atteint dans les villes moyennes et au-delà. À terme, chaque territoire doit pouvoir se reconnaître dans un de ces projets pilotes, afin de réaliser que quand on y met les moyens, nos concitoyens adoptent massivement le vélo ».

Selon ces 17 organisations, « de nombreux emplois industriels ont été détruits par la crise, nous proposons donc d’investir massivement dans l’innovation vélo afin de réconcilier progrès et sobriété: vélomobiles, vélo-taxi, vélos-cargo, vélos en fibre de carbone, toutes ces bicyclettes à haute valeur ajoutée n’attendent que les talents de salariés d’industries sinistrées par le covid ».

Enfin, les signataires demandent d’augmenter pour les jeunes « le déploiement du programme « savoir rouler à vélo ». Apprendre à se déplacer à vélo en ville en école primaire pour savoir pédaler en autonomie vers les collèges : ainsi émergera une véritable « génération vélo ». Nous ferons de la bicyclette une évidence à vie pour les déplacements courts et moyens ».

« Soutenir la création de services associés »

Marie Chéron, responsable des mobilités à la Fondation Nicolas-Hulot ajoute pour sa part : « Nous souhaitons un plan vélo solide financièrement. Il faut soutenir la création de services associés. C’est une étape absolument décisive. Un plan vélo, au regard du budget de l’Etat et du budget des infrastructures de transports, c’est peu onéreux. Ce n’est pas grand chose. Quand on a obtenu ces 50 M€, on a vécu cela comme une victoire parce que l’on partait de rien et que l’on a mis du temps à l’obtenir. Maintenant, nous restons vigilants. Il ne faudrait pas que l’Etat freine alors qu’il faut accélérer. On est loin de ce qui se fait en Allemagne ou aux Pays-Bas. En plus, ça marche ! Et il y a une forte demande ! »

« Un vrai plan de développement du vélo à 200 M€ »

De son côté, Valentin Desfontaines, chargé des mobilité au RAC (Réseau action climat) ne dit pas autre chose. « On se félicite des avancées. Mais il faut vraiment prolonger ce dispositif vertueux qui a excellemment bien marché. C’est bon pour l’environnement ; c’est bon pour la santé et c’est bon pour le porte-monnaie. C’est un exemple d’économie réellement circulaire. Remettre en état des millions de vélos qui dorment dans les garages, cela ne coûte d’ailleurs pas cher à l’Etat.. Les montants alloués au vélo sont dérisoires par rapport à l’argent que met sur la table l’État pour les secteurs aérien et automobile. » Lui comme  les autres représentants d’ONG réclament « un vrai plan de développement du vélo en France doté de 200 M€ », « ce qui d’ailleurs avaient été réclamé lors de la Convention citoyenne sur le climat. »

Olivier SCHLAMA

  • (1) Olivier Schneider, président de la FUB (Fédération des usagers de la bicyclette), Chrystelle Beurrier, présidente de Vélo & Territoires, Michel Callot, président de la FFC, Martine Canot, président de la FFCT, Raymond Cheminal, président de la MBF, Julien Dubois, président de l’AF3V, Mathieu Eymin, président des Boîtes à Vélo France-BAVF, Bruno Gazeau, président de la FNAUT, Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France, Philippe Quirion, président du Réseau Action Climat, Alain Grandjean, président de la FNH, Gilliane Le Gallic, présidente de Alofa Tuvalu, Paulo-Serge Lopes, président Virage Énergie, Simon Rogier, président MCF, Pierre Serne, président du CVTC, Arnaud Schwartz, président FNE, Jérôme Valentin, président de l’Union Sport & Cycle.

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