Livre/Confinement : Le journal de bord d’un « gugusse » à l’humour salvateur

Il faut lire ce livre commis par un journaliste héraultais, ancien dirigeant d’un groupe de presse, et pas seulement parce que les bénéfices seront reversés à l’institut Pasteur. Ou parce qu’il serait un bon divertissement en cas de nouveau confinement total ou localisé. Travaillé à l’humour et l’autodérision, écrit au jour le jour, il fait du bien !

Les « sachants » ont déjà beaucoup parlé, se sont suffisamment entre-déchirés ; on a été suffisamment bombardés d’informations et de contre-informations pendant cette crise sanitaire exceptionnelle. Il est temps de prendre de respirer, même avec le masque. Chronique égocentrique d’un vieux gugusse épargné par le virus 🦠 (1) : c’est la chronologie émotionnelle de cette période unique. À la lecture, chaque lecteur se retrouve comme devant une glace le renvoyant à son passé individuel et collectif. Et l’envoyant vers un futur en pointillé. Il faut revivre, en la mettant à distance, cette menace irréelle du covid-19, pour l’exorciser. C’est ce que fait cet ouvrage qui se veut « modeste ».

Au jour le jour sans correction pour la spontanéité

Et on repasse par tous les stades, toutes les couleurs, de la colère à l’interrogation. Enrico Rhôna – le pseudonyme potache d’un journaliste héraultais, ex-dirigeant d’un grand groupe de presse – a la plume salvatrice. Son bulletin de santé mentale, il l’écrit au jour le jour, du 5 mars au 10 juillet 2020, « sans y revenir, sans le corriger pour garder toute la spontanéité et la sincérité et les émotions qui nous ont traversés », précise-t-il. Sans tricher. Entre deux promenades dûment autorisées lors du confinement, depuis sa résidence de Carnon (Hérault).

Humour et autodérision comme fil rouge

En indécrottable journaliste, sceptique, curieux, bienveillant, rigoureux dans les faits, il écoute pendant cette période la radio, regarde la TV, épluche les journaux et en tire dans cette cacophonie médiatique mondiale des indignations, des motifs d’espoir, des digressions. Dans cette mono-massive information qui écrase tout le reste. Planétairement anxiogène. C’est un journal de bord « banal », comme il dit, mais essentiel pour tous. Pour que, à leur mesure, demain ou après-demain, sociologues, anthropologues et autres spécialistes de la nature humaine se saisissent d’autre chose que de (méta)données, de chiffres et de courbes. Avec comme fil rouge, l’humour et l’autodérision.

(…) Façon délicate de suggérer que si on meurt tous, ce sera le  jardin d’Eden. L’antichambre du vrai paradis, youpi ! »

Qui ne se souvient de ce confinement où tout s’est arrêté. Où le monde s’est soudain enfermé. Une période mortifère. Nous sommes tous des post-traumatisés auxquels le livre livre une bouffée d’oxygène. Il lance les prémices du combat entre alarmistes et « rassuristes ». La plongée vers les épidémies historiques de 1720 à Marseille, par exemple. « Il faut rester chez vous ! » ou : « Nous sommes en guerre ! » : En dépiautant les injonctions martiales angoissantes de Macron qui nous ont marqués au fer rouge, l’auteur revient avec humour sur un réel déréalisé.

Exemple, avec ce tweet du Monde capté à 5h59 : « Depuis le début de la pandémie, les émissions de gaz à effet de serre et la pollution ont chuté. Le coronavirus, un répit pour la planète ? » Et l’auteur de commenter :« Why not ? Depuis quelques jours, cette douce musique vient s’immiscer entre deux requiems. Les photos satellites au-dessus de la Chine confinée de sont plus floutées par le rideau de particules toxiques, le trou dans la couche d’ozone serait en train de se résorber et dans les mégapoles on entend à nouveau les oiseau chanter. Façon délicate de suggérer que si on meurt tous, ce sera le  jardin d’Eden. L’antichambre du vrai paradis, youpi ! »

« J’espère que ce modeste récit du premier confinement motivera les gens pour refuser d’en vivre un second ! »

À chaque fin de journée chroniquée, le diariste-journaliste, lui-même épargné par le virus, dépose un invariable point de situation baptisé Des chiffres et des êtres où il fait le décompte de l’épidémie. Son  journal de bord, bourré d’humour, trouve des pépites dans sa vie de confiné qui ne peut sortir qu’une heure par jour. Sa visite à la déchèterie est un pur moment surréaliste…! Enrico Rhôna ajoute : « J’espère que ce modeste récit du premier confinement motivera les gens pour refuser d’en vivre un second ! » Avec la très jolie invitation à méditer sur la condition carcérale et la jolie leçon d’Anne Franck, cette adolescente allemande juive, morte à 15 ans en mars 1945, connue pour avoir tenu un journal intime poignant alors qu’elle se cachait avec sa famille pour échapper aux nazis. Il faut aussi méditer la seule et unique saillie de l’écrivain Michel Houellebecq, le 5 mai 2020, dans le lettre lue sur France Inter, sur « l’épidémie de coronavirus (qui) offre une magnifique raison d’être à cette tendance lourde : une certaines obsolescence qui semble frapper les relations humaines ». Qui, en apôtre du pessimiste, lâcha : « Nous ne nous réveillerons pas, après le confinement, dans un Nouveau Monde ; ce sera le même en un peu pire. »

Va falloir une bonne dose d’humour… pour un tome 2…?

Olivier SCHLAMA

(1) Chronique égocentrique d’un vieux gugusse épargné par le virus, Les Éditions du net. On peut acheter le livre sur toutes les plate-formes (Fnac, Amazon, etc.) en plus du site de l’éditeur. Version numérique : 2,90 € ou version papier : 19 €. On peut bien évidemment le commander à sa librairie préférée.

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