L’aventure hors du temps : « L’impression que le moindre petit bruit est une explosion… »

Réunion au camp de vie. Photo, podcats et vidéos : Human Adaptation Institute.

« J’en suis à mon douzième cycle, ce qui pourrait être chez vous 12 jours en surface mais je n’ai aucune idée du décalage… » Ainsi parle Christian Clot le chef de l’expédition « hors du temps », commencée le 14 mars pour 40 jours pour 15 confinés volontaires dans le gouffre de Lombrives, en Ariège. Unique au monde, l’expérience est appelée à améliorer la connaissance de nos organes sensoriels ; à faire progresser la médecine ou à nous préparer aux voyages spatiaux…

Comme un voyage sur la lune mais au centre de la Terre… Dans un podcast d’il y a deux jours, un son magique se déploie dans l’immensité noire : celui d’une goutte qui rompt régulièrement un silence sépulcral, toutes les deux secondes… L’expérience Deep Time est unique au monde. Entourées d’une flopée de scientifiques et d’instruments de mesures, une quinzaine de personnes sont soumises à des conditions extrêmes, coupées du monde, sans lumière ni indication du temps qui passe. Résultat, l’horloge biologique est complètement chamboulée.

Répondre aux questions des confinements covid

Il y eut le pionnier de l’isolement, Michel Siffre. Il y a désormais Deep Time. L’expérience hors du temps, coupée du monde, commence ce dimanche soir. L’objectif est de répondre aux questions posées pendant les confinements covid et trouver des prolongements en matière spatiale ou médicale avec une meilleure connaissance de l’être humain, comme Dis-Leur vous l’a expliqué.

Il y a ce fameux hors du temps. Il ne nous provoque pas  de grandes difficultés, mais nous place les uns et les autres dans une grandes asynchronie. On est de plus en plus asynchronisés »

Christian Clot

Chef de l’expédition dans la grotte de Lombrives en Ariège, Christian Clot dit : « J’en suis personnellement à mon douzième cycle, ce qui pourrait chez vous à 12 jours en surface mais je n’ai aucune idée du décalage ou de la réalité de ces jours… Tout le monde va bien ici, l’expérience devient un peu plus difficile, l’humidité est en train d’envahir tous nos territoires (…) Il y a ce fameux hors du temps. Il ne nous provoque pas  de grandes difficultés, mais nous place les uns et les autres dans une grandes asynchronie. On est de plus en plus asynchronisés. » Les cycles de sommeil, par exemple, s’étendent pour certains, se raccourcissement pour d’autres. D’où la difficulté de faire fonctionner le groupe avec cohésion.

Prélèvements sanguins, prélèvements biologiques… La vie du camp, bien préparée et anticipée, se déroule suivant le plan de charge. On a commencé à explorer cette grotte. « On a commencé à explorer un second niveau de la grotte qui s’atteint après plusieurs rappels sur 90 mètres, où on arrive sur des lacs, de nouveaux territoires, de nouvelles galeries. C’était tout le sens que de Deep Time de ne pas rester dans un univers fermé (…) » Cette exploration donne un but et « excite » toute l’équipe. C’est ce que l’humain fait depuis toujours : explorer, voir, comprendre, s’émerveiller…

« Énormément de travaux à faire sur ordi, sur papier et autres descriptifs de notre vécu »

Photo : Human Adaptation Institute. Exploration de la grotte de Lombrives.

Au programme des prochains « jours », la découverte de ce vaste territoire sous-terrain. Et « il y a énormément de travaux à faire sur ordi, sur papier et autres descriptifs de notre vécu et des jours moins intenses scientifiques ». Il y a aussi des activités non-humaines : exploration de la grotte mais aussi sur le milieu en lui-même : la topographie, l’étude de la grotte, de la faune, et « les plantes que nous sommes en train de faire pousser… »

Dans une vidéo, c’est là encore le silence qui témoigne de cette expédition extraordinaire. L’on y voit l’arrivée des « aventuriers » qui s’équipent ; qui montent une paroi en rappel à la lampe frontale… Qui explorent des boyaux pour aller chercher l’eau… Seau, bidon et sans doute l’eau pure à déguster ! Le camp avec une garnison de bidons bleus partout. Personne ne quitte sa doudoune.

« Je veux plein de radis et plein d’ail »

Un grand tableau effaçable trône au milieu du camp de base ; de même qu’une cuisine. « Parfois, j’ai l’impression que le moindre petit bruit , c’est comme une « explosion » dans la grotte-dortoir… », dit l’un des participants, sourire aux lèvres. On en voit jouer aux échecs pour… tuer le temps. D’autres remplissent des questionnaires. D’autres encore s’équipent de capteurs sur la peau avant le sommeil… Pendant que des aventuriers commencent à planter des légumes, « je veux plein de radis et plein d’ail », dit le chef de mission. Des participants font du VTT installé sur un tapis immobile… En attendant les lendemains plus lumineux…

Olivier SCHLAMA

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