Occitanie : En 50 ans, des dizaines de territoires se sont dépeuplés

L'Aubrac... Photo DR.

Selon l’Insee, sur 215 bassins de vie de notre région, 63 ont subi une perte brutale d’habitants. De 788 000, ils n’étaient plus que 645 000 en 2016. En cause, le déclin des fermes familiales et de certaines industries, notamment textiles : 37 000 postes ont aussi été perdus. « Ce ne sont plus les mêmes personnes qui habitent ces territoires. Il y a eu une profonde transformation de la société… », explique Marie-Laure Monteil, responsable des études.

Volem viure al païs : ce cri unique, en occitan, peuplait les murs publics il y a 50 ans. Avec l’exode rural, ce slogan-SOS s’est peu à peu effacé. Aujourd’hui, l’Insee Occitanie publie un travail statistique qui a tout son intérêt. Ravivant la mémoire d’une période meurtrie qu’ont vécue les habitants de 63 bassins de vie sur les 215 existants dans notre région.

L’arbre d’aujourd’hui cache une forêt d’hier. « Avec la disparition de nombreuses exploitations agricoles familiales et d’anciennes industries, certains territoires d’Occitanie sont aujourd’hui moins peuplés qu’il y a cinquante ans », résume l’Insee. Au sud du Massif central, dans les Pyrénées et une partie du Gers, les effectifs d’agriculteurs et d’ouvriers ont ainsi beaucoup baissé en un demi siècle. Ils n’ont été que partiellement remplacés par des cadres, des professions intermédiaires et des employés. Dans ces bassins de vie, le chômage est « disparate, souvent bas dans les territoires agricoles et élevé dans les anciens bassins industriels ».

Margeride, Aubrac, Cévennes, Tarn, Pyrénées…

Les 63 bassins de vie recensés par l’Insee Occitanie.

Cette étude inédite de l’Insee Occitanie porte donc sur les 63 bassins de vie d’Occitanie en déclin démographique entre 1968 et 2016, alors que l’ensemble de la région, elle, connaissait un fort dynamisme démographique qui ne se dément pas approchant les 7 millions d’habitants en 2050 (1). La disparition de nombreuses exploitations agricoles familiales se conjugue avec la fin de certaines histoires industrielles. Ils étaient 788 000 habitants dans ces 63 bassins de vie étudiés, ils n’étaient plus que 645 000 en 2016, dernière année de l’étude. Même si ce n’est pas l’hécatombe à laquelle certains auraient pu s’attendre, ces chiffres sont significatifs et « montrent une baisse notable de la population d’une région par ailleurs en pleine croissance et attractive », commente Marie-Laure Monteil, responsable des études et de la diffusion à l’Insee Occitanie.

Margeride, Aubrac, Cévennes, Tarn, Pyrénées mais aussi l’Ouest du Gers… Autant de  pays où l’exode rural a été massif, où l’emploi a au mieux résisté. Aller travailler ailleurs ? Souvent trop loin… Ce qui sonna le glas de nombreuses exploitations agricoles familiales. « Dans les villes et campagnes moins peuplées, des artisans et des commerçants ont fermé boutique faute de clients, dans un contexte marqué aussi par de profondes transformations des modes de vie et de consommation », analyse l’étude. Au total, ce sont 93 000 emplois d’exploitants et d’ouvriers agricoles qui se sont volatilisés sur la période. Soit 78 % des emplois liés à l’agriculture en moins, « un mouvement que l’on retrouve dans le reste de la région comme dans l’ensemble de la France ».

Course aux armements dans les exploitations agricoles

C’est dans cette période de formidable mutation qu’il y eut une « course aux armements » : les exploitations restantes ont grandi, se sont fortement mécanisées avec des outils et des machines puissants. Cette profonde mutation a évidemment accéléré l’exode rural. De quoi signer la fin d’une partie des petites exploitations associant élevage et cultures… La période est d’autant plus saignante que les grandes exploitations, elles, devinrent de plus en plus avares en main d’oeuvre. Il y eut une mutation de la société aussi, poussée par le vent de l’histoire et une volonté d’indépendance : si 95 % des femmes d’agriculteurs travaillaient à la ferme en 1968, la majorité d’entre elles travaillent hors de l’exploitation aujourd’hui.

La fin des « vieilles industries »

Dans ce déclin, il y eut aussi la fin de vieilles industries. Notamment le textile. Les 63 bassins de vie ont perdu au total, de 1968 à 1996, 37 000 postes. L’Insee énumère : « À La Grand-Combe (Gard), Carmaux (Tarn) et Decazeville (Aveyron), les mines de charbon se sont taries. À Ganges (Hérault) et à Amélie-les Bains (Pyrénées-Orientales), on a cessé d’extraire du fer et du zinc. La métallurgie s’est éteinte à Bessèges dans les Cévennes et à Decazeville où elle avait pris le relais de l’activité minière. Alors que l’entreprise s’était installée dans les Pyrénées pour bénéficier de tarifs avantageux d’électricité, de gaz à proximité du gisement de Lacq, Pechiney a arrêté sa production d’aluminium autour de Tarascon-sur-Ariège, ainsi qu’à Marignac à côté de Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne) et Lannemezan (Hautes-Pyrénées). »

L’industrie du cuir structurait également bon nombre de bassins de vie en 1968. À Lavelanet (Ariège), Mazamet (Tarn). Autres illustrations : à Saint-Pons-de-Thomières (Hérault) et Amélie-les-Bains où on fabriquait des toiles et des espadrilles. Dans la haute vallée de l’Aude à Espéraza, la chapellerie côtoyait l’industrie de la chaussure également présente à Quillan. À proximité des mines de Carmaux, on transformait la laine ainsi qu’à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) et à Saint-Affrique (Aveyron), etc.

Ce ne sont pas les mêmes personnes qui y habitent. Il y a eu une profonde transformation de la société qui va de pair avec une image qui ne s’est pas dégradée… »

Marie-Laure Monteil, responsable des études à l’Insee

« Nous avons réalisé une étude au long cours, sur 50 ans, recontextualise Marie-Laure Monteil, responsable des études à l’Insee Occitanie. Aujourd’hui, à l’aune d’un changement de société, certains de ces territoires arborent une image positive.  Marie-Laure Monteil précise que « localement, il y a pu avoir des reconversions. Nous disons aussi dans l’étude qu’il y a eu un apport non négligeable de cadres et de professions intermédiaires même si elles ne suffisent pas à combler la perte des emplois agricoles et des ouvriers d’industrie depuis 50 ans. »

La spécialiste ajoute : « Entre-temps, il y a eu une transformation très profonde de la société, avec l’avènement des loisirs et des congés, du tourisme rural, etc. Certains de ces bassins de vie ont une image attrayante ; les Français visitent, bougent beaucoup plus. L’image de certains de ces territoires est devenue positive mais ce n’est pas incompatible avec le fait qu’ils sont moins peuplés qu’il y a 50 ans. Ce ne sont pas les mêmes personnes qui y habitent. Il y a eu une profonde transformation de la société qui va de pair avec une image qui ne s’est pas dégradée… »

Olivier SCHLAMA

(1) Dans une précédente étude de 2017, l’Insee expliquait que tous les départements d’Occitanie gagneraient de nombreux habitants d’ici 2050. La population continuerait de se concentrer en Haute-Garonne et dans l’Hérault, qui seraient les seuls départements à compter plus de naissances que de décès. L’Occitanie compterait 6,9 millions d’habitants en 2050 contre 5,7 millions aujourd’hui et deviendrait ainsi la 3e région la plus peuplée et la 2e plus forte croissance du pays. La France compterait, elle, alors 74 millions d’habitants. L’augmentation de population serait portée quasi exclusivement par l’excédent migratoire.

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