Gard : 500 bénévoles mobilisés pour installer une agricultrice !

Des bénévoles lors d'un petit chantier massif. Photo : Aglaé de Mourgues

Ce serait une première en France et elle n’a rien de loufoque. Installer une agricultrice au Vigan (Gard) grâce à l’aide de 500 bénévoles et de la Région Occitanie : l’association Etika Mondo réinvente la méthode des chantiers de cathédrales ou celle présidant à l’érection des pyramides !

Le monde d’après a déjà débuté. Il montre déjà qu’il a les pieds dans la boue et un esprit à renverser les montagnes. En témoigne, le projet de l’association Etika Mondo  qui a l’air loufoque et surréaliste : les qualificatifs péjoratifs ne manqueront pas de la part des pisse-vinaigre. Le seul sur lequel tout le monde tombera d’accord c’est : incroyablement solidaire.

Le premier chantier écologique massif (CEM), c’est ainsi qu’il est baptisé, en France, devrait d’ailleurs bientôt voir le jour dans notre région, au hameau de Gaujac, au Vigan, dans les Cévennes gardoises. La Région Occitanie a accepté de lui octroyer 40 000 € après que Etika Mondo eut participé aux budgets participatifs de la Région Occitanie. En l’occurence, celui destiné aux projets montagne. Et ce fut un plébiscite : 990 votes l’ont placé il y a quelques jours en tête des 79 projets, dont 32 furent mis au vote, et 17 désignés lauréats.

Installer en trois jours une jeune agricultrice en maraîchage, olives et châtaignes biologiques !

En quoi consiste ce Cem (Chantier écologique massif) comme l’appelle le porteur de projet qui en appellerait d’autres ? Installer en trois jours une jeune agricultrice en maraîchage, olives et châtaignes biologiques ! Comment ? En faisant intervenir sur ce chantier quelque 500 participants bénévoles. « Le budget total est de 150 000 €. C’est important mais il faut bien comprendre que l’on ne mobilise pas comme cela un demi-millier de volontaires : il faut les loger, organiser leur venue, etc. (1). En outre, il faut pas mal de matériels pour intervenir en Cévennes sur des terrains très techniques. Il faut restaurer 200 mètres de murs en pierre-sèche, une oliveraie et une châtaigneraie centenaires, deux sources…  » L’installation agricole d’Emilie se fait sur l’écolieu d’Etika Mondo qui propose des stages d’initiation à l’écologie scientifique et pratique (écologie, permaculture, éco-rénovation, pierre-sèche, low tech, menuiserie, etc.)

Lauréat d’un budget participatif de la Région avec 40 000 € à la clef

La région nous apporte donc 40 000 € et nous sommes en discussions avancées avec des clubs sportifs pour une partie du budget », confie Boris Aubligine, 44 ans, président de Etika Mondo. Pourquoi des clubs ? « Ils peuvent avoir un intérêt à nous aider. Il y a certes la dimension « musculation » naturelle dans ces travaux ; mais aussi la volonté d’apprendre à se mouvoir et travailler sans se blesser. Il y a aussi l’esprit d’équipe… »

Pyramides d’Égypte, cathédrales…

Cette idée est dans la lignée des projets d’évergétistes historiques qui n’ont pu se réaliser que grâce à une main d’oeuvre massive comme ce fut le cas lors de la construction des pyramides d’Égypte qui, « même s’il y avait des esclaves à cette époque, il y avait aussi des artisans bien payés » ; celui sans plaisanter non plus des bâtisseurs de cathédrales et de leurs guildes ou encore plus près de nous de la « fusée Ariane qui montra que l’on peu être fier d’appartenir à une communauté qui avance ensemble ». Sans oublier la Chine de Mao et les bras de ses « brigades populaires ». Voire, certes en moins massif, des actions observées dans certaines ZAD.

C’est un coup d’essai. « Ce premier projet est un crash-test : si on réussit dans les Cévennes, on peut le faire partout ! » À l’avenir, Boris Aubligine, espère conclure des partenariats avec de gros festivals par exemple, comme le Printemps de Bourges « en créant autour toute une série d’événements et d’actions comme le nettoyage des berges, des rivières, toujours en faisant appel aux bénévoles massivement.

Enjeux alimentaires et écologiques

En fait, ce projet devait être mis en oeuvre en juin dernier. « Mais, covid oblige, il a été reporté d’un an. » Sur le fait que cette idée connaît un engouement, Boris Aubligine, président de Etika Mondo, avance que son association a un bon réseau. « Il y a aussi le fait que beaucoup de gens proposent de donner de leur temps bénévolement ; certains ont compris tout l’enjeu de la solidarité mais aussi des enjeux alimentaire et écologique. L’alimentation est la clef de la stabilité d’une nation », dit-il pour évoquer une meilleure sécurité alimentaire.

Et de conclure : « Avec nos projets nous cherchons nous prémunir d’une crise sanitaire qui empire ou, pire, d’une situation de guerre avec un baril de pétrole à 200 dollars qui nous empêcherait de démarrer les tracteurs. Si on ne tombe pas dans le scénario du pire avec un krach boursier, tant mieux, sinon on  aura une production agricole de proximité de qualité près de chez soi. » Sans que cela coûte peu en investissement et en foncier. Un projet qui fait humanité.

Olivier SCHLAMA

(1) Dans le projet d’installation, il y aura 100 mètres de culture sur buttes auto-fertiles5 000 mètres carrés de cultures maraichères1 000 tiges d’arbres fruitiers1200 mètres linéaires de clôture électriqueune retenue d’eau collinaire pour l’irrigation et la biodiversité et une serre sans plastiqueDeux autres jours seront consacrés aux festivités et aux rencontres (village des solutions, conférences, concerts, rencontres avec les acteurs locaux…)

Par ailleurs, cette installation va créer un emploi à temps plein à l’année et deux à trois emplois saisonniers immédiatement après le Cem. Les stages d’Etika Mondo ont déjà créé 10 emplois saisonniers en 2019 sur un bassin de vie où 25 % de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté. L’association projette la création de cinq à dix emplois temps plein en 2021.
2) suite aux dernières inondations dans le Gard, Etika Mondo a mobilisé 35 volontaires et aidé 3 agriculteurs sinistrés (maraichage, arboriculture, élevage et apiculture) durant une semaine.

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