Nature : Un hôpital de campagne pour oiseaux marins en détresse

Sterne Caugek. © M.Fernandez - LPO

La Ligue de protection des oiseaux projette de se doter d’installations spécifiques pour sauver les oiseaux pélagiques au cas où une marée noire viendrait souiller la Méditerranée.

Deux tiers des Français se déclarent en faveur du bien-être animal, selon un sondage sorti ce mercredi 19 août de la Fondation Bardot confié à l’Ifop.  L’intérêt des citoyens s’exprime clairement face aux questions relatives aux conditions de l’élevage, la chasse, l’expérimentation animale et aux spectacles d’animaux sauvages. C’est dire si le projet de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) de créer une sorte d’hôpital de campagne pour oiseaux pélagiques trouvera sans nul doute un écho favorable. Le projet, estimé à 49 500 €, serait en grande partie financé par la Région Occitanie, dans le cadre des budgets participatifs de la Région, s’il est plébiscité par le vote du public.

Sternes, goélands, fous de bassan, puffins, macareux…

Sternes, mouettes, goélands, mais surtout des pélagiques : fous de Bassan, venant pour la plupart de l’Atlantique Nord et transitant par la Méditerranée durant leur jeune âge, petit pingouin (surtout l’hiver), Puffin de Méditerranée, macareux, cormorans, etc. La LPO en a fait un recensement complet.

Prendre en charge dans de bonnes conditions les oiseau marins en détresse »

Valérian Tabard, LPO Hérault

« Avec 215 kilomètres de rivage la région Occitanie abrite une biodiversité marine remarquable comprenant une grande diversité d’oiseaux du littoral ou pélagiques qui s’y reproduisent, le fréquente en hivernage ou, de passage, en site d’alimentation », souligne la LPO Hérault qui a donc besoin de doter son centre de Villeveyrac, près de Sète (Hérault), en nouveaux équipements adaptés (volières et bassins) « pour prendre en charge dans de bonnes conditions les oiseaux du milieu marin en détresse (pollutions aux hydrocarbures, enchevêtrement dans des filets, affaiblissement lors de tempêtes…), explique Valérian Tabard, de la LPO Hérault, au sein de son Centre régional de sauvegarde de la faune sauvage et souhaite développer la connaissance sur ces espèces fragiles et peu connues du grand public (formations, dépliants et exposition, qui commenceront à Gruissan, dans l’Aude). » Des installations de soins encore trop peu nombreuses et une quasi-absence de matériels adaptés, notamment en cas de gestion d’une pollution aux hydrocarbures.

« Depuis son ouverture en juin 2012 notre centre régional de sauvegarde de la faune sauvage de la LPO basé à Villeveyrac a accueilli 15 732 oiseaux en détresse de toute la région Occitanie, 10 % de ces accueils concernent des oiseaux marins pour lesquels nos infrastructures ne sont pas encore bien adaptées, d’où notre projet soumis au vote des citoyens », ajoute Valérian Tabard.

L’État s’est aperçu il y a 15 ans qu’il n’y avait pas de plan d’urgence sur la côte méditerranéenne pour les animaux, en cas notamment de pollution marine, de marée noire. Nous avons rédigé ce plan… »

Pierre Maigre, président de la LPO de l’Hérault
Pesée Pingouin torda2©LPO Hérault

Pierre Maigre préside aux destinées de la LPO Hérault qui rayonnera d’ici la fin de l’année sur toute l’Occitanie. Il remet ce projet d’aide aux animaux marins en détresse dans le contexte. « L’État s’est aperçu il y a 15 ans qu’il n’y avait pas de plan d’urgence sur la côte méditerranéenne pour les animaux, en cas notamment de pollution marine, de marée noire. Nous avons rédigé ce plan, à la demande de la Dréal, où l’on intègre toute l’organisation de terrain en Languedoc-Roussillon. Département par département avec parfois des partenaires. Dans certains départements, comme les P.-O. ou le Gard, ce sont les Groupes ornithologiques du Roussillon ou du Gard qui seront chargés de donner l’alerte et se mobiliser avec leurs bénévoles. Il pourra s’agir de mammifères, cétacés, phoques, reptiles, tortues marines… Il y a désormais toute une chaîne de sauvetage agréée. »

Si tout se passe bien, ces équipements peuvent être très vite construits, d’ici fin 2021. Cela permettra de prendre en charge en cas de pollution des dizaines voire des centaines d’oiseaux en même temps »

Mammifères ou autre animaux marins « seront pris en charge par d’autres que nous dans des centres spécialisés à la Grande-Motte, au Grau-du-Roi », précise Pierre Maigre. S’agissant des oiseaux et notamment des oiseaux de haute mer (pélagiques), « c’est nous, la LPO, qui devons nous en occuperons. D’où ce besoin d’équipements spécifiques à Villeveyrac », confie-t-il encore. Ces équipements en bassins et autres volières pourront, en cas de besoin, se « connecter » à l’un des deux hôpitaux mobiles de la LPO France.

Goelands leucophées en soins LPO – Hérault

« Ce sont des containers tout équipés avec tout pour nettoyer les oiseaux  sur simple appel en moins de 48 heures. Il suffit ensuite de brancher eau et électricité. En une demi-heure, l’ensemble est opérationnel. » Pierre Maigre note qu’en cas de marée noire, il faudra garder plus ou moins longtemps les oiseaux car leur plumage aura perdu de leur imperméabilité, même si nous utilisons des nettoyants les moins agressifs possibles. « Si tout se passe bien, ces équipements peuvent être très vite construits, d’ici fin 2021. Cela permettra de prendre en charge en cas de pollution des dizaines voire des centaines d’oiseaux en même temps », estime Pierre Maigre, de la LPO, qui prévoit par ailleurs dans un autre dossier d’ériger une salle de 70 m2 pour mettre à l’isolement et traiter les oiseaux qui ont contracté une variole qui ne se transmet pas à l’homme mais qui est très contagieuse parmi les volatiles.

Plans d’action en faveur d’espèces menacées, état des lieux faunistique…

La LPO Hérault, ce sont 12 salariés, 120 bénévoles et 980 membres (650 000 € de budget par an). La future LPO Occitanie, ce sera bien davantage : 33 salariés et 5 000 membres, sans oublier les embauches clairement envisagées. Elle disposera d’un budget annuel de 1,7 M€. « Nous avons peu d’aides directes, environ 10 % de notre budget. Il y a quelques dons. Mais nos principales ressources proviennent des prestations de service. Par exemple quand nous sommes saisis par l’Etat, qui n’en a pas les moyens humains, de proposer un plan d’action sur une espèces menacée. Nous faisons aussi payer des prestations à des structures privées. Dans le cadre par exemple de zones sensibles où l’on veut implanter un parc éolien. Nous pouvons faire un état des lieux complet de la faune sur une année complète – puisqu’il y a des espèces qui ne sont présentes qu’à certaines saisons, comme les oiseaux migrateurs. »

On peut proposer de réduire le nombre d’éoliennes ; on fait ensuite le suivi des recommandations sur trois ou quatre ans ; on regarde si elles sont bien effectuées et on donne tous les résultats à la préfecture. » 

Mouettes… LPO.

« On regarde s’il y a des amphibiens, des plantes rares. On peut être sollicités pour une déviation, une autoroute ou encore une ligne SNCF à grande vitesse. Une fois l’état des lieux fait, on peut estimer l’impact d’un aménagement de la zone sur la nature environnante. Et proposer des solutions, jusqu’à, pourquoi pas, déplacer le projet. Des éoliennes, quand il s’agit d’éoliennes. On peut en proposer d’en réduire le nombre, etc. on fait ensuite le suivi des recommandations sur trois ou quatre ans ; on regarde si elles sont bien effectuées et on donne tous les résultats à la préfecture. » 

Budgets participatifs

Ces 220 kilomètres de littoral sont un vrai défi. Sont-ils vraiment connectés à cette vaste région Occitanie ? « Dans le cadre d’une étude sur l’économie bleue (une économie maritime durable, NDLR), nous avons constaté que mer et littoral irriguent tout le territoire d’Occitanie. On trouve même des entreprises liées à cette économie maritime à Toulouse et dans d’autres départements l’ex-Midi-Pyrénées. Ça essaime partout. Nous avons aussi une ambition avec le Parlement de la Mer ; nous avons l’ambition de démocratiser l’accès mer, la connaissance des métiers, des loisirs nautiques, etc. », confie Marc Barral, directeur-adjoint de la direction de la Mer au conseil régional et référent sur ce projet budget participatif Mer et Littoral. C’est pourquoi ce nouveau chapitre des budgets participatifs a été ouvert le 10 avril dernier, en plein confinement.

Olivier SCHLAMA

Budgets participatifs avec Dis-Leur !