Écologie : Les plages du Gard luttent contre le fléau des mégots

Photo : Olivier SCHLAMA

L’institut marin Seaquarium du Grau du Roi porte le projet de réduire le nombre de mégots sur les plages gardoises. Un projet parmi 97 déposés entrant dans le cadre des budgets participatifs de la Région Occitanie pour lequel vous allez pouvoir voter.

Le mégot, c’est zéro. « Vous vous rendez compte : sur 100 mètres de plage, on a retrouvé 250 mégots de cigarettes ! » Chargée de projet à l’Institut marin Seaquarium du Grau du Roi, Pauline Constantin a déposé un double projet dans le cadre des budgets participatifs de la Région Occitanie. Le premier a un nom explicite : « Ensemble, Zéro Mégot Sauvage ». Entre les différents aspects, ce projet nécessite une aide de 50 000 € de la Région, s’il est validé par les internautes qui votent suffisamment pour lui, comme Dis-Leur vous l’expliquait et même s’il y a de plus en plus de plages sans tabac

Des ateliers « à échelle citoyenne » et en y associant le Grau du Roi, Saint-Laurent-d’Aigouze, Aigues-Mortes et la communauté de communes Terre de Camargue »

Pauline Constantin. DR.

« Nous travaillons depuis des années sur le thème de la pollution de la mer et des plages. Nous avons déjà fait des opérations de nettoyage. À chaque fois, c’est le même constat : le mégot arrive en tête des déchets ramassés. Nous voulons initier des choses toutes simples » et que les actions qui seront lancées émanent des habitants. C’est pour cela que Pauline Constantin a imaginer créer des ateliers spécifiques « à échelle citoyenne » et en y associant quatre collectivités : le Grau du Roi, Saint-Laurent-d’Aigouze, Aigues-Mortes et la communauté de communes de ce secteur, Terre de Camargue. « Rien n’est conçu d’avance, avance-t-elle. Nous comptons sur l’intelligence collective pour faire émerger des solutions qui émanent des habitants pour les habitants. »

Démocratiser l’accès à la mer

Ces 220 kilomètres de littoral sont un vrai défi. Sont-ils vraiment connectés à cette vaste région Occitanie ? « Dans le cadre d’une étude sur l’économie bleue (une économie maritime durable, NDLR), nous avons constaté que mer et littoral irriguent tout le territoire d’Occitanie. On trouve même des entreprises liées à cette économie maritime à Toulouse et dans d’autres départements l’ex-Midi-Pyrénées. Ça essaime partout. Nous avons aussi une ambition avec le Parlement de la Mer ; nous avons l’ambition de démocratiser l’accès mer, la connaissance des métiers, des loisirs nautiques, etc. », confie Marc Barral, directeur-adjoint de la direction de la Mer au conseil régional et référent sur ce projet budget participatif Mer et Littoral. C’est pourquoi ce nouveau chapitre des budgets participatifs a été ouvert le 10 avril dernier, en plein confinement.

De l’événementiel sur les plages

Lors d’une collecte de déchets. Archives. DR.

En termes de communication, l’Institut Marin devra, pour cette opération, trouver le message et la phrase-clef. Qu’elle soit « trash », directe, humoristique… Toujours dans le domaine du faire-savoir, Pauline Constantin imagine que l’on pourrait promener une carriole décorée par des artistes aux motifs un « peu délirant » évoquant une baleine ; une grande maisonnette… pour créer de l’événementiel sur les plages. Tout est à choisir puis à faire. Parallèlement, sera menée une réflexion sur des actions et des aménagements à proposer. « On a pensé, bien sûr, aux fameux cendriers de plage ». Le Grau du Roi avait d’ailleurs mené une vaste campagne il y a une dizaine d’années. Mais il y avait des travers. « C’était très cher, cela crée du déchet et c’est à usage unique ; après se pose, entre autres, la question de les vendre ou pas ? » Plus trop dans les canons de notre époque.

Poubelles de poche

Mais l’idée d’origine pourrait se creuser : « On pourrait, là aussi si les participants aux ateliers le décident, proposer des poubelles de poche qui pourraient également recueillir des chewing gum, des papiers de bonbons, etc. On pourrait en proposer un par foyer à travers un bon de collecte dans le bulletin municipal et le trouver chez les buralistes, ce qui d’ailleurs au passage impliquerait ces derniers. » Plusieurs grandes plages sont concernées, celle du Grau du Roi, du Boucanet, du Seaquarium et de l’Espiguette qui respectent ce que l’on appelle le protocole de Barcelone de lutte contre la pollution.

L’idée sera-t-elle reprise ailleurs ?

Le stand de l’association. DR.

Si cette opération est concluante (vous pouvez voter pour ce projet en cliquant ici,) elle pourrait – qui sait ?- dans plusieurs années faire florès le long des 215 km de littoral languedocien. En attendant, il en coûte au moins 50 000 € pour acheter ces poubelles de poche et celles qui jalonneront les plages gardoises. « Les prix unitaires s’échelonnent de 200 € à 300 €, précise Pauline Constantin, il faudra résoudre aussi un problème logistique et financier pour les communes : ces petites poubelles spécifiques ne devront pas être trop éloignées des poubelles classiques, pour permettre aux employés municipaux de les vider dans une même tournée. Les communes ne vont pas embaucher de personnel… »

Vendre du poisson local pêché localement

Créée il y a trois ans, l’institut marin du Seaquarium du Grau du Roi a pour mission de redistribuer les bénéfices du Seaquarium du Grau du Roi des fonds européens de la pêche, d’aides régionales et de fonds espérés du mécénat, dans des initiatives de la protection de l’environnement et de la biodiversité. Expos, conférences, recyclages de déchets, etc. sont à son programme. Cette association a aussi un second projet dans le cadre des budgets participatifs de la Région Occitanie, baptisé l’Étal du Pêcheur.

Port Camargue c’est à l’origine un  village de pêcheur. Une forte tradition y règne qui est à faire connaître et à partager. C’est culturel D’où l’idée d’un lieu de vente directe. « Il n’y a pas de poissonnerie à Port Camargue et la criée est à plusieurs kilomètres. Nous portons l’idée d’un endroit où l’on pourra pour les habitants des marinas se procurer du poisson local pêché localement dans une belle ambiance. Chaque semaine, dès la fin du mois d’août, l’Etal du Pêcheur sera occupé par un pêcheur différent. »

Mais, pour l’instant cet étal la scénographie n’a pas encore été réalisée : il n’y a que des murs blancs et du bois brut. « Il faut le décorer et l’embellir. Là aussi une aide de 50 000 € est sollicitée ». Le lieu, original, qui ouvrira d’avril à septembre, a pour but d’être partagé par des associations qui font vivre les cultures marines (apprentissage de noeuds marins, sur la patrimoine, les voiles latines…). « On peut imaginer y faire venir également des chefs pour y apprendre des recettes », note Pauline Constantin.

Olivier SCHLAMA

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