Thermalisme : « Rouvrir oui, mais surtout rassurer les curistes… »

Thermes de Balaruc-les-Bains Thermes de Balaruc-les-Bains. Photo : Olivier SCHLAMA

Les 29 stations d’Occitanie qui en font la première région thermale de France peuvent ouvrir dès ce 2 juin mais aucune ne le pourra, protocole sanitaire particulier oblige. Balaruc-les-Bains, 1er station de France, qui aura perdu 10,5 M€ à la fin 2020, rouvrira le 22 juin, d’autres en juillet… Au-delà de l’urgence, Région Occitanie et Etat travaillent à un plan à plus long terme pour pérenniser la filière qui faisait déjà l’objet d’une task force.

Le soulagement le dispute à l’excitation. « Nous avons été surpris d’apprendre hier que nous pouvions rouvrir les Thermes le mardi 2 juin ». Comme les piscines, les colonies de vacances ou les bars et restaurants. « Le décret a été publié hier. Nous attendions ça depuis trois mois », souffle Gérard Canovas, le maire de Balaruc-les-Bains où siège le fleuron du thermalisme français. Pour autant, le temps de mettre en place le nouveau protocole sanitaire, « on fait tout pour ouvrir le 22 juin prochain », annonce le maire de Balaruc-les-Bains.

Masques pour tous, distanciation physique d’un mètre…

Thermes de Balaruc-les-Bains
Ph. O.SC.

Obligation sera faite, d’ici là, pour tous, salariés comme curistes, de porter un masque (« ce qui est légitime ») ; la distanciation physique devra être d’un mètre minimum entre chaque curiste (comme pour les bars et restaurants) mais aucune restriction pour l’utilisation des douches ou des vestiaires. Quant aux bassins, chlorés, aucune recommandation spéciale non plus : « Selon les études, le virus n’y survit pas », rapporte Gérard Canovas qui ajoute qu’il faudra aussi que « les analyses bactériologiques que nous faisons régulièrement, notamment au pompage des eaux, soient parfaites. Il y a tolérance zéro en la matière. Il faut aussi que les curistes se « remettent en route, » refassent la démarche de venir, louer un appartement, etc. »

Travail de fond auprès des curistes

« Nous avons trois semaines pour nous préparer, analyse Gérard Canovas ; il y a un travail spécifique à faire sur certains matériels ; sur les files d’attente ; il faut que nous travaillions sur la fréquentation journalière maximale, etc. » Et penser à faire revenir la clientèle. « Nous avons justement anticipé. Lors du confinement, sur 430 salariés, 385 étaient en chômage partiel, le restant est resté au contact des curistes pour faire un travail de fond, par mail, téléphone, etc. Certains curistes ont annulé, d’autres reporté… Il faudra toutefois largement continuer à s’employer pour les rassurer. Vous savez nos cabines de boue, par exemple font 8 mètres carrés et les gens y suivent un soin seul. »En fait, Balaruc essaie de sauver les meubles pour cette saison et « travaille davantage pour 2021 »

Nous tablons sur un déficit à la fin de l’année 2020 de 10,5 M€ qu’il va falloir combler et une recapitalisation de 5 M€ des thermes »

Gérard Canovas, maire de Balaruc-les-Bains

Thermes de Balaruc-les-BainsLa première station thermale de France qui en 2019 avait accueilli 53 000 curistes en 2019 souffre évidemment comme toute la filière thermale de difficultés évidentes. « Nous tablons sur un déficit à la fin de l’année 2020 de 10,5 M€ qu’il va falloir combler », confie Gérard Canovas. L’Agglopôle de Sète a déjà annoncé aider l’établissement – à hauteur de 2 M€ – qui emploie 430 salariés et qui est à l’origine de 2 000 emplois indirects sur le Bassin de Thau mais la commune de Balaruc devrait ajouter 4 M€, le département de l’Hérault devrait aussi y aller de de son écot. Mais du fait de la singularité de la société – une Société publique locale des Thermes de Balaruc-les-Bains, Spleth – la soutenir financièrement n’est pas si facile, à cause de règles comptables spécifiques. « On va vers une recapitalisation des Thermes de 5 M€, ajoute Gérard Canovas qui compte à ce stade rembourser cette dette de 10,5 M€ à tempérament, sur les bénéfices de chaque exercice à venir, s’il y a en a. « Nous sommes en train de calculer le coût de cette crise et peut-être l’étaler de 2021 à 2026… »

Le Boulou, Amélie-les-Bains, Preste-les-Bains…

Le coût de la crise n’a pas encore été non plus finement calculé au Boulou (P.-O.), modeste station thermale (4 500 curistes par an) aux confins de l’Hexagone, qui, elle, ne rouvrira pas avant le 13 juillet, veille de fête nationale. C’est ce qu’explique Jean-Claude Bousquet l’adjoint chargé de ce sujet. « La Chaîne Thermale du Soleil à laquelle appartiennent les thermes du Boulou vont sans doute, pour les harmoniser, repousser de le même manière l’ouverture des autres thermes qu’elle possède à Amélie-les-Bains, à la Preste-les-Bains ou encore à Vernet-les-Bains. Chez nous, cet arrêt brutal de la saison qui connaît son pic traditionnellement en mai et juin a suscité un vif émoi. C’est tout un pan de l’économie qui est touchée, certains particuliers ne loueront pas leurs appartements, par exemple… On espère quand même que septembre et octobre seront bons. « 

Il nous faut travailler à des outils et des mesures pérennes ; cette crise doit nous servir d’appui pour faire s’éloigner d’autres crises »

Jean-Louis Guilhaumon, vice-président de la Région
Jean Louis Guilhaumon, vice président de la Région. Ph : Francis VERNHET

Vice-président de la Région Occitanie chargé du thermalisme, Jean-Louis Guilhaumon, lui, pense certes à répondre à l’urgence mais aussi à l’avenir. « La Région a lancé au travers du Comité régional du tourisme un plan de reconquête de 3,2 M€,rappelle-t-il, en même temps qu’un deuxième volet de l’aide d’urgence pour la reprise de l’activité, le fonds L’Occal de 80 M€ (accessible le 1er juin), et enfin le 2e volet du fonds de solidarité. Le plan d’urgence de 18 milliards d’euros de l’Etat est ambitieux, juge-t-il encore. Mais il faut aller plus loin. La filière est dans une situation extrêmement préoccupante, y compris pour toutes les stations qui avaient une belle notoriété, comme Balaruc-les-Bains, un modèle, et qui, bien que promues à un bel avenir, connaissent des difficultés importantes.

On peut trouver des solutions particulières à cette filière, comme des prêts pour abonder les fonds de roulement, des initiatives pour la remise à niveaux des installations (pour la gestion des flux, entre autres). » Jean-Louis Guilhaumon évoque une « stratégie concertée pour un green new deal, une économie verte et vertueuse. Il nous faut travailler à des outils et des mesures pérennes. Cette crise doit nous servir d’appui pour faire s’éloigner d’autres crises », formule-t-il.

Feuille de route spécifique du ministère du Tourisme

Le ministre du Tourisme a annoncé jeudi qu’il y aura une feuille de route spécifique pour la filière thermale, comme Dis-Leur vous l’a rapporté. Qu’en attend Gérard Canovas ? De l’argent frais, forcément, comme tous les établissements « pour faire baisser le déficit » mais aussi des outils pour aider tout le thermalisme. Il y aura sans doute également un plan de communication de la Région Occitanie et de la fédération régionale du thermalisme sur ce thème précis.

Les bains de Dorres (Pyrénées-Orientales) réputés depuis l’époque romaine, proposent notamment de se baigner dans un ancien lavoir… Photo © Mairie-Dorres F.-B.

Pour rester la première région thermale de l’Hexagone, qui est déjà d’importance  – 188 000 curistes par an sur les 600 000 en France pour 110 établissements thermaux, 6 millions de nuitées, 120 millions d’euros de retombées directes (pour 50 euros de dépenses par jour et par curiste) et plus de 2 000 emplois directs – la Région avait lancé une étude auprès du fameux cabinet Ernst & Young. Car ce secteur reste très fragile, hormis la réussite éclatante des thermes de Balaruc-les-Bains, près de Sète (Hérault). Au milieu des années 2000, le thermalisme pâtissait d’une image vieillotte. Ce n’est plus le cas.

« La filière est fragile mais il est quand même indispensable dans certains territoires ruraux », explique une source proche du dossier. L’idée est de renforcer les atouts du thermalisme et s’ouvrir vers la filière bien-être. Ainsi, le cabinet Ernst & Young a identifié 100 projets pouvant donner lieu jusqu’à 300 millions d’euros d’investissements, principalement privés, au total sur les dix prochaines années, dans l’ensemble des 29 stations (élargissement de l’offre, rénovation, etc.) « Mais, précise-t-il, ces projets sont très hétérogènes ; certains projets ne sont pas forcément matures. »

Olivier SCHLAMA

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