Cévenol / Causses : La belle histoire de deux trains mythiques sauvés

"La fermeture de la ligne des Causses était inenvisageable pour préserver la mobilité des habitants bien sûr, mais également l'environnement et l'économie de ce territoire", explique le vice-président de la Région Occitanie, Jean-Luc Gibelin. Photo : Gabriel Tonel.

Une belle histoire de tortillards : cette fois, le cadeau de Noël n’est pas un train miniature. Dans la région, deux trains se distinguent. Le Cévenol (1), symbole de la lutte des territoires, désormais exploité par la Région Occitanie, et la ligne de l’Aubrac ou Causses-Cévennes (2) qui vient de bénéficier d’investissements lourds. Ces deux trains mythiques devraient le rester pour les générations futures.

« La ligne des Causses sera préservée, le fret développé, les emplois assurés. Les engagements sont pris », assurent, veille de Noël, les Régions Occitanie et Auvergne-Rhône-Alpes qui viennent de conclure un accord de financement avec l’État afin de garantir la réalisation des travaux sur la ligne des Causses. « Le train de l’Aubrac sera préservé sur les voies entre Clermont-Ferrand et Béziers », assurent Carole Delga, présidente de la Région Occitanie et Laurent Wauquiez, son homologue de la Région Auvergne-Rhône-Alpes.

Ph. Antoine Levesque.

Ligne historique, électrifiée en 1932, la ligne des Causses est aujourd’hui l’un des emblèmes du combat des Régions pour la préservation des lignes de desserte fine des territoires. Le train de l’Aubrac a connu ses heures de gloire dans les années 1980 avec la mise en service de l’express L’Aubrac. Mais sans un investissement lourd de 11,5 millions d’euros, il était menacé de fermeture.

Les investissements et les chantiers de ces deux trains mythiques ouvrent de belles perspectives sur le long terme pour le Cévenol et l’Aubrac »

Jean-Luc Gibelin, vice-président de la Région Occitanie

« La fermeture de la ligne des Causses était inenvisageable pour préserver la mobilité des habitants bien sûr, mais également l’environnement et l’économie de ce territoire. Cette fermeture aurait entraîné de façon certaine la mise sur les routes d’Occitanie et d’Aura de 140 camions supplémentaires par jour ou possiblement la délocalisation d’Arcelor-Mittal, et ses 370 salariés aujourd’hui à Saint-Chély d’Apcher qui fabrique des moteurs électriques. Ce qui n’est pas anodin dans le cadre de la transition énergétique… » 

Fait exceptionnel, l’engagement financier de l’État à la hauteur des deux Régions. « C’est une belle bataille que nous venons de remporter ! », s’enthousiasme Jean-Luc Gibelin. Le vice-président de la Région Occitanie en charge des transports ajoute : « En fait, on en est à la seconde tranche de travaux. La première était de 3,5 millions d’euros. Ces deux phases nous permettent d’entrevoir un engagement à long terme d’un montant nettement plus important d’ici 2030/2034. » En tout cas, « les investissements et les chantiers de ces deux trains mythiques ouvrent de belles perspectives sur le long terme », souligne Jean-Luc Gibelin.

L’enjeu du fret a été déterminant

Membre du comité pluraliste pour la sauvegarde de l’Aubrac qui fête ses 25 ans, Antoine Levesque dit : « On peut saluer cet investissement apporté par les deux régions pour sauver la ligne de l’Aubrac. C’est un effort sans précédent. » Au départ, régnait une certaine frilosité, côté Auvergne. Mais « l’enjeu du fret a été déterminant. » Aujourd’hui, la ligne des Causses, ce sont deux trains par jour, de bout en bout, de Béziers à Clermont-Ferrand. Et après, des TER au Sud, de Saint-Chély-d’Apcher à Béziers. Il y a aussi une offre TER mais seulement de Béziers à Saint-Chély et Millau. L’idée c’est de prolonger les TER jusqu’à Neussargues afin de donner correspondance aux TER Aurillac-Neussargues-Clermont. »

Paysages majestueux, ouvrages d’art… Photo prise depuis l’Aubrac par Gabriel Tonel.

C’est très important, au-delà de la beauté des paysages traversés, de répondre à un besoin du public. C’est aussi un service d’intérêt général. L’une de nos revendications à long terme c’est de prolonger les TER de Béziers jusqu’en Auvergne. »

Antoine Levesque, un passionné.

Âgé seulement de 19 ans, étudiant en droit à Paris et originaire de Normandie, Antoine Levesque s’est pris de passion pour ce tortillard. « Je viens en Auvergne en vacances depuis des années. Et c’est très important, au-delà de la beauté des paysages traversés, de répondre à un besoin du public. C’est aussi un service d’intérêt général. » Il ajoute : « L’une de nos revendications au comité à long terme c’est donc de prolonger les TER depuis Béziers jusqu’en Auvergne. C’est une ligne où les comptages sont compliqués à effectuer : la SNCF les fait partiellement et on n’en connait que quelques bribes. C’est flou. On sait peu de choses : qu’un millier de scolaires l’empruntent et des familles aussi le week end, notamment. Depuis Nîmes, Montpellier, Béziers… », note Antoine Levesque par ailleurs secrétaire de l’association des amis du viaduc de Garabit, sur le tracé du Causse.

Ph : Boutonnet Laurent

Pour Martine Guibert, vice-présidente de la Région Auvergne-Rhône-Alpes déléguée aux Transports : « La Ligne de l’Aubrac est sauvée ! C’est un soulagement pour notre territoire et pour les salariés de l’entreprise Arcelor Mittal de Saint Chély d’Apcher. Nous devons maintenant profiter de ces travaux pour construire un véritable projet de territoire incluant le viaduc de Garabit et la ligne de l’Aubrac et ainsi préparer les nouvelles phases de travaux pour régénérer totalement la ligne. » En clair faire d’un sauvetage une chance pour les territoires.

Le Cévenol, c’était le tracé le plus court, jadis, via le Massif Central, pour rallier Paris à Marseille

Quant au Cévenol (environ 100 000 voyageurs par an) dont la région Occitanie a repris l’exploitation à 100 %, « de nouvelles rames arriveront d’ici le 15 janvier 2020 payées par l’Etat avant que celui-ci  ne se désengage au profit de la région ». Décors majestueux, multitude de ponts, viaducs et de tunnel : les passionnés ont compté 171 ouvrages d’art !  À l’origine, il n’était pas question de lancer une ligne pittoresque ou à vocation touristique. C’était juste le tracé le plus court pour rallier Paris à Marseille : via le Massif Central. Mais le tout-TGV est passé par là dans les années 1980. La centralisation. Une association d’élus s’est constituée et a mené la lutte. Même s’il faut cinq heures pour rallier Nîmes à Clermont, c’est une ligne vitale. En Lozère, par exemple, la première autoroute est à plus d’une heure. Pareil pour le… TGV.

train Aubrac viaduc de Chanteperdrix. Photo : Antoine Levesque.

Reste que ces deux trains, le Cévenol qui fête ses 150 ans et l’Aubrac manquent encore de visibilité auprès du public. « Quand les ventes sont ouvertes, ils sont accessibles sur le site de la SNCF, indique Gabriel Tonnel un passionné qui alimente un site richement documenté. Mais il peut y avoir un souci pour comprendre un itinéraire complet : la SNCF ne mentionne que deux changements maximum, décrypte Gabriel Tonel. Le Cévenol qui va jusqu’à Nîmes oblige à un changement à Montpellier ou Marseille. Il faut choisir son voyage section par section. » Plus largement, ces trains que ce soit le Cévenol ou l’Aubrac embarquent « des populations du quotidien qui vont ou viennent des métropoles. Ce sont des trains très importants pour l’attractivité des territoires… »

La ligne à grande vitesse Montpellier-Barcelone ne verra peut-être jamais le jour. Mais le Cévenol (Clermont-Nîmes-Marseille) et l’Aubrac (Clermont-Béziers), deux lignes qui relient des villes éloignées en Languedoc-Roussillon et Auvergne, elles, poursuivent plus sereinement leur bonhomme de chemin…

Olivier SCHLAMA

(1) Le Cévenol (Clermont-Ferrand-Nîmes) est désormais exploité à 100 % par la région Occitanie depuis 2019 circule sur la ligne des Cévennes.

(2) L’Aubrac (Clermont-Béziers) est train dit d’équilibre du territoire (TET) cofinancé par l’Etat et les deux régions, « une exception en France ». Il effectue une partie de son trajet sur la ligne des Causses (Béziers-Neussargues).

Montez dans le train avec Dis-Leur !