Humeur : 25 000 camions de plus en Occitanie, est-ce bien raisonnable ?

Déjà trop de camions sur les autoroutes A9 et A61... L'arrêt du train Perpignan-Rungis en mettrait 25 000 de plus pr an sur les routes... Photo D.-R.

La polémique ne cesse de rebondir depuis plusieurs mois. Fermera ? Fermera pas ? Gouvernement et direction de la SNCF se renvoient la balle sans proposer de solutions. Le sujet : le train frigorifique Perpignan-Rungis qui transporte chaque année près de 150 000 tonnes de fruits et légumes. La CGT-cheminot a alerté sur son risque de disparition, ce qui signifierait environ 25 000 camions de plus par an sur les routes…

Certains faits permettent de mieux comprendre pourquoi Nicolas Hulot a fini par déposer les armes et quitter le gouvernement. Rien de concret, en effet, n’a été proposé. Et les assurances du ministre de la Transition écologique et solidaire François de Rugy, affirmant que le train serait maintenu jusqu’à la fin de l’année avec la SNCF, ne parviennent pas à convaincre…

Une interruption de mi-juillet à mi-octobre semble déjà actée. comme le craignait le vice-président de la Région Occitanie Pyrénées-Méditerranée Jean-Luc Gibelin (en charge des mobilités et infrastructures de Transport), présent en juin dernier à une réunion au ministère des Transports. Pour mieux préparer l’arrêt définitif ?

La sécurité et l’environnement en question

Photo D.-R.

Ce sont les transporteurs Rey et Rocca qui opèrent le train (pour des produits essentiellement venant d’Espagne). Or leur contrat avec la SNCF se terminait à la fin du mois de juin 2019. Et la liaison risquait de s’arrêter car les wagons frigorifiques actuels sont trop vétustes. Leur renouvellement coûterait 20 millions d’euros. Or les deux transporteurs ne veulent pas investir pour acheter de nouveaux wagons, n’ayant affirment-ils aucune garantie de la SNCF de réserver le sillon au-delà de 2019.

Si le train s’arrête, ce sont environ 25 000 camions par an qui viendront s’ajouter aux myriades de poids-lourds qui sillonnent déjà les autoroutes de l’Occitanie. Avec les pires effets tant sur la sécurité que sur l’environnement. Sans parler de la centaine d’emplois menacés, essentiellement à Rungis. Alors, l’ambition écologique affichée par le gouvernement d’Emmanuel Macron serait-elle en train de fondre sous le soleil caniculaire ?

Un bon sujet pour « l’accélération écologique » promise par Edouard Philippe

Et quid de la volonté d’atteindre la neutralité carbone en 2050, si aucune décision réelle de transférer la route vers le rail n’est prise ? Pourtant nul n’ignore que le transport est le principal émetteur de gaz à effet de serre et que les trois-quarts de ces émissions des transports viennent des camions. Lorsqu’on se souvient que c’est justement une mesure censée être « écologique » qui a provoqué la fureur des gilets jaunes. On se dit que le gouvernement pourrait s’emparer de ce sujet du train Perpignan-Rungis pour affirmer son engagement écologique.

C’est bien le premier Ministre, Edouard Philippe qui a promis le 12 juin dernier que « ces douze prochains mois seront ceux de l’accélération écologique. » Eh bien, voici une belle ocasion de joindre les actes aux paroles. Pour l’environnement, pour la sécurité, qu’envisagent donc les députés LaREM de la région Occitanie, réunis depuis le début de l’année dans un groupe de travail baptisé « Occitanie Avenir » ? Voilà un sujet parfait pour affirmer leur engagement et leur influence, non ?

Il y a, en tout cas, urgence à trouver une solution…

Philippe MOURET

En juin 2019, 25 personnalités ont lancé un appel à la mobilisation pour sauver la ligne de frêt ferroviaire Perpignan-Rungis. Parmi elles, Manon Aubry (LFI), Olivier Besancenot (NPA), Olivier Faure (PS), Yannick Jadot (EELV), etc. Voir leur tribune.