Tarn : Ce four à pain qui rallume la flamme de tout un village

Une centaine des 370 habitants du village de Rouairoux se sont réunis dans une association pour construire un four à pain collectif sur le modèle des fours banaux de l’ère médiévale. Et organiser des événements festifs. De quoi remettre de la vie dans ce village dépourvu de commerces et d’école. Le projet est lauréat des budgets participatifs de la Région Occitanie.

C’est l’histoire d’un four pas banal puisqu’il est un vrai réacteur à humanité. Rouairoux est un village du Tarn de quelques centaines d’âmes. Plus aucun commerce n’égaye ses ruelles. L’école a fermé il y a quinze ans. Des habitants réunis en association ont un jour l’idée de créer un grand four à bois collectif, au coeur du village, surplombant la belle vallée du Thoré.

« L’idée de ce four collectif s’est imposée d’elle-même : au lieu que chacun se contente d’avoir un four chez soi, on a imaginé en réaliser un grand, collectif, pour tous »

Coloriste de prothèses oculaires, Christine Delsalle est l’une des personnes à l’origine de ce projet dont elle est trésorière qui existait sous une autre forme à l’époque médiévale (lire ci-dessous). « L’idée de ce four collectif s’est imposée d’elle-même : au lieu que chacun se contente d’avoir un four chez soi, on a imaginé en réaliser un grand, collectif, pour tous », dit-elle. Ce serait l’occasion de faire un brin de causette, « de se retrouver ». D’y apporter de la chaleur et de la convivialité.  Il y avait une petite grange à vendre en plein coeur du village de Rouairoux. Il fallut d’abord trouver les quelque 16 000 € pour en faire l’acquisition et le lopin d’en-face qui va avec.

Construire un four collectif pour devenir co-pain…

Forte d’une centaine d’adhérents, l’association Four pas banal veut en profiter pour que faire de cet endroit « un lieu de rassemblement pour les habitants et tous ceux qui souhaitent se joindre au projet. Nous désirons, expliquent-ils, remettre de la vie dans le village dépourvu de commerces et d’activités. Nous pensons que le pain est à la base de la vie sociale d’un village, en somme, nous voulons construire ce four pour devenir « co-pains », celui avec qui on partage le pain, cuire ensemble pains et pizzas et des plats chauds… » 

Se retrouver autour d’événements

Ce four est appréhendé comme un outil pour se retrouver et créer des événements. « L’idée c’est de pouvoir dans un premier temps pouvoir l’ouvrir deux fois par mois. Nous espérons l’inaugurer dans le courant de l’année prochaine, si la crise sanitaire nous le permet… » C’est une sorte de four-à-tout : l’association envisage de créer sur le terrain d’en face de 450 m2 qui lui appartient un potager commun, un petit verger, une terrasse pour accueillir des évènements…

Marchés de producteurs, concerts…

Le Four Pas Banal s’est donc porté acquéreur d’une petite bâtisse de pierres qu’elle a restaurée ainsi qu’un terrain en face qui permettra d’accueillir, lors de cuissons collectives, les différents événements, et ainsi d’organiser en parallèle des marchés de producteurs, d’artisans, des concerts, spectacles, de créer un jardin d’incroyables comestibles, de planter quelques arbres fruitiers ou encore d’organiser la… première fête du pain de Rouairoux… !

Lauréats des budgets participatifs de la Région

Ce projet – le seul du Tarn – fait chaud au coeur et qui a d’ailleurs réuni de nombreux suffrages – 400 – lors de sa mise au vote dans le cadre des budgets participatifs de la Région Occitanie. Cette dernière lui a octroyé la somme de 25 200 € sur un budget total de 46 000 €. Le lancement d’une opération de crowfunding a permis d’engranger de l’argent. « Nous comptons aussi sur le produit de la vente de pains, pizzas et autres petits plats concoctés dans ce four collectif. Au départ, on s’est endettés pour acheter cette grange, ajoute Christine Delsalle. Le budget est relativement important parce que ce four s’accompagne de la création d’une cuisine et de divers aménagements (éviers, réfrigérateurs, etc.) » Les commentaires sont laudateurs : « C’est une belle aventure humaine ! » ; « Un beau projet » ; « C’est un projet unissant toutes les générations » ; et même un joli : « C’est une tranche de vie » qu’un autre prolonge … »Qu’il faudrait aider à essaimer… »

Le Four pas banal est un clin d’oeil aux fours banaux et aux « banalités ». Ces dernières étaient dans le système féodal français les installations techniques que le seigneur se devait d’entretenir et mettre à disposition de tous, dont par exemple un four collectif. Chacun pouvait l’utiliser moyennant une somme, pour y faire cuire son pain, par exemple. C’était une sorte d’impôt.

Olivier SCHLAMA

Budgets participatifs avec Dis-Leur !