L’après-covid : 60 % des chefs d’entreprise sensibles à l’écologie

Selon un sondage de la Jeune chambre économique, une majorité de patrons se sentent concernés pour allier développement durable et développement économique. Mais tout reste à faire : ils demandent à être informés, accompagnés et connaître les solutions pour économiser l’énergie, favoriser les achats en circuits courts, recycler le plus possible…

Avec son accent qui roule de longs « R », Andreea Acxinte déroule à vitesse grand V des cas d’école concrets. Âgée de 34 ans, la présidente – bénévole – de la JCE (Jeune chambre économique) de Montpellier, par ailleurs spécialiste des financements européens, a la conscience de sa génération. Qui veut préserver la planète ; déployer l’intelligence collective pour limiter le gaspillage, sachant que tout peut se recycler : la jeunesse a l’esprit vert.

Impact de la crise sanitaire

Elle en veut pour preuve les résultats d’une étude marquante lancée par la jeune chambre économique (JCE) baptisée Optimisons nos ressources pour allier développement économique et développement durable. Tout un programme ! Élaborée avec le Pôle Eco-Conception, missionné par l’Ademe, elle vise à déterminer l’impact de la crise sanitaire actuelle et la gestion des ressources au sein des entreprises. Au total, 2 635 chefs d’entreprises, cadres dirigeants, responsables associatifs et membres de collectivités territoriales y ont répondu dont 139 dans l’Hérault. Et 566 en Occitanie. C’est en Aveyron qu’il y a eu le plus de répondants.

« S’engager dans une démarche de développement durable par conviction personnelle d’ici 18 mois, parmi lesquels quatre sur dix le font car ils sont stimulés par leurs clients ».

« Toute chose a le bonheur et le malheur qui lui est propre », disait Diderot. Alors que 80 % des entreprises sondées avouent avoir souffert du climat sanitaire lié au covid-19 (et 57 % durement), dans le même temps, 60 % des décideurs économiques déclarent vouloir « s’engager dans une démarche de développement durable par conviction personnelle » d’ici 18 mois, parmi lesquels quatre sur dix le font car ils sont « stimulés par leurs clients ». Le message est fort. C’est le principal enseignement de cette étude, très robuste, dans l’Hérault, comme en Occitanie et au niveau national. En sachant que notre région est en tête pour le nombre de répondants (23 %).

68 % des chefs d’entreprises interrogés se soucient fortement du cycle de vie de leurs produits

Quand on y regarde de près, en prenant l’Hérault, par exemple, où 81 % des organisations concernées ont pour ambition d’intégrer plus fortement le développement durable dans leur stratégie à moyen terme (75 % au niveau national). Et 59 % des chefs d’entreprise répondant intègrent réellement le développement durable dans leurs organisations. Et encore : 68 % des organisations concernées se soucient fortement du cycle de vie de leurs produits ou de leurs services, contre 40 % au niveau national.

Cinq secteurs ont du mal à se projeter dans un avenir plus vert : agriculture, santé, services et commerces

Le message est fort mais il y a tout à faire. « Plus de 60 % des répondants ne connaissent pas le concept de l’EIT, l’écologie industrielle et territoriale, »  souligne Andreea Acxinte. Ils demandent à être informés, accompagnés et connaître les solutions pour économiser l’énergie, favoriser les achats en circuits courts, recycler le plus possible, s’engager dans le numérique responsable et des supports de communication durables. Pour l’instant, ils ne sont par exemple plus de 42 % à ne avoir pas engagés leur entreprise dans une filière de recyclage. L’étude pointe également les« cinq secteurs qui ont du mal à se projeter » dans un avenir plus vert : l’agriculture, la santé, les services et les commerces.

« L’étude montre un intérêt pour une société plus verte, inclusive, une économie circulaire, un bien-être collectif durable »

Andreea Acxinte, présidente de la JCE Montpellier. DR.

L’augmentation de l’usage de numérique dans l’Hérault de plus de 54 % depuis la crise a amené les organisations à prendre plus conscience de la pollution de ce secteur, eh oui. Par ailleurs, 41 % des entreprises de l’Hérault qui ont répondu au sondage envisagent ainsi de faire davantage attention à l’empreinte du numérique sur l’environnement (36 % avant la crise). On n’est plus dans l’incantation mais dans la recherche de solutions locales !

« Nous avons le contexte pour vraiment agir à toutes les échelons pour changer notre économie, notre mode de consommation, nos rapports avec l’environnement. L’étude montre un intérêt des structures pour une société plus verte, inclusive, une économie circulaire, un bien-être collectif durable dans les organisations. C’est à nous maintenant entreprises, organisations et citoyens d’entreprendre des actions concrètes dans cette direction durable », résume Andreea Acxinte. La présidente de la JCE prend plusieurs exemples alimentant une prise de conscience collective.

Les possesseurs de téléphones mobiles, même quand ils en changent, gardent les anciens téléphones dans un tiroir. Certains en ont même dix qui y dorment ! Ils n’en font rien ! »

Andreea Acxinte, présidente JCE de l’Hérault

« Le dirigeant de la société Sofi Groupe, à Saint-Mathieu-de-Tréviers (Hérault) explique, rapporte Andreea Acxinte, qu’il est devant une impasse : sa société est spécialisée dans le recyclage des smartphones. Alors que ceux-ci sont viables six ans en moyenne, il se trouve confronté à un vrai problème : les possesseurs de téléphones mobiles, même quand ils en changent, gardent les anciens téléphones dans un tiroir. Certains en ont même dix qui y dorment ! Ils n’en font rien. C’est pour eux un objet tellement intime qu’ils ne le recyclent pas et ne le donnent pas. Eh bien ce dirigeant cherche une piste pour les inciter davantage, peut-être en expliquant combien la production d’un nouveau smartphone est source de pollution ? Et que tout le monde n’a peut-être pas besoin du smartphone dernier cri et qu’il peut en acheter un reconditionné ? »

Campagnes de pub et même l’urine se… recyclent !

Plus étonnante, cette pratique d’une agence de communication, Konenga qui propose elle aussi de recycler certaines de ses campagnes de pub. « Pour un client, une agence propose deux ou trois versions d’une campagne de communication. Une fois celle choisie, on met les deux autres à la poubelle. Cette agence propose justement que celles qui ne sont pas retenues dans un premier temps soient proposées à d’autres clients. Et aussi des formules d’abonnement, des kits de communication et packs clefs en mains ! » C’est forcément moins cher et plus vertueux. Sur le papier, en tout cas.

Autres exemples, celui d’Ecosec. « On a l’habitude de recycler le bois, le papier, les cartons mais là il s’agit de recycler l’urine humaine ! » Histoire de récupérer l’eau pour l’agriculture. La start-up l’annonce fièrement ! Andreea Acxinte évoque aussi « les possibilités de partage des ressources humaines de plusieurs entreprises et la mutualisation des compétences ».

Olivier SCHLAMA

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