Européennes : À Sète, la campagne du PS débute par un plébiscite

Olivier Faure et Eric Andrieu en campagne pour les élections européeennes 2019 Olivier Faure et Eric Andrieu ce lundi à Sète. ""Le véritable enjeu, c'est dès le surlendemain de l'élection, à Bruxelles. Tout se joue dans les 10 jours après l'élection : il faut prendre les postes à responsabilités. Si on est cinq, on en aura peut-être ; si on est dix davantage." Photos : Olivier SCHLAMA

La campagne pour les Européennes a débuté officiellement ce lundi. Avant un meeting à Montpellier de la liste PS-Place publique, dont Raphaël Glucksmann est la tête de liste, Olivier Faure, 1er secrétaire du PS, est venu à Sète ce lundi avec l’Audois Eric Andrieu, actuel eurodéputé et candidat à sa réélection. Le monde de la pêche a salué l’action du spécialiste de la Pac et des spécificités de la pêche en Méditerranée.

Sous les agréables rais d’un soleil finissant, au moment du retour de pêche, entre cri strident du goëland et râle rauque des Diesel des chaluts, l’eurodéputé PS Eric Andrieu dit : « Si on ne fait rien, on tombera sous le joug de la Chine, comme le fait l’Italie qui est vendue par Salvini à la découpe. Et on tombera sous la férule des multinationales… Quand on sait qu’Amazon dépense 16 milliards d’euros dans la recherche et que l’Europe ne dépense, elle, que 14 milliards… Dans 30 ans, on sera neuf milliards d’êtres humains sur la planète et l’Europe n’a encore rien engagé pour répondre au défi de l’alimentation pour tous ; les scientifiques disent qu’il nous reste au maximum 12 ans pour tenter d’inverser la tendance sur le réchauffement climatique… »

Sans parler du futur budget européen auquel il manquera, parce que le Parlement n’a pas voulu l’augmenter, dès le lendemain de l’élection, « 24 milliards d’euros qui seront pris dans la Pac, notamment », Brexit et nouvelles dépenses notamment de sécurité obligent. Le tout, dans une campagne-éclair, tiré par Raphaël Glucksmann, qui doit se faire entendre dans la marmite de la politique politicienne française « dont on veut nous faire croire qu’elle est un combat entre Macron et Marine le Pen. Or, ni l’un ni l’autre ne pèseront dans l’Union. »

élections européennes 2019

Changer d’échelle

Seuls deux partis, le PPE (Parti populaire européen) auquel la droite française est associé, et le PSE (socialistes et démocrates), qui comprend le PS français gouvernent à tour de rôle. L’enjeu pour le PS c’est donc de laisser de côté les sondages qui le placent, en France, à quelques pour cents et montrer que c’est un parti qui, au niveau européen, est très fort. Changer d’échelle pour mieux exister.

Les défis, énumérés par l’Audois Eric Andrieu, en 3e position sur la liste Envie d’Europe écologique et sociale donc en passe d’être réélu sur la liste PS-Place publique aux élections Européennes, sont nombreux même pour les europhiles. Mais il y en a au moins un qu’il n’a pas eu besoin de mener, ce lundi à Sète, c’est celui du vote du monde de la pêche. Aux côtés d’un Olivier Faure, Premier secrétaire du PS, surpris et ravi, on a assisté à un véritable plébiscite pour l’eurodéputé PS. « Travailleur », « accessible », « concerné », etc. : Eric Andrieu, qui s’est illustré dans le combat contre le glyphosate ou en faveur d’une Pac (politique agricole commune) efficace qui aspire 38 % du budget des Vingt-Huit, redonne des couleurs au PS. Surtout que de la liste précédente, qui comptait 13 eurodéputés PS, il n’en reste plus que huit encartés ; trois ayant rejoint Hamon, un Mélenchon et un Macron.

Nous sommes très satisfaits de votre expertise et de votre travail que vous avez fait pour la pêche, notamment pour le votre d’amendements importants. Mais on s’inquiète de Claire Nouvian qui est une anti-pêche, qui fait de la pêche bashing. »

Bertrand Wendling, directeur de la Sa.Tho.An

éric andrieur élections européennes 2019Encensé par les représentants des pêcheurs lors d’une réunion informelle, Eric Andrieu en a presque rougi. Il était notamment en visite de la criée de Sète avant le meeting le soir-même à Montpellier. C’est le puissant directeur de la coopérative Sa.Tho.An (sardines, thons anchois), Bertrand Wendling qui a entamé l’hommage unanime envers l’eurodéputé en s’inquiétant d’abord de l’influence de Claire Nouvian, bête noire des pêcheurs de toutes les côtes et qui s’est illustrée avec son association Bloom dans le combat contre la pêche électrique.

« Nous sommes très satisfaits de votre expertise et de votre travail que vous avez fait pour la pêche, notamment pour le vote d’amendements importants. Mais on s’inquiète de Claire Nouvian qui est une anti-pêche, qui fait de la pêche bashing… Quel rôle va-t-elle jouer alors que nous avons encore de nombreux combats à mener, comme la modernisation de la flotte et que beaucoup de parlementaires sont contre le Feamp 2 (Un fonds européen important, Ndlr) ? »

Les professionnels de l’étang de Thau, la conchyliculture notamment, sont dans une situation fragile. Ils demandent une étude globale et un plan stratégique. On ne sera peut-être pas toujours d’accord mais on travaillera bien ensemble, notamment sur protection de la ressource qui doit être renforcée… »

Caution de la défense de l’environnement pour le PS, nouvellement acquis à cette cause, Claire Nouvian est en effet bien présente sur les tracts de campagne. Et elle peut avoir une influence sans être élue. Dans éluder les difficultés, Eric Andrieu a dit : « Je serai, comme je l’ai été, votre contact privilégié pour travailler et défendre la spécificité de la Méditerranée. Il faut défendre notre patrimoine commun. Claire n’est pas contre la pêche mais contre la surpêche. Elle défend la pêche artisanale contre la pêche industrielle. Il nous appartient de chercher l’équilibre entre le maintien de la ressource et la défense de la pêche artisanale. Nous avons rencontré les professionnels de l’étang de Thau. La conchyliculture, notamment est dans une situation fragile. Et qui demandent une étude globale et un plan stratégique. On ne sera peut-être pas toujours d’accord mais on travaillera bien ensemble, notamment sur protection de la ressource qui doit être renforcée… » Ou sur la question de la qualité du milieu, la pollution…

Arrêtez avec ce débat sur la surpêche (…) Les pêcheurs sont en première ligne… »

Raphaël Scannapiéco, prud’homme major.

campagne élections européennes 2019Le prud’homme major coupe : « Arrêtez avec ce débat sur la surpêche, claque Raphaël Scannapiéco qui avait pourtant opiné sur les qualités de l’eurodéputé. On prend notre part de responsabilité mais il y a énormément de rejets en Méditerranée ; ceux de Montpellier ; ceux du Rhône ; il y a eu une pollution à la salmonelle à Frontignan dont la plage avait été fermée alors qu’il n’y aucun élevage de poissons alentour… Les pêcheurs sont en première ligne… »

Tout se joue dans les 10 jours après l’élection : il faut prendre les postes à responsabilités. Si on est cinq, on en aura peut-être ; si on est dix davantage. »

Eric Andrieu, eurodéputé PS.

« Claire Nouvian est 78e de la liste, elle n’a aucune chance d’être élue. Son influence n’est que médiatique le temps de la campagne », tranche à son tour l’ancien député PS Sébastien Denaja. Au mieux, espère Eric Andrieu, la liste enverra 10 à 12 députés au Parlement de Strasbourg. « On ne se donne pas de limite », coupe Olivier Faure, espérant que cette élection redonne des couleurs au PS.

Expliquant les rouages qui sont autant de luttes de pouvoir complexes, Eric Andrieu a enchainé : « Le véritable enjeu, c’est dès le surlendemain de l’élection, à Bruxelles. Tout se joue dans les 10 jours après l’élection : il faut prendre les postes à responsabilités. Si on est cinq, on en aura peut-être ; si on est dix davantage. » Et pour cela il faut être rompus aux arcanes de l’Europe. De pas être un « bleu », a renchéri par la suite Hussein Bourgi, premier socialiste héraultais.

Le fonds de commerce des Verts…

liste PS hérault européennes 2019Les autres représentants de la pêche, notamment Bernard Pérez, président du comité régional des pêches, ont renchéri : « Monsieur Andrieu, vous êtes allé au charbon, vous êtes un bon relais. Moi, je ne fais pas de politique. Je regarde les hommes qui travaillent. » Reprenant les préoccupations de Raphaël Scannapiéco, Bernard Pérez a rappelé : « Il y a eu la thonaille, la diminution de l’effort de pêche avec plus de 40 chaluts qui ont été « cassés » et maintenant la pêche durable… Tout ça c’est le fonds de commerce des Verts… Mais qui se préoccupe d’une Méditerranée qui est une bassine où l’eau ne se régénère pas autant qu’ailleurs ? » Avant de conclure au nom des autres représentants : « La profession te remercie. Tu as fait énormément pour les pêcheurs d’Occitanie. Ce que je te demande c’est que tu organises déjà des rendez-vous pour continuer à porter notre cause. Et j’espère que d’ici là la profession se mobilisera pour toi. »

Fier de cette démonstration, Eric Andrieu n’a pas dit autre chose que : votez pour moi ! en quelque sorte « Je suis effaré, alors que 60 % des parlementaires européens seront renouvelés, qu’aucune liste n’a de députés aguerris. » Denaja, s’est senti prêt à lever un tabou : « Il y a pu avoir la tentation, chez les pêcheurs, d’un vote contestataire, mais il est, sache-le, contre-productif. Le parti de Marine le Pen, qui était au Cap d’Agde il y a quelques jours, ne tiendra pas la plume du plan de gestion de la pêche… » Marginaux, son groupe et ses alliés trop peu nombreux et ne participeront pas aux décisions.

Olivier SCHLAMA

Olivier Faure, premier secrétaire du PS : « Dire que c’est un duel entre Macron et Le Pen est un vrai mensonge ! « 

Olivier Faure a commencé par un hommage à Eric Andrieu. « C’est eurodéputé depuis 2012, président de commission d’enquête, rapporteur, vice-président de la commission agriculture et développement, rapporteur de la Pac » pour laquelle il prône une réforme en profondeur… « Il a su se faire respecter. C’est un héros du quotidien. Il sait faire à la fois de grands et beaux discours mais aussi parler, avec sa riche expérience, aux pêcheurs, agriculteurs… Son boulot il le connaît très bien. Ce n’est pas quelqu’un à qui on griffonne trois idées sur un morceau de papier avant un débat… »

Il vaut mieux que Carole Delga ait Eric Andrieu comme relais ici en Occitanie qu’un pinpin qui tournera la clef dans le sens qu’on lui dira à Bruxelles… »

Olivier Faure, 1er secrétaire du PS.

Plus largement, le Premier secrétaire du PS est revenu sur la multiplicité des listes à gauche et donc un éparpillement des voix en France. « Je regrette que toute la gauche ne soit pas rassemblée, surtout qu’elle fait un travail épatant au niveau européen. J’avais proposé aux autres forces, non pas de se ranger derrière le PS, mais derrière des combats communs. J’avais initié le rassemblement le plus large. On est finalement partis avec Place Publique, Nouvelle donne et le Parti radical de gauche.

Au milieu de tout ça, le Parti socialiste est « malade mais on se maintient. Depuis six mois, les sondages sont étals. Pour tous les partis de gauche. Lequel est en forme à gauche ? Personne. Le PCF ne dépasse par les 2 % ; le PS est est entre 5 %  et 7 %, les Insoumis qui flirtait avec les 20 % à la présidentielle font entre 7 % et 9 %… Les Verts ? Ils sont loin du score des Grünen en Allemagne qui font 20 %… Seul En Marche a un socle électoral important. A ces électeurs-là, qui se demandent ce que fabrique la gauche, c’est fou que l’on ait ce discours là qu’avec le PS… »

Mon offre de rassemblement ne date pas d’hier. Je l’ai formulée à la Rochelle en 2018. »

olivier faure élections européennes 2019Le Parti socialiste a-t-dit clairement, « pâti de querelles d’égos qui n’ont pas su privilégier l’intérêt général. Mon offre de rassemblement ne date pas d’hier. Je l’ai formulée à la Rochelle en 2018. » Et il « vaut mieux que Carole Delga ait Eric Andrieu comme relais ici en Occitanie qu’un pinpin qui tournera la clef dans le sens qu’on lui dira à Bruxelles… »

Olivier Faure ajoute : « La campagne européenne commence. On verra à la fin ce que nous a apporté Raphaël Glucksmann. C’est un vrai mensonge que de dire que c’est un duel entre Macron et Le Pen. Maintenant il y a pour les électeurs un vrai choix à faire. Il y a deux groupes majoritaires. Les socio-démocrates dont nous sommes peuvent avoir la majorité avec 30 sièges de plus, c’est-à-dire à un député européen près par pays environ. Il faut ouvrir un chemin… »

O.SC.

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