Européennes : Est-ce bien raisonnable ?

34 listes aux élections européenes Obligation d'installer 34 panneaux pour les élections européennes... les maires en colère, même si ce petit chien est bien émouvant... photo Ph.-M.

C’est le président des maires de l’Hérault qui a été l’un des premiers à tirer la sonnette d’alarme. Une élection, ce n’est pas qu’un débat et des urnes, c’est aussi tout un système logistique à mettre en place. Pas facile pour les petites communes lorsqu’une élection atteint des records : 34 listes pour les européennes du 26 mai !

Récemment, Christian Bilhac, affirmait clairement son opinion sur les réseaux sociaux : « 33 panneaux électoraux…..à la charge de qui ???? Quand on sait que moins de la moitié des listes viendront afficher c’est tout simplement du gaspillage ! Pour ma part je préfère acheter des livres pour la médiathèque ou des instruments de musique pour l’orchestre à l’école que des panneaux. » Le maire de Péret et président de l’Association des maires de l’Hérault exprimait ainsi la grogne de nombreux élus à travers l’hexagone…

La volonté de réduire le débat d’idées

Et cette « crise des panneaux » souligne l’un des aspects marquants de cette campagne européenne : le nombre de listes : 34  ! Enorme, jamais vu et, sans doute, quelque peu absurde aussi. Absurde comme un certain nombre de listes qui représentent un peu tout et n’importe quoi… ou qui ne représentent pas beaucoup plus qu’elles-même… Une terrible façon de brouiller le message de ces élections européennes, qui ont déjà bien du mal à se faire une place dans l’esprit des électeurs…

Il est vrai que les principales forces politiques du pays ne s’y appliquent guère. La République en Marche (LaRem), alors que la question européenne était au coeur de la candidature Macron pour la présidentielle, joue la négation de la diversité et ne veut que le Rassemblement national pour rival. Pensant sans doute que le phénomène du rejet jouera encore en faveur de sa tête de liste, Nathalie Loiseau, malgré une campagne truffée de maladresses. Dernière en date, l’implication directe du président de la République, seul sur une affiche

En mode boomerang, Marine Le Pen définit naturellement ce scrutin comme une forme de référendum pour ou contre Macron, incitant tous les mécontents (et ils ne manquent pas) à condamner par un vote RN la politique du gouvernement. Entre ces deux forces, les Républicains sont tout simplement inaudibles, comme le démontrent les plus récents sondages.

Une gauche, désunie dans sa diversité

drapeaux européens
Des drapeaux, une fête… Mais qui sait de quoi parle l’Europe ? Photo Ph.-M.

Et que dire de l’attitude irrationnelle et suicidaire de la gauche qui se lance divisée dans une bataille dès lors perdue d’avance. Qu’est-ce qui a pu passer par la tête du PS, de Benoît Hamon, des Verts et même du PCF pour mettre en place une telle stratégie de la défaite annoncée ? Ainsi, au lieu de s’imposer comme une troisième force politique du pays et de pouvoir ainsi défendre ses choix au Parlement européen, la gauche française (hors la France insoumise) se condamne à demeurer spectatrice de l’avenir de l’UE. On est loin de la devise européenne : Unie dans la diversité.

Raphaël Glucksmann s’en était d’ailleurs inquiété dès le premier débat télévisé. Sans obtenir pour autant de retour des autres têtes de listes. Et la France insoumise dans tout ça ? Elle fait cavalier seul… On est bien loin de la fameuse Union de la gauche de la fin des années 70 et du « programme commun« , qui serait pourtant bien utile en ces temps de disette électorale.

Un royaliste, un chien, un espérantiste, etc

Et que dire des autres… Quelques’uns surnagent entre 1% et 4% (il faut atteindre 5% des voix pour envoyer des députés à Strasbourg et 3% pour être remboursé des frais de campagne). Mais la majorité n’atteint même pas 0,5%. Alors, à quoi bon se lancer dans la course ? Pour défendre certaines idées, ne vaudrait-il pas mieux agir au quotidien pour se faire connaître et défendre l’esperanto, le royalisme ou la cause animale, pour ne citer que les plus audibles ?

Quant aux gilets jaunes, qui donnent des couleurs à pas moins de trois listes, leur présence semble plus opportune et efficace sur les ronds-points que dans les bureaux de vote…

Et l’Europe dans tout ça ? Pas sur qu’elle y trouve son compte. Il se pourrait même que ce vote du 26 mai, couronne surtout l’abstention. Pas de quoi redorer le blason de la France auprès de nos voisins… Mais qui s’en inquiète ?

Philippe MOURET

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