Environnement : Les Hautes-Pyrénées s’enflamment contre un projet de scierie

Le projet d'une nouvelle scierie dans les Hautes-Pyrénées fait débat... Photo D.-R.

Avec 2,5 millions d’hectares de forêt, soit plus du tiers de son territoire, l’Occitanie est la deuxième région la plus boisée de France. Elle figure parmi les 5 premières régions françaises en matière de récolte et de sciage de bois (selon les chiffres de la DRAAF en 2017). Et selon l’interprofession Fibois Occitanie, la région compte « 142 scieries qui transforment annuellement 430.000 m3 de grumes en planches »

Voici tout juste un mois, le 11 octobre, ils ont été 1500 à braver le mauvais temps pour manifester contre le projet d’implantation d’une scierie géante par le groupe italien Florian (3e opérateur européen pour le bois de hêtre). Projet soutenu par la Communauté de communes du Plateau de Lannemezan (CCPL) qui consisterait à produire 50 000 m3 de bois d’oeuvre (destinés à des meubles ou parquets) à partir des hêtres pyrénéens. Avec en perspective la création de 25 emplois.

Une mobilisation qui gagne du terrain

L’iage qui accompagne la pétition ayant réuni plus de 59.000 signatures

Trop cher payé, affirment 43 associations pyrénéennes (*), regroupées sous le collectif « Touche pas à ma Forêt ! » dont une pétition en ligne a déjà réuni plus de 59.000 signatures. Et le mouvement tend à gagner du terrain avec des mobilisations sur l’ensemble du massif : Hautes-Pyrénées, mais aussi en Ariège, Haute-Garonne, Pyrénées-Atlantiques et Pyrénées-Orientales.

Pour atteindre les 50 000 m3 de bois exploitable, la scierie souhaitée par Florian devrait abattre annuellement, selon le groupe italien, environ 250.000 m3 de bois. Faux ! affirme le collectif. Pour les experts désignés par « Touche pas à ma Forêt ! », ce sont en fait entre 450.000 et plus de 500.000 m3 qui seraient nécessaires.

Deux approches qui sembent irréconciliables

« Nous refusons le prélèvement envisagé de 250.000 M3 de hêtres annuellement sur le massif des Pyrénées, et le massif central soit plus du double de l’exploitation actuelle (voir sosforetpyrenees.com ). Ces bois seraient majoritairement extraits des forêts des communes et de leurs syndicats. Pour donner une représentation de ces volumes importants, cela équivaut à la surface de 1200 stades de foot par an et la mise en circulation de 5000 camions grumiers supplémentaires sur les routes des vallées », souligne notamment la pétition adressée à la prsidente de la Région Occitanie Pyrénées-Méditerranée sur change.org.

Dans un communiqué, le groupe Florian (qui n’a pas donné suite à nos sollicitations d’entretien) affirme qant à lui : « Après une première étude de faisabilité réalisée conjointement avec des opérateurs locaux français, la faisabilité du projet a émergé dans une logique de meilleure gestion forestière de la zone concernée, qui capitalise depuis des années une augmentation constante et progressive de la masse forestière comme le confirme une étude réalisée par l’institut géographique national français. »

Seule une partie des bois obtenus pourront être utilisés… Photo d’illustration

Et le groupe de poursuivre : « Il convient de préciser, en clarifiant d’éventuels doutes ou interprétations, que le groupe Florian n’effectue pas d’opérations mettant en péril l’environnement et la durabilité écologique des forêts, de plus le groupe lui-même n’opère que dans des conditions de régénération naturelle des forêts ou de reboisement maîtrisé. »

L’emploi mais sans renoncer à protéger l’environnement

Pour Carole Delga, « la Région a fait de l’emploi la première de ses priorités. Aussi nous sommes attentifs à tout projet qui permettrait de créer des emplois locaux et de relancer des filières stratégiques comme la filière forêt-bois. » Mais la présidente de la Région précise cependant qu’elle « se montre toutefois vigilante depuis plusieurs mois sur l’impact qu’il pourra avoir sur le tissu économique local ainsi que sur son empreinte écologique. » 

Carole Delga prône la concertation avec tous les acteurs

« La Région porte des exigences fortes en matière de protection de l’environnement et de la biodiversité. Ce projet de scierie doit parfaitement être compatible avec les engagements pris dans le cadre du Plan régional Arbre et carbone vivant (**) et de la Stratégie régionale pour la biodiversité », insiste Carole delga, qui estime qu’« il est urgent et nécessaire d’organiser une concertation locale avec l’ensemble des acteurs, économiques, environnementaux et associatifs du territoire (…) je viens de saisir le Préfet des Hautes-Pyrénées afin qu’il définisse et pose le cadre de ce dialogue. »

La partie engagée va être difficile. Photo D.-R.

Le collectif « Touche pas à ma Forêt ! » espère bien être convié à une telle concertation. afin d’exprimer la volonté de toutes ses composantes de voir se développer « la mise en œuvre d’une politique forestière multifonctionnelle » qui respecte « les cycles de reproduction du milieu vivant tout en assurant un devenir territorial à la filière bois, de la coupe à l’utilisation finale », en clair « un projet pour la filière bois territoriale qui subsiste, malgré de nombreuses difficultés. »

Le maire de Lannemezan défend le projet

Maire de Lannemezan et président de la CCPL, le socialiste Bernard Plano s’est exprimé dans Le Petit Journal pour défendre le projet.

Il affirme notamment que « le massif forestier n’est pas accessible dans son intégralité, on ne prend que la part accessible sans enjeux environnementaux forts qui correspond à 50% des forêts publiques et 20% des forêts privées (…) Si on s’engage sur la scierie, comme le projet Florian, qui n’est pas une méga-scierie mais une scierie à 50.000 m3 annuels, et il y en a de plus grosses en France et Europe, on utilisera 200.000 m3″ qui, dit-il « ajoutés aux 100.000 m3 prélevés avant la crise du Covid, on obtiendra un prélèvement de 300.000 m3, inférieur à l’accroissement annuel. »

Une concertation, réunissant tous les acteurs concernés, cela semble être la meilleure issue possible pour l’avenir (lire ci-dessous, l’opinion du député LREM des Hautes-Pyrénées, Jean-Bernard Sempastous).

Philippe MOURET

(*) SOS forêt Pyrénées (7 associations et des citoyens ), France nature Environnement 65, CGT Foret, No Pasaran Pcf, UL CGT Lannemezan, Fédération PCF des Hautes-Pyrénées, Pyrénées atlantique, Haute-Garonne, JC 64 et 65, EELV 65, ATTAC 65 et 31, Union syndicale Solidaires Comminges, GAAB 65, ADEAR et Confédération paysanne 65, FI 65.
(**) En Occitanie : 150.000 arbres et arbustes plantés en Occitanie en 2019  et 170.000 arbres et arbustes en 2020. 190.000 arbres supplémentaires prévus d’ici mars 2021 ! 4% c’est la proportion de vieilles forêts dans les forêts pyrénéennes. 763 ha c’est la surface du projet de 14e réserve naturelle régionale, sur une vieille forêt.

Ce qu’en pense Jean-Bernard Sempastous, député LREM des Hautes-Pyrénées

« Il y a une vraie ressource en hêtres sur notre territoire, aujourd’hui inexploitée. Le projet Florian est un facteur de développement économique non négligeable localement, il suscitera des recettes pour les communes forestières, il a aussi une certaine cohérence avec le Programme Régional Forêt Bois Occitanie. Mais un projet de cette envergure doit faire l’objet d’une consultation car il aura un impact sur notre écosystème économique et naturel. Et la filière bois existante est réticente face à ce projet. Il y a trop d’interrogations sur le financement prévu. Le porteur du projet parle d’injecter 6 millions dans une opération qui semble en demander 20 millions. Il faudrait donc un apport d’argent public. Le modèle économique me parait risqué. J’ai demandé au préfet d’organiser une table ronde sur un projet, une demande faite avant le confinement que j’ai réitérée. Il faut que tous les acteurs soient associés : associations environnementales, acteurs de la filière bois locale, services de l’Etat. Pour ma part je suis favorable à un projet qui soit adapté aux ressources et à la croissance de la forêt, et en consensus avec les acteurs locaux.»

Environnement et mobilisations

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