Environnement / Gard : Sous la plage, les hydrocarbures de l’Otan

Le collectif CAPE et son avocate, Me Bertella-Geffroy, devant le Tribunal administratif de Nimes, hier. « Si ça explose, à l’Espiguette, les gens seront faits comme des rats », assure le collectif qui n’exclut pas d’aller jusqu’en cassation, pour obtenir la fermeture du site controversé de l’Otan. Photo RoMA

Nein ! Nee ! No ! Sur le sable blanc de la plus belle plage de Camargue, la plage de l’Espiguette, dans le Gard, les touristes ouvrent des yeux grands comme des soucoupes : Non ! Ils ne savent absolument pas qu’ils se trouvent à seulement 500 mètres d’un site de stockage d’hydrocarbures de l’Otan, datant de la guerre froide et placé sous la double tutelle du ministère de la Défense et de l’Environnement.

Et pour cause : aucun panneau n’informe de la présence ici, de ce site classé « Seveso seuil haut ». Depuis trois ans, ce site de l’Otan (Organisation du traité de l’Atlantique Nord) fait l’objet d’une bataille judiciaire acharnée entre un collectif d’habitants du Grau-du-Roi, le Cape (Comité d’Alerte Pour l’Espiguette, qui réclame la fermeture du site), le préfet du Gard et les ministères concernés.

Un avant-goût de victoire

Ce mardi (25 septembre), devant le tribunal administratif de Nîmes, le rapporteur public a estimé qu’il y avait bien un risque de danger grave pour la santé humaine et pour l’environnement, sur ce très méconnu site d’hydrocarbures, situé à un jet de pierre de la partie naturiste de la plage de l’Espiguette.

À seulement 500 mètres de la plage de L’Espiguette, un méconnu site de stockage d’hydrocarbures de l’Oyan ! Photo RoMA

Le rapporteur public a ainsi demandé l’annulation pure et simple d’un arrêté préfectoral datant de 2016, qui stipule qu’un PPI (Plan Particulier d’Intervention) n’y est pas nécessaire. Un avant-goût de victoire, pour l’association Cape, le Comité d’Alerte Pour l’Espiguette, qui n’exclut pas d’aller jusqu’en Cassation pour obtenir la fermeture de ce site, actif depuis 1962 et situé juste à côté d’une plage qui accueille, chaque été, quelque 100 000 personnes.

Un « danger grave » n’est pas exclu

 « L’existence d’un danger grave, ne fût-ce que pour un seul homme, n’est pas exclu », a ainsi souligné le rapporteur public, au plus grand soulagement du Cape qui rappelle que les six cuves semi-enfouies d’hydrocarbures, de 11m3 chacune, ne répondent pas aux normes de sécurité actuelles. L’exploitant du site doit faire des travaux pour que les cuves soient sécurisées d’ici au 31 décembre 2020.

« Pas suffisant !», estime le Cape qui rappelle que « le site est situé dans une pinède, derrière un grillage de 3 mètres de haut, sans présence de vigiles. N’importe qui peut entrer ici et tout faire sauter ! Si ça explose, les gens, sur la plage, seront faits comme des rats, ce sera la panique généralisée et les fumées rendront difficile l’évacuation », commente encore le Cape qui finance sa défense grâce à une action de crowdfunding (financement participatif, NDLR) qui mobilise fort les habitants du Grau-du-Roi. Ce site controversé restera-t-il ouvert ? Le verdict devrait tomber d’ici quinze jours.

RoMA