Commerces : « Des aides pour survivre et amorcer un nouveau modèle »

Centre-ville de Montpellier avant la crise sanitaire... Photo : Dominique Quet.

La Région dispose de tout un panel d’aides pour les commerces de proximité pour beaucoup au bout du rouleau. Aux côtés d’André Deljarry, président de la CCI de l’Hérault et de Alain di Cresenzo, président de la CCI régionale, Carole Delga a détaillé ces aides et la création de plates-formes digitales. A plus long terme, la présidente de Région propose d’utiliser l’épargne populaire pour aider l’économie.

Charges importantes, loyers chers, crédits… Déjà fragilisées avant la crise sanitaire, notamment par les mouvements sociaux, dont celui des Gilets jaunes, beaucoup de boutiques ne s’en relèveront pas. Chaque année, selon l’Insee, dans un rapport de novembre 2019, entre 2009 et 2015, 600 échoppes ont fermé (3 500 emplois) dans les centres-villes. Là, personne n’ose avancer de chiffres…

Concurrence d’internet et « amazonisation » des achats, des grandes surfaces, difficulté à transmettre son entreprise… Les petits commerces doivent aller vers un pis-aller dans cette période de crise sanitaire : le click and collect. Et demain…? Dans quelles conditions pourront-ils rouvrir, pas avant le 1er décembre a dit le Premier ministre. Certes, le ministre de l’Economie a promis une aide de 500 € pour aider à la numérisation des 120 000 entreprises fermées administrativement. Mais c’est roupie de sansonnet.

Un seul numéro vert : 0 800 31 31 01

C’est dans ce contexte que la Région Occitanie, les Chambres de commerce et les Chambres de métiers proposent toujours un numéro d’appel unique pour se renseigner sur toutes les aides que l’on peut actionner : 0 800 31 31 01. « Le chef d’entreprise est alors dirigé vers nos services ou ceux de nos partenaires. C’est très simple… », a précisé Carole Delga. La présidente de la Région Occitanie, André Deljarry et Alain di Crescenzo, président de la CCI Hérault et de la chambre régionale, ont tenu une conférence de presse.

Cellule d’accompagnement avec 40 experts

André Deljarry a rappelé que rien que dans l’Hérault, « on compte 28 000 commerces réalisant au total bon an mal an 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires qu’ils ne feront pas : 30 % à 40 % de leurs résultats se faisant en novembre et décembre ». Ils attendent donc cette réouverture avec impatience. « Nous avons évidemment proposé pas mal de choses, en vain, dont l’ouverture sur rendez-vous, souffle André Deljarry. Pour ce qui concerne notre CCI, nous avons mobilisé notre cellule d’accompagnement avec 40 experts ; une écoute psychologique… Nous sommes prêts à appliquer un renforcement des protocoles sanitaires. »

Dans ma Zone, Tous Occitariens, City Foliz…

Il a ajouté : « Les initiatives de la Région comme la plate-forme Dans Ma Zone, c’est bien mais cela représente que 5 % à 10 % du chiffre d’affaires, ce n’est donc qu’un chiffre d’affaires additionnel… » Il a rappelé l’existence également d’une autre plate-forme, Tous Occitariens ; de l’opportunité de lutter contre les Gafa. C’est la CCI de l’Hérault qui a aussi initié un dispositif – suspendu par la force des choses – baptisé City Foliz avec la Région et le département de l’Hérault et qui fait florès dans les autres départements d’Occitanie (Ariège, Hautes-Pyrénées, Aude, notamment). Il permet de booster la consommation locale en remboursant un pourcentage des achats effectués dans les commerces et les restaurants. Il est doté d’un fonds de 500 000 € mais il ne peut fonctionner qu’avec des commerces ouverts…

Nous verserons une aide de 1 000 € pour payer un mois de loyer : potentiellement, ce sont quelque 26 000 commerçants que nous allons aider de la sorte ce qui nécessitera une enveloppe de 20 M€ »

Carole Delga

Pour sa part, Carole Delga a dit : « Nous mettons en place des aides d’urgence mais nous préparons aussi la relance, pour une transition qui ira vers un nouveau modèle économique. La reprise sera différente et même meilleure si on s’y prend bien. » La présidente de Région a révélé la mise en place d’une aide spécifique pour les entreprises de moins de 10 salariés. « Ce sera une aide de 1 000 € pour payer un mois de loyer, elle sera versée dans les 30 jours après la demande sur présentation d’une simple quittance de loyer. Potentiellement, ce sont quelque 26 000 commerçants que nous allons aider de la sorte ce qui nécessitera une enveloppe de 20 M€ qui sera prise sur le budget du fonds Loccal abondé par la Région et 152 intercommunalités. »

À plus long terme, Carole Delga a fait part d’une nouvelle idée à propos de l’immobilier commercial « pour lutter contre les loyers trop élevés » : « Nous allons proposer de créer une foncière pour acheter du bâti et appliquer grâce à cela des loyers plus faibles », a-t-elle confié.

« Si on veut un jean’s ou un vélo made in Occitanie, on pourra le trouver ; c’est une plate-forme qui crée ainsi des emplois… »

Carole Delga a précisé que la plate-forme Dans Ma zone est ouverte depuis hier au grand public. « C’est une vitrine qui accueille déjà 1 800 professionnels et 3 500 produits pour faire travailler les commerces de proximité. Il y aura aussi la possibilité d’une entrée par produit sur ce site. Si on veut un jean’s pou un vélo made in Occitanie, on pourra le trouver. C’est une plate-forme qui crée ainsi des emplois. Les commerces pourront, dans un futur proche, ajouter leurs propres catalogues. Restera la question de la livraison à régler. » La présidente de région a également évoqué la création de la plate-forme Tous occitariens. Ouverte au printemps, elle réunit 4 200 producteurs, agriculteurs, restaurateurs qui y sont référencés ; et la persistance de la Carte Occ’Ygène, réservés aux achats en matière de tourisme, offrant des bons de réduction pour les familles modeste : 70 € par personne dans la limite de 300 € par famille pour d’hypothétiques vacances de Noël.

48 000 entreprises déjà aidées

commerces des centres-villes
Photo D.-R.

Carole Delga a précisé qu’il faut aussi penser à long terme pour amorcer un nouveau modèle économique en commençant par la question de la digitalisation des commerces. Pour cela, il y a des formations dispensées par les CCI et des aides à l’investissement de la Région. « Fin 2020, nous aurons aidé 48 000 entreprises et 50 000 emplois et utiliser une enveloppe de 205 M€. En 2019, déjà, nous avions été la première région de France à aider le petit commerce avec une aide de 10 M€ pour ceux qui avaient été impactés par les mouvements sociaux. »

Carole Delga n’a pas oublié le tourisme. « Le fonds de 100 M€ que nous avons contribué à mettre en place sera augmenté pour aller vers un tourisme durable, un tourisme des quatre saisons, avec une certaine authenticité, à échelle humaine, mettant en avant la qualité de l’accueil et la préservation de l’environnement. Il sera de 111 M€, dont 4 M€ de plus de la Région. » Lourdes, qui a perdu 90 % de sa fréquentation, bénéficiera d’un plan d’aide qui lui sera réservé.

« Porto téni !, ce qui signifie prends-toi en charge ! »

« Je crois aux solutions adaptées aux réalités. Chez moi, à Martres-Tolosane, ma grand-mère disait une expression en patois : porto téni !, ce qui signifie prends-toi en charge ! C’est ce qu’elle me disait quand je lui disais par exemple mon désir de devenir archéologue sur le Machu Pichu… » a-t-elle imagé pour évoquer la force de la volonté dans un « collectif d’action ». C’est que la présidente de Région a commencé à dévoilé l’idée d’utiliser l’épargne populaire, « l’une des plus élevée du monde, pour financer des projets ; plutôt que de laisser l’argent dormir avec des taux bas. Vous voulez aider une entreprise qui veut aller vers l’hydrogène vert ? Vous pourrez le faire et même la visiter. » Sauver l’économie qui sera à portée de porte-monnaie.

Olivier SCHLAMA

Les villes sont aussi au soutien

Alors que le reconfinement national, en vigueur depuis vendredi 30 octobre, laisse présager de nouvelles difficultés pour de nombreux commerçants, plusieurs communes aident également leurs commerces. C’est le cas de la ville de Frontignan a organisé ce jeudi 12 novembre, avec la CCI de l’Hérault, une journée d’accompagnement.
Son but ? Aider les commerçants à décrypter les différents dispositifs de soutien mis en place par l’État, la Région, le Département ou encore Sète agglopôle. Organisée salle Voltaire, elle a été partagée par une quarantaine de commerçants, entre temps collectifs et rendez-vous individuels. « C’était vraiment très intéressant et instructif car beaucoup de commerçants se sont perdus dans les aides et les démarches administratives lors du premier confinement. Être aiguillé comme ça c’est vraiment super », s’est réjouie Lydie Gomez, la présidente de Frontilap, la toute jeune association de commerçants artisans de Frontignan la Peyrade.

2 M€ de l’Agglopole de Sète

L’Agglopôle de Sète a aussi mis un fonds en place. Pour impulser et soutenir la relance économique sur son territoire, elle engage des aides exceptionnelles à destination des entreprises locales : en réactivant une enveloppe de 2 M€ pour son Fonds d’Urgence Spécifique afin d’attribuer une aide forfaitaire unique de 2 000 € aux indépendants et TPE de moins de 10 salariés (chiffre d’affaires inférieur à 500 000 €) soumis à une fermeture administrative imposée par décret 2020-1310 du 29 octobre 2020.

Autre exemple, la ville de Baillargues mobilise tous ses canaux de communication pour sensibiliser au consommer local. La commune a aussi pris l’initiative de lancer une page sur son site internet dédiée à l’ensemble des dispositifs déployés et surtout imaginés par les commerçants locaux – où ils peuvent se faire référencer gratuitement – pour maintenir leur activité durant ce second confinement. Des idées intelligentes que le maire Jean-Luc Meissonnier, lui-même ancien commerçant, a validées.

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