Vins : En cinq ans, l’IGP Terres du Midi est déjà une réussite

L’IGP Terres du Midi, désormais reconnue par la Commission européenne, c’est une centaine de déclarants, 18 millions de cols et 300 000 hectos espérés d’ici un an. Elle couvre l’historique Midi viticole : Aude, Gard, Hérault et Pyrénées-Orientales ainsi que quelques communes de la Lozère. Explications.

Gouleyants, faciles à boire, pas trop alcoolisés, peu chers… La Commission européenne a approuvé le 13 octobre l’ajout du vin français Terres du Midi, au registre des Indications géographiques protégées (IGP). L’indication géographique protégée Terres du Midi couvre les vins tranquilles rouges, rosés et blancs. Située en bordure de la côte méditerranéenne, l’IGP Terres du Midi couvre les départements de l’Aude, du Gard, de l’Hérault et des Pyrénées-Orientales ainsi que quelques communes de la Lozère. La production de ce vin de tous les jours est à 80 % celle d’un rosé qui s’accommode des nouvelles façons de boire du vin et pour tenter de grignoter sur la bière.

C’est le début du coeur de gamme, définissent les spécialistes. Qui se vend souvent en “Bib” (bag in box ou cubi, une poche remplie de plusieurs litre de nectar dans un emballage cartonné), mais aussi en bouteilles, caveaux, supermarchés et dans les cafés, hôtels, restaurants. Avec la mention Terres du Midi sur l’étiquette aux côtés des marques habituelles. Son prix ? Autour de 3 € la bouteille.

Les sols peu fertiles sont propices à la vigne et permettent un enracinement profond. “L’influence d’un climat méditerranéen sur des sols secs et peu fertiles est propice à l’implantation d’un encépagement diversifié”, rappelle la Commission. “Le savoir-faire des vignerons dans l’art d’accorder les caractéristiques des cépages permet d’obtenir des vins représentatifs des vignobles. Tous ces facteurs favorisent l’expression de vins d’assemblage, marqués par des arômes fruités, dont l’intensité et la nature varient en fonction des cépages et des technologies utilisées, ce qui contribue à la réputation de ces vins.”

L’idée était de produire des vins faciles à boire, sur le fruit, qui sentent le soleil et qui soient d’un très bon rapport qualité-prix”

Les rendements maximaux sont de 120 hectolitres par hectare. “C’est une nouvelle IGP régionale créée il y a cinq ans, explique Ludovic Roux, président de l’ODG, organisme de gestion de cet IGP. En 2018, on a eu le droit de produire de l’IGP dans l’attente de cette validation. Le processus est long et complexe. Désormais, notre IGP est inscrite dans le droit européen.” Pourquoi créer cette IGP ? “Cela a été une volonté d’avoir un signe de qualité pour se distinguer du “vin de France” ; “vin de table” et “vins de pays d’Oc”. L’idée était de produire des vins faciles à boire, sur le fruit, qui sentent le soleil et qui soient d’un très bon rapport qualité-prix.”

Proposer au négoce, aux metteurs en marché des vins de qualité d’entrée de gamme qui soient bien positionnés avec un nom qui rappelle l’histoire qui est la nôtre”

Des vins “capables d’être positionnés sur un marketing. Modernes mais qui rappellent aussi notre histoire, précise Ludovic Roux. C’est ce qui nous permettra, dans le temps, de suppléer les vins de département, notamment Vin de pays de l’Aude, et Vin de pays de l’Hérault. Des produits qui sont peut-être moins adaptés aux goûts des consommateurs d’aujourd’hui. En fait, avec cette nouvelle IGP, nous sommes partis d’un projet économique. L’idée était de proposer au négoce, aux metteurs en marché des vins de qualité d’entrée de gamme qui soient bien positionnés avec un nom qui rappelle l’histoire qui est la nôtre.

Vin d’assemblage, à 80 % en rosé

Ludovic Roux. DR.

Terres du Midi n’est pas un vin de cépage. Mais un vin d’assemblage. “On a aussi l’opportunité de faire des rosés et de surfer sur ce marché porteur en proposant un rapport qualité-prix exceptionnel pour concurrencer des pays comme l’Espagne et d’autres régions françaises ; sachant que le rosé est beaucoup moins soumis aux cépages : les consommateurs boivent du rosé, pas tel ou tel cépage”, nuance Ludovic Roux, par ailleurs président de la cave Le Terroir du Vertige et vigneron à Talleyrand, dans les Corbières.

“Surfer sur ce marché porteur avec un rapport qualité-prix exceptionnel pour concurrencer des régions et pays”

N’importe quel opérateur agréé – ils sont une centaine à ce jour – peut faire du Terres du Midi, y compris “le vigneron indépendant qui dispose de cinq hectares et qui veut compléter sa gamme dans la mesure où il respecte le cahier des charges. Ce nouvel IGP ne dépend pas de Pays d’Oc qui fait du vin de cépage. Mais, via l’interprofession, on est dans la même maison. Et complémentaire.” 

18 millions de bouteilles dont la moitié à l’export

De très nombreux cépages peuvent être utilisés, ce qui gomment forces ou faiblesses passagères de certains d’entre eux et concourt à une certaine standardisation, ce qui rassure à l’export. Chargé du marketing, Laurent Cutzac précise d’ailleurs : “Terres du Midi c’est le petit frère de Pays d’Oc dont nous “protégeons le marché”, en quelque sorte”, en luttant contre les importations. Au 31 juillet, la production avait atteint 18 millions de cols dont 46 % à l’importation (près de 9 millions de cols) principalement en Allemagne, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Belgique et ensuite Canada et USA. Au total, nous sommes présents dans 84 pays. Il y a un vrai enjeu sur le bag in box…”

300 000 hectos espérés d’ici un an

La production ? Entre 230 000 et 250 000 hectolitres par an. Ce qui fait de cette IGP Terres du Midi le second opérateur en vrac de rosé dans la région, une réussite en seulement cinq ans et une crise sanitaire au milieu. “Une belle naissance.” Ses principaux concurrents ? Certaines AOP en Provence, par exemple. Mais aussi des vins espagnols… “Face à des craintes légitimes au départ, il a fallu beaucoup de discussions pour créer Terres du Midi. La fédération des caves coopératives, les vignerons indépendants et Pays d’Oc se sont mis autour de la table et se sont dit : “il faut créer ce beau projet…”, confie encore Ludovic Roux. J’avais dit que le premier palier était à 300 000 hectos ; on n’en est pas loin. J’espère que l’on y sera d’ici un an.

Olivier SCHLAMA

  • La liste de toutes les indications géographiques protégées est disponible dans la base de données eAmbrosia.
  • De plus amples informations sont disponibles en ligne à l’adresse suivante : Quality Schemes et sur notre portail GIView.

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