“Ma seule boussole, c’est la santé des habitants.” Directeur de l’ARS – l’Agence régionale de santé fête ses dix ans tout comme la Région Occitanie – , Didier Jaffre a développé son sens de la formule pour évoquer l’accès aux soins pour tous ; la lutte contre les déserts médicaux ; le soutien aux projets de maintien à domicile des personnes âgées ; améliorer la prise en charge psychiatrique… Les défis sont nombreux.
Lors de ses voeux à la presse, ce mardi, Didier Jaffre, en “préfet sanitaire”, retient notamment le défi démographique, celui de tous les défis. L’Occitanie – 6 millions d’habitants – s’est enrichie de 500 000 nouveaux habitants en dix ans. Elle devrait accueillir 500 000 âmes de plus dans les dix ans qui viennent. Sans parler du vieillissement de la population et ses maladies associées à l’âge. « Face au tsunami du grand âge, on n’a pas le choix, il faut augmenter l’offre de santé. L’Occitanie, dans 20 ans, sera la région la plus âgée de France », a posé Didier Jaffre qui a appelé, en outre, à poursuivre “la co-construction et la transparence” sur ce sujet. “C’est la marque de fabrique de l’Occitanie. »
Bonne santé financière des trois CHU d’Occitanie

En marge, le DG de l’ARS a certifié que “la situation financière des établissements s’est globalement améliorée en 2024 – derniers chiffres connus – que ce soit dans le public ou le privé. Il y a eu une dynamique extrêmement forte du nombre d’actes générant des recettes supplémentaires. » Prenant l’exemple des trois CHU de la région, il a complété : « Celui de Nîmes est excédentaire ; ceux de Montpellier et Toulouse sont quasiment à l’équilibre, ce qui leur permettra de continuer à investir. Des progresssilns à deux chiffres Les hôpitaux de Carcassonne, Albi, Perpignan sont eux aussi en forte progression, et celui de Mende se maintient. Dans aucun établissement l’activité recule”. » A propos de l’hôpital de Montauban, il a confirmé la tenue d’un comité de pilotage “en mars en vue l’exécution d’un plan de restructuration de 200 M€, financés à 80 % par l’Etat et une partie par la Région Occitanie.”
Hôpitaux de proximité, médecins solidaires…
ACCÈS AUX SOINS PARTOUT. « Ces voeux sont placés sous le signe des territoires », a dit Didier Jaffre. “Nous avons 380 maisons de santé et 250 centres de santé. Nous avons beaucoup investi dans ce domaine, y compris avec la Région Occitanie qui a développé le GIE Ma Santé, Ma Région. » Avec des médecins salariés. Le directeur de l’ARS a aussi pointé « la politique active des médecins solidaires dont Dis-Leur ! vous a parlé ICI. Nous en sommes à 45 médecins pour 28 zones prioritaires dans 37 lieux pour des consultations où il n’y avait pas de soin du tout. » Et d’égréner les 47 hôpitaux de proximité dont 10 ont été labellisée en 2025,ce qui place la Région Occitanie “en pôle position.”

Par ailleurs, pour faciliter un premier recours aux soins dans les officines dans des déserts médicaux, 19 pharmacies expérimentent un nouveau dispositif d’accueil et d’orientation pour des besoins identifiés : conjonctivite, piqûre de tique, petites plaie et brûlure… Des antennes de pharmacies ont aussi été réimplantées dans des territoires ruraux qui étaient dépourvus de pharmacie traditionnelle : Coupiac (Tarn), Châteauneuf-de-Randon (Lozère) ou encore Puycasquier (Gers). Mais aussi des solutions itinérantes, à l’exemple des Médicobus dans le tarn et les P.-O. comme c’était déjà le cas en Lozère.
Ehpad, restructuration d’hôpitaux…

DES PROJETS SOUTENUS. Dans le cadre du Ségur de la santé, des projets médicaux se sont concrétisés un peu partout en Occitanie grâce au Ségur de la santé. La quasi-totalité des 1,6 milliard d’euros alloués à l’ARS ont été investis dans la région. Pour des Ehpad, des restructurations d’hôpitaux, des matériels de pointe comme un nouveau robot chirurgical au CH de Tarbes-Lourdes (Hautes-Pyrénées).
Avec les cofinancements de la CNSA et des collectivités, l’ARS a pu soutenir 129 projets de reconstruction ou de rénovation d’Ehpad en Occitanie. A ce jour, 39 Ehpad ont été modernisés ou reconstruits. comme à Trèbes (Aude). « Des travaux sont en cours dans 41 autres établissements de la Région, comme en Tarn-et-Garonne pour des projets immobiliers des Ehpad de Labastide Saint-Pierre et de Montauban. « Les 67 opérations lancées lorsque Jean Castex était Premier ministre ont quasiment toutes, à part une ou deux réalisées », a souligné Didier Jaffre.
89 cas autochtones de chikungunya en 2025
MOUSTIQUES ET MALADIES. “Les virus west nile et la dengue circulent beaucoup. Pour le chikungunya, on a enregistré 89 cas de transmission autochtones dans la région en 2025 dans 14 foyers répertoriés. Il faut apprendre à se protéger des piqûres de moustiques et vivre avec… », a rapporté Didier Jaffre. En Haute-Garonne, l’ARS apporte aussi sa contribution à l’élaboration d’un Plan Orsec dédié à la lutte antivectorielle.
Contrôle de tous les Ehpad en Occitanie

EHPAD. En Occitanie comme ailleurs, il y eut un avant et un après scandale Orpéa, leader mondial du secteur de la dépendance. L’affaire avait été mise au jour en 2022 par le journaliste Victor Castanet dans un livre, les Fossoyeurs, permettant d’identifier les maltraitances permanentes de personnes âgées vivant dans des maisons de retraite de ce groupe.
“Dans la région, a encore expliqué Didier Jaffre, nous avons mené de nombreux contrôles. Trois établissements étaient en grande difficulté ; il y a eu changement de gouvernance voire de propriétaires. Si on n’avait rien fait, ils auraient pu être fermés. » Par ailleurs, “dans 20 autres Ehpad, des mesures ont été prises ». Dans la région 824 contrôles menés dans l’ensemble des Ehpad publics et privés depuis 2022. “Ce bilan présente au final moins de 1 % de situations critiques dans la prise en charge des résidents hébergés dans ces établissements médico-sociaux », avait certifié l’ARS en 2025.En France, 16 % des personnes âgées de plus de 85 ans vivent en Ehpad. En Occitanie, plus de 60 000 places autorisées en Ehpad. Plus de 60 000 places dont 48 % dans le public, 34 % dans le privé associatif et 18 % dans le privé lucratif.
PERSONNES ÂGÉES À DOMICILE. “Nous soutenons des solutions qui favorisent leur maintien à domicile le plus longtemps possible parce que les personnes le souhaitent. » Didier Jaffre a évoqué « un repérage plus précoce pour prévenir la perte d’autonomie dès 60 ans”. A ce titre, l’ARS soutient activement le programme Icope qui bénéficie de l’expertise du Gérontopôle du CHU de Toulouse pour l’ensemble de nos 13 départements. “Dans notre région, 30 000 séniors ont déjà pu en bénéficier et 5000 professionnels ont été formés en intégrant la prévention de la fragilité dans leurs pratiques. Soutenu par le ministère de la Santé, ce programme est aujourd’hui généralisé à l’échelle nationale.”
Par ailleurs, depuis 2025, 33 centres de ressources territoriaux sont déjà actifs dans toute la région. Derrière le slogan « Le choix de vieillir chez moi », ils permettent aux personnes âgées en perte d’autonomie de rester à domicile quand les aides habituelles ne suffisent plus. Leur mission : sécuriser le quotidien et maintenir le lien social. Ces dispositifs s’adressent aux plus de 60 ans fragilisés, notamment après une hospitalisation, et à leurs proches. Ils sont renforcés en Aveyron dans le cadre d’un dispositif novateur à l’échelle des bassins de vie.
Dans les P.-O. : dispositif d’accueil de jour itinérant
Dans les Pyrénées-Orientales, un dispositif expérimental d’accueil de jour itinérant est déployé par trois Ehpad qui couvrent 13 communes du Haut-Vallespir : les personnes âgées de plus de 60 ans qui présentent une maladie d’Alzheimer peuvent être accueillies pour la journée dans l’un de ces Ehpad, au plus près de leur domicile. C’est une solution de répit pour les aidants et de prise en charge collective
pour ces personnes âgées et malades, dans une vallée où l’isolement se combine au vieillissement.
Hébergement temporaire après hospitalisation ou défaillance d’un aidant
“En amont du futur plan Grand Âge, les équipes de l’ARS sont mobilisées conjointement avec celles des conseils départementaux, de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie et de tous les acteurs médico-sociaux concernés, pour généraliser partout le Service public départemental de l’autonomie, préfiguré dans l’Hérault et l’Aveyron. Nous déployons des solutions qui sécurisent la prise en charge de nos aînés : dans toute la région, l’ARS met en place un nouveau dispositif qui permet aux personnes âgées de bénéficier d’un hébergement temporaire au sein d’un Ehpad après une hospitalisation ou en cas de défaillance d’un aidant. L’objectif de cette solution, prise en charge à 100 %, est de proposer un cadre sécurisé pour préparer un retour à domicile dans de bonnes conditions.”
“A ce jour, 94 Ehpad proposent déjà une centaine de places dédiées à ce nouveau dispositif d’accueil temporaire en Occitanie. Pour sécuriser la prise en charge nocturne des résidents en Ehpad, 68 dispositifs mutualisés entre infirmiers couvrent désormais plus de 500 Ehpad et 38 000 personnes âgées qui y sont hébergées. Ces infirmiers d’astreinte de nuit peuvent ainsi intervenir dans ces établissements et éviter notamment des transferts inappropriés de nos aînés vers les services d’urgence.”
SANTÉ MENTALE. On sait depuis la crise sanitaire du covid que la santé mentale des ados est un point dur dans la société. Un Français sur cinq – 13 millins de personnes – est concerné. La région Occitanie n’y échappe pas. Au-delà de la prise en charge coordonnée des troubles psychiques et psychologiques, la grande cause nationale 2025-2026 vise à ne plus stigmatiser la santé mentale, donner la parole ; améliorer l’accès aux soins et l’accompagnement…
Projets innovants dans la prévention du suicide

L’ARS donne des exemples. Dans l’Hérault, il y a le déploiement d’un projet, Re-Start : dispositif de prévention du suicide destiné aux patients de 16 ans et plus
reçus aux urgences du CHU de Montpellier pour crise suicidaire ou tentative de suicide, sans hospitalisation immédiate (soit en moyenne 230 patients par mois). Ce dispositif assure un accompagnement psychiatrique, paramédical et social intensif sur trois mois après la sortie des urgences, afin de sécuriser le parcours de soins, prévenir les récidives et maintenir le lien avec les acteurs de santé du territoire.
Dans les Pyrénées-Orientales, autre projet, baptisé lui du joli nom d’Escape, autour d’une équipe mobile pluridisciplinaire d’intervention précoce en psychiatrie, spécialisée dans la prise en charge des ados et jeunes adultes de 15 à 25 ans présentant un premier épisode psychotique évoluant depuis moins de six mois ou à ultra- haut risque de psychose. Initié par le Centre hospitalier de Thuir, ce dispositif assure une coordination intensive et individualisée des soins pendant deux ans, avec un accompagnement social et familial.
Equipe mobile de psychiatrie, actions de sensibilisation
Déploiement, aussi, en Haute-Garonne d’une équipe mobile de psychiatrie
pour faciliter l’accès aux soins psychiatriques auprès de personnes âgées en Ehpad. Piloté dans le cadre du groupement hospitalier de territoire Haute-Garonne-Tarn Est, ce dispositif permet de réduire les délais de prise charge et de favoriser le maintien dans le lieu de vie. Il évite des hospitalisations complètes et soutient les équipes des Ehpad et les aidants. Il contribue à améliorer les diagnostics précoces et la qualité de vie des personnes âgées accompagnées.
Enfin, dernier exemple, dans le Gers, de notables actions de sensibilisation autour de la santé mentale : spectacle, ciné-débats, échanges avec des étudiants, lycéens, élus, professionnels de santé, personnes en situation de handicap… Des formations aux premiers secours en santé mentale sont aussi données en lien avec les collectivités signataires de contrats locaux de santé et assurant le pilotage de contrats locaux de santé mentale pour renforcer le repérage des personnes présentant des troubles en santé et l’appui aux professionnels sociaux, éducatifs, socio-judiciaires, sportifs, médico-sociaux…
Trois cents médecins junior dans les déserts médicaux, une maison des femmes dans chaque département
TROIS CENTS DOCTEURS “JUNIOR”. À partir de la 4e année de spécialisation, les internes en médecine générale deviennent docteurs dit juniors. Cela commence en cette année 2026. Ce sont déjà des praticiens mais pas encore au bout de leur cursus. Ils seront probablement envoyés dans les territoires où il y en a le plus besoin et qui sait, auront peut-être le goût de s’implanter dans notre belle région. Et « pas forcément dans les territoires ruraux mais aussi dans les grandes villes où il y a aussi des besoins”, a précisé Didier Jaffre. De bonne augure quand on sait que plus de 10 % de population Français n’a pas de médecin traitant.

MAISONS DES FEMMES. « Albi, Castres, Montauban, Carcasonne… L’objectif, c’est une maison des femmes dans chacun des 13 départements d’Occitanie », a expliqué Didier Jaffre, comme dans l’Aude et le Gers en 2025. L’Hérault en a déjà deux et une 3e est prévue cette année. » C’est, comme à Montpellier où elle est gérée par le CIDF, un nouveau lieu d’accueil, d’écoute et de soins avec aussi Une prise en charge globale des situations de violence
QUALITÉ DE L’EAU. “Nous renforçons le contrôle de la qualité de l’eau de consommation : 20 Pfas sont désormais recherchées lors des contrôles de l’eau que nous consommons, a promis Didier Jaffre. L’ARS Occitanie a anticipé cette évolution réglementaire qui intègre la surveillance de ces molécules chimiques très persistantes. Dès juillet 2025, 838 analyses de Pfas ont été réalisées sur 536 points de captages : toutes conformes à la norme. 848 autres analyses ont porté sur 654 réseaux de distribution : 27 prélèvements non-conformes ont fait l’objet de mesures correctives et d’analyses complémentaires. La recherche des Pfas est également étendue aux eaux de consommation embouteillées.”
“La Région Occitanie est pilote en matière de concertation et de démocratie sanitaire”
DÉMOCRATIE SANITAIRE. “Tous les acteurs de la santé et de l’autonomie sont représentés au sein de la Conférence régionale de la santé et de l’autonomie et dans nos 13 Conseils territoriaux de santé, explique l’ARS. La voix des usagers s’exprime via une participation active de leurs représentants (notamment via France Assos Santé), via tous les échanges avec les élus de nos territoires qui représentent tous les habitants de notre région, et via des dispositifs de consultation citoyenne qui favorisent aussi l’expression directe des usagers (Fabrique citoyenne en santé).”

Laurent Schmitt, président de la Conférence régionale de la santé et de l’autonomie en Occitanie (CRSA), a pris la parole pour dire que “la Région Occitanie est pilote en matière de concertation et de démocratie sanitaire ; nous disposons d’une chargée de mission et d’un magazine » servant à lutter contre les contrevérités, comme pour les vaccins. Lui aussi, le psychiatre de formation a pointé des enjeux : faciliter l’accès aux spécialités médicales de la région ; obtenir plus facilement un rendez-vous chez le gynécologue, le dermatologue… Et ne pas se satisfaire de formes dégradées de rendez-vous.
Il a aussi appelé à ce que « la prévention, morcelé, promue dans différents projets soit uniformisée et que les campagnes partent de la jeunesse vers les adultes. Enfin, il a appelé à une eau moins polluée de Pfas et autres pollunats majeurs et soit plus généralement d’une meilleure potabilité ». Cet organe de démocratie sanitaire bénéficie d’une enveloppe de 200 000 €. « Il n’y a que cinq régions en France où existe un budget pour la CRSA. Ce budget nous peut financer des projets de démocratie dans les territoires ; il aide à des actions de prévention ; des recherches sur les inégalités de santé, sur la démographie para-médicale et médicale.”
Olivier SCHLAMA
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