Occitanie : Exode rural, migrations, histoire d’un peuplement unique

A la fin du XIX e siècle, l'exode rural a profondément modifié la démographie de la région. Photo : DR.

Dans sa chronique, l’historien Samuel Touron rappelle que le Languedoc tient une place à part dans la démographie française. De l’exode rural aux migrations jusqu’au phénomène plus récent de métropolisation, retour sur l’histoire du peuplement du Languedoc au siècle dernier.

Le Languedoc est une terre à part dans l’histoire démographique française, à la fois fermée sur elle- même et ouverte sur le monde, abritant deux des départements les plus ruraux de France : la Lozère et l’Ariège mais aussi deux des villes les plus dynamiques de notre pays : Toulouse et Montpellier, la région Occitanie est un paradoxe en elle-même.

En l’espace d’un siècle, les bouleversements démographiques qu’elle a connus en font un cas d’étude fascinant.Lorsque l’on étudie l’histoire, il est parfois difficile de contextualiser les événements et de comprendre à quelle époque se sont déroulés les faits historiques évoqués.

On a parfois du mal à se rendre compte que nos arrières-arrières-grands-parents pour une personne née, comme moi, à la fin des années 1990, étaient contemporains de Napoléon III et que leurs parents n’étaient éloignés que d’une génération de la prise de la Bastille et de la Révolution française.

Terre de contraste et « véritable babel »

Or, si la France actuelle est bien différente de celle de 1789, les Français qui la peuplent le sont tout autant. Le Languedoc historique qui englobe une bonne partie de l’actuelle région Occitanie en plus de quelques départements limitrophes comme l’Ardèche ou la Haute-Loire. Terre de contrastes et « véritable babel », selon l’expression de Jules Michelet, le Languedoc connut durant ce que les historiens nomment le « long XXe siècle » de profonds bouleversements démographiques.

L’exode rural a profondément modifié la démographie de la région. Photo : DR.

À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, deux phénomènes liés à l’industrialisation et à l’urbanisation des États d’Europe de l’Ouest se conjuguent provoquant les premières migrations au sein de la région Occitanie. Alors que les travailleurs d’Ardèche, de Haute-Loire, du Tarn, de l’Aveyron et de la Lozère venaient faire les vendanges ou participer à la récolte des fruits de manière saisonnière, ceux-ci commencent à s’installer durablement au sein de nouveaux centres urbains industriels.

L’exode rural, massif, vide les campagnes

Les paysans tarnais de la Montagne Noire trouvent du travail dans les usines de Mazamet, Castres, Carcassonne ou encore à Toulouse, Béziers ou même Montpellier. Les Aveyronnais trouvent notamment du travail en région parisienne où ils forment toujours une importante communauté à travers le qualificatif de « bougnat ». Les Ardéchois et les Lozériens migrent vers Montpellier ou vers Nîmes. Cet exode rural massif vide les campagnes du Languedoc comme la plupart des campagnes françaises à partir de 1880.

Les crises agricoles successives ainsi que la saignée de la Première Guerre mondiale contribua à amplifier un phénomène déjà massif.Certaines montagnes et « pays » ont ainsi perdu jusqu’à 90% de leurs habitants. C’est le cas de l’Ardèche qui perdit plus du tiers de ses habitants en moins d’un siècle. Des communes disparaissent de la carte de France. Alors que les campagnes se vident, les villes du Languedoc prennent un essor considérable. La ville de Castres passe ainsi de 20 650 habitants en 1851 à 30 781 habitants en 1946.

« La fin des paysans »

Béziers passe de 19 333 habitants en 1851 à 64 561 habitants en 1946. Enfin, Toulouse qui comptait 96 564 habitants en 1851 en abrite 264 411 un siècle après.Ce phénomène d’exode rural massif qui vide les campagnes au profit des villes modifie considérablement la culture et le peuplement des villes.

Cet exode rural se termine vers 1975 après plus d’un siècle de campagnes qui se sont vidées à une vitesse frénétique. Le sociologue Henri Mendras parle de : « la fin des paysans » montrant la fin d’une époque et d’une classe sociale provoquée par un bouleversement économique et civilisationnel majeur. À l’exode rural se combine les différentes vagues migratoires qui marquent fortement le Languedoc dès le milieu du XIXe siècle.

Italiens en Camargue, Espagnols fuyant la Guerre d’Espagne…

Les Italiens, d’abord, massivement en Camargue mais également dans la région toulousaine surtout comme ouvriers agricoles. Les Espagnols ensuite, plus tardivement, d’abord poussés hors de chez eux par la Guerre d’Espagne puis par rejet du franquisme.

Ils sont nombreux à arriver à Toulouse, Montpellier et dans l’ensemble des grandes villes languedociennes. Ainsi, 10 % des toulousains auraient des origines espagnoles dont 20 000 descendants directs de la Retirada. Cette épisode vaut à la ville le quasi-statut de capitale des républicains espagnols.

Par la suite, la décolonisation, entraîna la construction de grands ensembles pour accueillir les Pieds-noirs, déshérités d’un pays qui n’existe plus, ils arrivèrent massivement à Perpignan et à Montpellier donnant un coup de fouet économique et démographique à des villes jusque-là relativement peu développées.

Montpellier prit ainsi le pas sur Béziers et sur Nîmes. Perpignan qui perdait des habitants jusqu’en 1954 comptant seulement 70 051 habitants à cette date en possède près de 112 000 en 1982. La période très contemporaine a vu l’arrivée de vagues migratoires moins marquées mais plus diversifiées, exception faîte des personnes en provenance du Maghreb notamment d’Algérie et du Maroc.

Importantes communautés des quatre coins du monde

Le Languedoc compte aujourd’hui d’importantes communautés tunisienne, turque, sénégalaise, bulgare, roumaine, polonaise ou encore russe, moldave ou rom. Ces populations arrivées plus récemment se concentrent principalement dans les centres urbains.

Enfin, la région Occitanie accueille une part importante de la communauté gitane en France principalement sur la bande littorale des Pyrénées-Orientales, de l’Hérault et du Gard. L’essor touristique de la région a aussi entraîné l’arrivée, sur les littoraux et leurs arrières-pays, de retraités originaires d’Europe du Nord notamment de Belgique, des Pays-Bas, d’Allemagne ou encore de façon moins marquée de Suisse et de Scandinavie.

Ceux-ci y trouvent un cadre de vie unique où chaque pierre témoigne d’une histoire riche et rebelle, tragique et pleine d’espoir, où les corridas et la paëlla espagnole côtoient la tielle et la macaronade qui sentent bon l’Italie et se mélangent à l’odeur anisée du pastis, au cassoulet et à la brandade… L’Occitanie est belle car riche d’une diversité dont elle a su intégrer le meilleur, parfois avec dureté mais toujours, avec la franchise de son accent.

Samuel TOURON

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