Histoire : Quand Toulouse était capitale des Wisigoths

Vestige de l'église de Santa maria de Melque, en Espagne, quand le Royaume des Wisigoths fut chassé de Toulouse par Clovis, les Wisigoths se sont retrouvés vers Tolède. Photo: D.R.

Avant d’être la capitale de l’Occitanie, la Ville Rose l’était du Royaume Wisigoth il y a seize siècles. L’historien Samuel Touron nous replonge dans cette glorieuse période pour Toulouse avant que les Francs, emmenés par Clovis, n’y mettent fin…

C’est un anniversaire marqué d’une croix blanche. Ce que fera l’association Toulouse Wisigothique qui, le 7 décembre, célèbrera le 16e centenaire de Toulouse capitale du royaume wisigoth, avec une journée de conférences publiques à l’Institut supérieur des arts de Toulouse sur le thème de la religion. Puis, du 27 février au 27 septembre 2020, « le musée archéologique Saint-Raymond proposera à voir une grande exposition sur ce thème qui avait peu ou prou disparu des manuels. Car, le Ve siècle était le siècle de gloire pour Toulouse », rappelle Jean Cassaigneau, président de Toulouse Wisigothique, créée il y a deux ans.

« Très peu de choses nous restent de cette période, dit ce passionné, dont la fameuse bague d’Alaric, le dernier roi wisigoth. À Toulouse, on a reconstruit sur les vestiges de bâtiments de cette époque très ancienne. Il y a peu de choses aussi dans les manuels scolaires et même dans l’enseignement supérieur. C’est pourtant un royaume qui a donné six rois et qui est, à peu de choses près, l’Occitanie d’aujourd’hui, qui allait de Toulouse à Nîmes et de la Loire à Gibraltar en passant par les Alpes-Maritimes comprises. Et où l’on parlait latin et la langue gothe. » Ce royaume s’est éteint quand les Francs, emmenés par Clovis, ont battu les Wisigoths… Une histoire que nous narre Samuel Touron.

« Peuple barbare »

Plaque de ceinturon datant du Ve-VIe siècle découverte à Toulouse (place Esquirol). Elle sera présentée dans l’exposition.
Photo : Mairie de Toulouse/Musée Saint-Raymond (CC BY-SA)

« Si les Gaulois, les Romains ou les Francs sont des peuples biens connus de l’histoire du Languedoc, les Wisigoths demeurent relégués au ban de l’histoire, oubliés ou dénigrés, ils sont constamment compris dans un ensemble péjoratif de « peuples barbares ». Pourtant, les Wisigoths, ont régné sur le Languedoc durant plus de 200 ans ayant eu pour capitale Toulouse ou encore Narbonne. Retour sur une période troublée marquée par la chute de Rome et l’instauration des prémices du système féodal.

En 410, ils mettent Rome à sac

Depuis le IIIe siècle, dans l’actuelle Roumanie, les Wisigoths font face aux invasions des Huns, peuple nomade originaire de Mongolie qui emploie la terreur afin de briser toute résistance à ses pillages et invasions. Contraints de se déplacer sans cesse pour fuir les Huns, les Wisigoths sont frappés par la famine. Ils implorent alors Rome de leur donner une terre où s’installer. Face au refus de l’Empire, les Wisigoths, menés par Fritigern, prirent les armes. En 410, Alaric Ier, met Rome à sac, cet événement symbolise pour ses contemporains, la chute de l’Empire Romain d’Occident.

Un territoire dévasté par les invasions barbares

Colonnes de l’ancienne église Notre-Dame La Daurade, conservées au Musée Saint-Raymond.
Ph : Carole Raddato/Wikimedia Commons (CC BY-SA)

À partir de cette même année, les Wisigoths entrent en Gaule, ils y découvrent un territoire dévasté par les invasions barbares. Guidés d’abord par le roi Althauf puis par Wallia, ils combattent les autres peuples barbares s’emparant de la majeure partie de la Péninsule Ibérique. En 418, est né le Royaume Wisigoth, vaste territoire s’étendant de Gibraltar à l’Aquitaine. Toulouse en est la capitale. Cependant, ce Royaume est lié à l’Empire Romain d’Occident qui existe toujours officiellement jusqu’en 476, il fonctionne grossièrement comme un état fédéré jusqu’à cette date, lié à Rome par un foedus, un contrat de subordination.

Part du gâteau plus conséquente

En 466, Euric décide de rompre le foedus sentant que Rome n’a plus qu’un pouvoir symbolique et qu’il est temps de se tailler une part du gâteau plus conséquente. Il s’agit aussi pour Euric d’affirmer sa puissance, le monarque se devant dans le monde germanique de porter les armes régulièrement. À la suite de la prise de Clermont-Ferrand en 475, les Romains acceptent de reconnaître la souveraineté des Wisigoths sur l’ensemble des territoires au sud de la Loire et à l’ouest du Rhône. Un an plus tard, l’Empire Romain d’Occident tombe, les Wisigoths en profitent pour s’emparer de la Provence avant que les Burgondes ne les en chassent en 487.

En 507, les troupes wisigoths sont défaites et Alaric II est tué en combat singulier par Clovis qui s’empare des possessions des Wisigoths dont Toulouse.

Plus au nord, les Francs, qui occupent l’actuelle Rhénanie, le Bénélux et une bonne partie de la moitié Nord de la France voient leur chef, Clovis, se convertir au catholicisme romain entre 496 et 499. Il est alors en pleine montée en puissance. Lors de la bataille de Soissons (486) il a annexé un vaste territoire allant de la Somme à la Loire. Après deux incursions franques dans les années 490 afin de tester les défenses des wisigoths, Clovis décide de mener une importante bataille afin de s’emparer des territoires au sud de la Loire.

Il est aidé dans son entreprise par l’Empire Romain d’Orient qui s’inquiète de l’expansion des Wisigoths et surtout de leur religion: l’arianisme. En 507, près de Poitiers, les deux armées se rencontrent, les troupes wisigoths sont défaites et Alaric II est tué en combat singulier par Clovis. Celui-ci s’empare ainsi des possessions des Wisigoths au sud de la Loire comprenant Toulouse.

Quand le Languedoc s’appelait… Septimanie.

Maquette du site archéologique de l’ancienne hôpital Larrey où a été découverte une portion du rempart romain où s’adossait au Ve siècle un grand bâtiment faisant sans doute partie du complexe palatial des rois wisigoths. Ph. DR.

Clovis s’avance alors vers l’Est, ambitionnant de prendre le Languedoc et la Provence, ayant défait Alaric II, il avance sans rencontrer d’opposition. Arrivé en Arles, Clovis voit se dresser face à lui Théodoric Le Grand, roi des Ostrogoths, redoutable guerrier s’étant notamment illustré lors de la très fameuse bataille des Champs Catalauniques (451). Les armées franques sont alors mises en déroute et abandonnent leur projet de conquête du Languedoc et de la Provence. Les Wisigoths conservent ainsi le Languedoc alors appelé Septimanie (1). Il s’agit dès lors de la province la plus septentrionale du Royaume.

Incontournable nécropole de Villarzel-Cabardès

L’église Santa Maria de la Melque, en Espagne. Photo : DR.

La région joue un rôle clé dans le royaume Wisigoth étant frontalière du territoire des Francs, des Ostrogoths et des Burgondes. Narbonne devient par ailleurs capitale du royaume en 507 et conserve ce statut jusqu’en 531 avant de le céder à Barcelone puis à Tolède jusqu’en 711. Les traces d’occupation des Wisigoths ne sont que peu nombreuses tant en Languedoc qu’en Espagne. En effet, on compte seulement 200 000 wisigoths sur une population totale d’environ six millions d’habitants. Minorité au pouvoir les Wisigoths n’ont pas lancé de politique d’aménagement du territoire restant reclus au sein de leurs capitales et dans des territoires éloignés des littoraux afin de ne pas se mélanger aux gallo(hispano)-romains. Certains vestiges demeurent cependant, en région, citons l’incontournable mais trop méconnue nécropole du Mourel dels Morts sur la commune de Villarzel-Cabardes (Aude).

Jusqu’au VIIIe siècle le Languedoc demeura sous domination wisigothe, l’expansion musulmane en Europe passant par la Péninsule Ibérique puis la Septimanie fit disparaître le Royaume Wisigoth lors de la bataille de Guadalete (711) faisant naître Al-Andalus. L’empreinte Wisigoth en Septimanie demeura pourtant encore longtemps. Entre 790 et 987, les Francs se réfèrent à ce territoire en tant que: Marquisat de Gothie, symbole de l’empreinte laissée par le passage des Wisigoths dans la région, une empreinte aujourd’hui très largement oubliée et dénigrée… »

Samuel TOURON  (avec O.SC.)

(1) Une fois élu président de la région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche essaya bien de rebaptiser cette région la Septimanie. En vain, notamment à cause de l’opposition des Catalans qui défendent farouchement leur identité qu’ils avaient peur de perdre, diluée, dans un nom fourre-tout.

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