Tourisme / Statues (6) : Libres et rebelles, ils ont payé leurs convictions de leur vie

Statue de Jean Moulin à Béziers• Crédits : DR Ville de Béziers

Du haut de leurs statues, trois siècles de luttes nous contemplent ! Une femme (enfin !) et deux hommes, trois personnages d’exception que rien n’a pu détourner de leur combat pour plus de liberté et d’humanité. Olympe de Gouges, Jean Jaurès, Jean Moulin… Ce sont bien plus que des statues !

Connue sous le nom d’Olympe de Gouges, Marie Gouze est née à Montauban (Tarn-et-Garonne) en 1748. En ce XVIIIe siècle tellement agité, elle va faire parler d’elle pour son combat « féministe », un mot qui naissait à peine mais qu’elle incarne pour les siècles à venir… Grandissant sans instruction, avec comme langue maternelle l’occitan. Olympe se lance cependant dans la littérature, après la mort de son mari (Louis-Yves Aubry).

Pour les femmes, contre l’esclavage et la peine de mort

La statue d’Olympe de Gouges, installée désormais au collège qui porte son om, à Montauban. ©Ville de Montauban – Inventaire général Région Occitanie

Ses combats sont multiples. Contre les discriminations sociales et politiques, elle a plaidé pour l’instauration du divorce, de droits pour les ouvriers au chômage, d’un impôt patriotique ou encore pour l’abolition de l’esclavage et de la peine de mort. Longtemps oubliée, cette femme hors-norms au tragique destin a été « redécouverte » depuis quelques années…

Aujourdhui encore, ses textes apparaissent d’une modernité rare. Elle est la seule femme figurant dans cette série, la seule « statufiée » en Occitanie. L’oeuvre, réalisée par Jean-Paul Baurens en 1989 pour une exposition à Cordes (Tarn) a été achetée par l’association Olympe de Gouges avec l’aide de la Ville de Montauban (qui organise chaque année les Journées Olympe de Gouges autour du 8 mars).  Entreposée au musée Ingres, la scupture a été installée au collège qui porte son nom en 1995.

« Si une femme peut monter sur l’échafaud, elle doit pouvoir aussi monter à la tribune »

Fascinant destin que celui de cette femme d’origine modeste qui fit trembler les plus grands. En 1791, elle écrit une « Déclaration des droits des femmes et de la citoyenne«  dans laquelle elle dénonce la non-inclusion des femmes dans le projet de liberté et d’égalité de la Révolution française. Elle déclarait que: « l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme sont les seules causes de malheurs publics et de la corruption des gouvernements ».

C’est finalement en 1793 que les engagements qui n’ont pas pris une ride de cette femme exceptionnelle la conduisent au « rasoir national », la guillotine. Son texte intitulé « Les trois urnes ou la salut de la Ptrie », placardé dans tout Paris, est un défi direct à Robespierre et Marat dont elle dénonce La Terreur »… Celle qui avait affirmé que, « si une femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribun » était vraiment trop  en avance sur son temps…

Jean-Jaurès, un tribun exceptionnel venu du Tarn

Le Centre National et Musée Jean Jaurès (*), à Castres dans le Tarn, présente la vie et les engagements de ce grand tribun, écrivain, journaliste et plus jeune député de France (26 ans !), assassiné à Paris en 1914.

La statue de Jean-Jaurès à Castres, sur la place qui porte son nom… Photo ©Ville de Castres

Né à Castres en 1859, Jean Jaurès y a passé toute son enfance. Écrivain et journaliste, maire, puis député, il est le père du Socialisme en France. Ici, comme partout où il est passé, il a laissé une empreinte indélébile : ses idées de vérité et de justice sont toujours actuelles. Combinant esprit visionnaire et évidence humaniste, C’est François Mitterand qui a inauguré le site en 1988.

Panneaux explicatifs, photos, films, extraits de journaux, objets ou caricatures permettent de  découvrir l’histoire et les combats de Jaurès mais aussi une part du contexte politique, médiatique et historique de son époque. En sortant du musée, il suffit de flâner à travers le coeur de ville vers les bords de L’Agout pour rejoindre la vaste place Jean-Jaurès (ainsi baptisée depuis 1925) où trône la statue du tribun socialiste. Cette statue, œuvre de Gabriel Pech, est en marbre et son socle en granit.

Une copie au centre de Montpellier

Egalement en Occitanie, mais plus à l’est. Une autre place Jean-Jaurès, à Montpellier, présente également une copie de cette statue, en bronze cette fois, inaugurée en 1999 par le député-maire de l’époque, Georges Frêche (lui-même originaire du Tarn). Elle venait remplacer celle installée en 1922 et détruite par le Régime de Vichy en 1941… C’est l’un des lieux les plus vivants de Montpellier, au coeur de « l’écusson », l’hyper-centre de la ville.

Les travailleurs de Carmaux unis autour de lui

Mais il faut revenir dans le Tarn, à 60 km au nord de Castres (par la D612), Carmaux. ici se dresse une autre statue de Jaurès, Car le tribun socialiste est un personnage culte pour cette commune dont il fut député de 1892 à 1914. Un moment d’Histoire parfaitement illustré par le téléfilm Jaurès, naissance d’un géant (2005) de Jean-Daniel Verhaeghe, avec Philippe Torreton dans le rôle de Jaurès.

Pour revenir au monument, il est également l’œuvre du sculpteur Gabriel Pech (qui est, aussi, l’auteur du buste de Jaurès que l’on peut voir à Albi) et date de 1923. On y voit Jean Jaurès entouré de travailleurs caractéristiques de Carmaux : un paysan, un verrier, un métallurgiste-forgeron, un jeune mineur. Sans doute l’une des plus belles réalisations de ces statues de personnages illustres d’Occitanie.

Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

Sur le site petit-patrimoine.com on apprend que « le monument que l’on voit n’est pas l’original. La statue de Jean Jaurès a été refaite, l’originale ayant été dynamitée en 1981 par des anarchistes. Elle fut donc re-sculptée en marbre de Carrare par les ateliers Kalandaze des Beaux Arts. Les personnages du bas de la statue (…) furent eux aussi abîmés, mais purent être restaurés par les beaux Arts de Toulouse. Ils sont donc d’origine. »

Bien que sa dépouille fut transportée au Panthéon en 1924 (après son assassinat par un nationaliste dix ans plus tôt) l’âme de Jaurès, sa mémoire demeure bien ancrée dans sa terre natale du Tarn où résonne si l’on tend l’oreille la voix de Jacques Brel et son hommage à l’homme : Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

Jean Moulin, un homme de l’Ombre en pleine lumière

On est ainsi passé de Montauban à Castres. Et on va aller de Castres à Béziers (Hérault) afin de découvrir le troisième personnages de ce trio emblématique. Jean Moulin est né à Béziers en 1899. Dans cette ville de l’Hérault, son père était professeur d’histoire et conseiller général radical-socialiste de l’Hérault.

Une fois bâchelier, le jeune homme sera d’abord secrétaire général de Préfecture à Montpellier. Avant de devenir en 1925 le plus jeune sous-préfet de France, à Albertville en Savoie. Il poursuit sa carrière jusqu’à être nommé préfet en 1937. il est, là encore, le plus jeune préfet de France et est nommé à Rodez en 1938 puis à Chartres l’année suivante.

La « figure charismatique » de la Résistance

Sa vie, qui a fait l’objet de nombreux fims et ouvrages, est longuement et précisément racontée sur le site de l’Ordre de la Libération, jusqu’à sa fin dramatique en 1943. Reçu par De Gaulle à Londres, Jean Moulin est en effet rentré en France en 1942 avec pour mission de rallier et d’unir les mouvements de Résistance. Il doit également créer une Armée secrète en séparant le militaire du politique.

Dans le cadre de cette mission, Jean Moulin convoque les responsables de la Résistance le 21 juin 1943 à Caluire, dans la banlieue de Lyon. Mais à la suite de dénonciations, la police de sécurité allemande (SIPO-SD) menée par Klaus Barbie intervient : tous sont arrêtés et emmenés à la prison du Fort Montluc.

Jean Moulin est régulièrement interrogé et torturé, et tente de se suicider. Il ne révélera cependant aucun secret ! Dans un état déjà désespéré, c’est durant son transfert en train vers l’Allemagne qu’il décéde le 8 juillet 1943, quelque part entre Metz et Francfort… Comme le souligne le Larousse.fr : « Dans la mémoire nationale française, Jean Moulin reste la figure charismatique de la Résistance intérieure à l’Allemagne nazie. »

434 établissements scolaires portent son nom

Dans un recensement datant de 2015, il est le quatrième personnage ayant donné son nom à un établissement scolaire. 434 écoles, collèges ou lycées portent le nom de Jean-Moulin (seulement précédé par Saint-Joseph, Jules-Ferry et Jacques-Prévert), devançant d’une place : Jean-Jaurès (429 établissements). Béziers naturellement, a baptisé de son nom un lycée situé non loin des arènes de la ville.

Mais surtout, c’est Place du 14 juillet à quelques dizaines de mètres de sa maison natale, que se dresse (depuis 2004) la statue de Jean Moulin. Sa silhouette bien connue entourée de clolonnes de marbre sur l’une desquelles est gravée un extrait du discours prononcé par André Malraux en 1964, lors de l’entrée du héros de la Résistance au Panthéon… L’Agglo Béziers in Méditerranée propose d’ailleurs un circuit sur les traces de Jean Moulin long de 2,9 km à travers la ville, jusqu’au Plateau dezs Poètes où se trouve un autre monument dédié à l’enfant de Béziers (installé en 1951, oeuvre de Marcel Courbier).

Le discours de Malraux sur le site de l’Inahttps://www.ina.fr/video/I00013168

Il y a environ 2500 ans, Socrate aurait très bien pu échapper à la ciguë s’il avait accepté de fuir Athènes. Mais il a choisi de rester. L’histoire des idées est ainsi jalonnée de destins brisés pour la liberté d’exister et de s’exprimer.

De l’attentat contre Charlie Hebdo à l’emprisonnement d’universitaires en Turquie ou la persécution de blogueurs en Chine et les furieux excès de la « cancel culture », l’actualité regorge d’exemples montrant que le droit d’exprimer librement ses opinions est, encore et toujours, menacé. Puisse ces trois personnages nés en Occitanie servir d’exemples pour favoriser l’ouverture d’esprit et l’échange d’idées. Parce que comme le chantait Georges Brassens, « mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente… »

Philippe MOURET

Découvrir l’Occitanie de statues en statues avec Dis-Leur !

  • Chapitre 1 : Chaussez les bottes de D’Artagnan et en route pour le Gers. Lire la suite…
  • Chapitre 2 : Une playlist en bronze, de Toulouse à Montpellier. Lire la suite…
  • Chapitre 3 : Non, ils ne sont pas morts les poétes ! Lire la suite…
  • Chapitre 4 : Quelques esprits savants qui ont traversé le temps. Lire la suite…
  • Chapitre 5 : Une poignée de Maréchaux, mais un seul petit tambour. Lire la suite…