Juif, catholique, musulman : Le trio Ensemble chante contre la barbarie

Le trio Ensemble à Montmartre, à Paris. DR.

Le Sétois Christophe Casanave a activement participé à la création d’un trio de chanteurs qui a la particularité de représenter les trois grandes religions monothéistes. Initié il y a quatre ans, au lendemain de l’assassinat du père Hamel et de la tuerie du Bataclan, le projet se concrétise avec un album-symbole plein d’humanité qui sort en pleine crise sur le terrorisme. De quoi faire scintiller une fraternité malmenée. Sans angélisme.

« Dans quelle Torah, dans quel Coran, dans quel Nouveau testament ont-ils trouvé cet héritage d’un autre âge ? » : ce couplet est tiré de la chanson Et Dieu Dans Tout ça (écrite par Francis Lai et Frédéric Zeitoun), c’est la préférée de Philippe Darmon, l’un des trois membres du trio Ensemble de l’album Liberté sorti le 9 octobre chez Bayard). « Elle dit avec beaucoup de force que on ne peut pas mettre toute cette haine sur le dos de Dieu… » ajoute Philippe Darmon, rabbin et chantre dans la synagogue Buffault à Paris, dont le métier est de chanter la liturgie juive pendant les offices religieux. Il pratique le chant depuis ses 15 ans. Il aime aussi une autre chanson, Liberté, qui donne son titre à l’album, y compris parce quelle a une « touche orientale ». Orient, Occident. Zéphir, Nadir. Cet album est à part. Il est né d’une lumière qui ne veut pas se faire éteindre par la barbarie.

La fraternité est partout écrite, sur tous les frontons de nos édifices publics et elle est très mal en point »

Matthieu de Laubier, prêtre

Ils sont trois mais rassemblent une grande part de l’humanité. Farid Abdelkrim (musulman), Philippe Darmon (juif) et Matthieu de Laubier (catholique) partagent donc leurs voix sur le même album. Et le même apaisement. Ils ne se connaissaient pas avant ce projet à trois voix et à mille voies. Mais on les croirait frères. C’est cette fraternité qui sonne juste. Prêtre, ancien membre de plusieurs groupes vocaux de renom comme les Arts florissants Matthieu de Laubier dit de sa voix de baryton : « Ce trio mêle trois voix, trois traditions, trois personnes faisant une même fraternité. La fraternité est partout écrite, sur tous les frontons de nos édifices publics et elle est très mal en point. On est plus forts à trois. À trois différences qui sont une richesse. Faire partie de ce groupe m’a beaucoup apporté, beaucoup plus que je ne pensais… »

Un projet dont le concept aurait pu paraître angélique, modelé aux bons sentiments ? « C’est la crainte que nous avions, répond le prêtre-chanteur. Ce vivre-ensemble que nous chantons est tout sauf angélique. On sait bien que l’on ne va pas changer le monde. Mais il faut bien que quelqu’un commence à l’ouvrir » vers l’autre…

Depuis quatre ans que le projet a été initié, les choses ne s’arrangent pas mais je reste optimiste : on n’a pas le choix »

Philippe Darmon, chantre

Philippe Darmon, le rabbin, explique pour sa part que cet album a la volonté « de participer à un apaisement nécessaire dans la société et veut montrer une autre image de la société française. Et on en a bien besoin : depuis quatre ans que le projet a été initié, les choses ne s’arrangent pas mais je reste optimiste : on n’a pas le choix ». Parce que le monde est pris en « otage » d’un « carnage », plaide encore le titre Et Dieu dans tout ça

Si des petits projets comme le nôtre émergent, on peut faire de grandes choses. C’est une belle initiative, saine »

Farid Abdelkrim

Quant à Farid Abdelkrim, son parcours est peu banal. « On va casser la baraque avec ce groupe ! » plaisante ce comédien, humoriste et médiateur carcéral. « Je n’étais pas dans le projet initial mais je suis très content d’y être ». Ce dernier a passé 20 ans chez les Frères musulmans, un mouvement dont il n’a pas été facile de sortir. Aujourd’hui, il intervient dans les quartiers et en prison. Il formule : « On a dit qu’il faut faire de la prévention de la radicalisation, je dis : il faut radicaliser la prévention…!«  Il valide le projet musical. « Si des petits projets comme le nôtre émergent, on peut faire de grandes choses. C’est une belle initiative, saine. » 

Avant ce projet, les trois chanteurs ne se connaissaient pas. Rien ne les prédestinait à se rencontrer. Mais le trio Ensemble, du nom de ce groupe atypique, parle à chacun. Il chante l’oecuménisme. L’humanité. Ces trois chanteurs, un musulman, un juif et un chrétien ont réussi à en faire un symbole interreligieux, conciliant musique et foi. Ce qui par les temps qui courent n’est pas une mince affaire.

Il fallait que les chanteurs soient touchés par le projet et qu’ils soient eux-mêmes. Ce qui est le cas »

Christophe Casanave, auteur de trois chansons
Le Sétois Christophe Cazanave. DR.

C’est un Sétois Christophe Casanave qui a puissamment participé à sa conception, conçu les arrangements, l’orchestration et écrit la musique de trois des 11 chansons de l’album : Pour le Ciel (paroles de Marc Lavoine), On Court et à l’Unisson. « Ça a été très compliqué de former ce trio, explique-t-il ; on a mis trois ans parce qu’il fallait qu’ils chantent bien tous les trois, qu’ils soient de trois religions différentes et qu’ils veuillent chanter ensemble. Certains voulaient le faire mais ne chantaient pas bien ; d’autres voulaient faire semblant de chanter… Il fallait que les chanteurs soient touchés par le projet et qu’ils soient eux-mêmes. Ce qui est le cas. » Les autres chansons de l’album sont, entre autres, des reprises  de Françoise Hardy (Mon amie la Rose), Michel Berger (Chanter pour Ceux), Michel Fugain Bravo monsieur le Monde) et Indochine (J’ai demandé à la Lune). Ou encore Julien Clerc (Utile).

On voulait véhiculer un message positif, sur le vivre-ensemble, la tolérance… C’est parti de là… »

François Troller, à l’origine du projet

Producteur du disque et attaché de presse (Cali, les Frangines…), François Troller confirme et précise le contexte qui a présidé à ce projet : « On avait perdu des amis dans l’attentat du Bataclan… Il y a eu l’assassinat du Père Hamel… On s’est dit : on est dans la musique, qu’est-ce qu’on peut faire ? On voulait véhiculer un message positif, sur le vivre-ensemble, la tolérance… C’est parti de là… »

Christophe Casanave confie qu’il est devenu musulman il y a dix ans, sans être méthodiste. Que la lecture du Coran l’a « totalement apaisé » ; qu’il est « hyper remonté contre les extrémismes. L’islam est une religion de paix ». Ce qui l’intéresse c’est « la spiritualité. Ce trio, cela fait quatre ans que l’on y travaille ». Entre les attentats, le terrorisme et les attaques contre la laïcité et les appels à la haine, il tombe bien. « 99 % des gens veulent vivre en paix… » Aidons-les…!

Olivier SCHLAMA

  • (1) On peut trouver l’album dans les Maisons de la Presse et aussi sur les plate-formes de téléchargement. Voici le lien pour l’ensemble des plate-formes
  • Le Con qui S’adore, est une autre actualité de Christophe Cazanave. C’est le nouveau duo  écrit pas le Sétois pour la chanteuse Najoua Bélizel et le chanteur Bel-Mondo qui vient de s’enrichir d’un clip magnifique.  Le thème : les femmes battues. Extrait de paroles : Au Conquistador : con qui s’adore ; Au matador : mate à mort… » À l’heure du reconfinement, où les coups redoublent, la chanson et son clip prennent une dimension salvatrice. « Cette chanson existait déjà sur l’album Rendez-vous avec la lune. On voulait proposer une version avec un duo…. », dit l’auteur.
  • (1) le clip du Con qui s’Adore de l’album… ICI

En chanson avec Dis-Leur !

Et des articles sur le terrorisme…