Sauveteurs sans frontières : Au secours des secours !

Très vite, l'organisation a pu s'appuyer sur 500 secouristes dont une vingtaine professionnels capables d'intervenir rapidement sur les plus grands théâtres d'opération, à l'instar du premier tsunami en Indonésie. A chaque intervention dans une partie du monde en souffrance, les secouristes d'SSF sont équipés de kit de secours. Photos : Sauveteurs sans Frontières.

Laurent Issenjou est directeur général bénévole d’une ONG franco-israélienne : Sauveteurs sans frontières, dont la marque de fabrique tirée de l’expérience israélienne, est d’intervenir très vite sur les lieux d’un drame, d’une catastrophe naturelle ou d’un théâtre de guerre. Mais elle promeut également, via une application smartphone inédite, la mise en relation entre secouristes bénévoles et victimes des drames de la vie quotidienne (arrêts cardiaques, accidents…). Une Biterroise, Corine Rouffi, aimerait établir à Béziers une antenne de SSF qui en compte deux en France à Paris et Marseille.

Sauveteurs sans Frontières est une ONG atypique. Raccourcir le temps d’arrivée des secours pour sauver plus de vies, telle est la mission que s’est fixée cette ONG. Les secouristes de SSF sont intervenus sur de nombreuses missions de secours d’urgence, entre autres au Sri Lanka, en Thaïlande, au Népal, en Israël et dans les Territoires Palestiniens, en Birmanie… Arié Levy, president de cette ONG, dont le gala annuel servant de campagne de dons est très couru par de nombreuses stars, explique son fonctionnement et son champ d’action. « On ne peut faire tout ce que l’on fait que grâce à la générosité de donateurs que nous sollicitons », entame Laurent Issenjou, DG.

Jadis co-organisatrice de la commémoration de l’Exodus à Sète, en 1997, Corine Rouffi, franco-israélienne, ambitionne de créer d’ici au 1er janvier une antenne de Sauveteurs sans frontières à Béziers avec cinq sauveteurs opérationnels. « Il y a un réel besoin dans la région, explique-t-elle, surtout pour faire de la population des citoyens engagés qui connaissent les gestes qui sauvent. Béziers c’est une ville avec un grand passé humaniste. Et SSF, c’est aussi une vision du monde où il n’y a pas de barrière sociale. Il y aura aussi un groupe à Nîmes sans doute… »  Directeur général bénévole de Sauveteurs sans frontières, Laurent Issenjou dit : « Peut-être y aura-t-il une antenne à Béziers sous la houlette de Corinne Rouffi, enchaine-t-il. Il y a pas mal d’incendies par exemple dans cette zone. Auparavant, il faudra qu’elle s’entoure de sauveteurs et que soient organisées des opérations de sensibilisation et des formations. » Contacté, Arié Lévy, le fondateur de Sauveteurs sans frontières, n’est pas sûr non plus de l’utilité d’une antenne à Béziers. « Des sauveteurs bien formés peuvent suffire. »

« C’est là, dans ce village subissant l’intifada, qu’Arié Lévy prit conscience qu’il fallait que ce soit la population elle-même en quelque sorte qui apprenne les premiers gestes, ceux qui sauvent »

Laurent Issenjou, DG de Sauveteurs sans frontières

Tout débute en 2000. Arié Lévy, le futur fondateur de Sauveteurs sans frontières, se trouve dans un village israélien subissant la première intifada, un village éloigné d’une grande ville et donc de secours suffisants. « C’est là qu’il prit conscience qu’il fallait que ce soit la population elle-même en quelque sorte qui apprenne les premiers gestes, ceux qui sauvent », retrace Laurent Issenjou, directeur général de l’ONG. Depuis, son slogan-fondateur, tiré de la bible, est resté : qui sauve une vie, sauve l’humanité. « Il constitua alors un réseau de bénévoles secouristes aptes à se mobiliser des deux côtés, israélien comme palestinien. Ce qui a d’ailleurs eu pour effet de calmer les tensions sur le terrain. »

« Son action fit tâche d’huile car il voulait sauver un maximum de personnes », avec une marque de fabrique éprouvée, liée à l’expérience de la guerre au Proche-Orient : intervenir le plus vite possible sur les lieux de souffrance, le plus souvent avant les grosses ONG. Très vite, l’organisation a pu s’appuyer sur 500 secouristes dont une vingtaine professionnels capables d’intervenir rapidement sur les plus grands théâtres d’opération, à l’instar du premier tsunami en Indonésie. A chaque intervention dans une partie du monde en souffrance, les secouristes d’SSF sont équipés de kit de secours. « Nous en avons de plusieurs types, précise Laurent Issenjou. Le plus complet, qui réunit défibrillateur et différentes gazes qui coagulent le sang de plaies importantes, etc., coûte 2 600 euros. On a aussi des kits pour des interventions moins lourdes avec attèles, bandages, etc. et là le kit vaut de 250 euros à 1 800 euros en fonction de ce qu’il contient. » D’où l’importance des dons.

Une application smartphone inédite née après les attentats du Bataclan avec pour parrain Romain Sardou

« A chaque fois que nos sauveteurs arrivent quelque part, c’est le chaos, précise Laurent Issenjou. Nous avons 15 antennes – nous avons même une antenne palestinienne sous la direction d’une association israélienne – et à chaque fois nous appliquons la même méthode : on se déploie avec nos kits de secours très complets et adaptés au terrain. Et une fois que les grosses ONG débarquent, on s’en va, en laissant le matériels à des secouristes qui prennent le relais ». Il prolonge : « Dans les pays occidentaux, il n’y a pas les mêmes besoins. En revanche, nous avons créé une application gratuite SSF qui, elle, peut beaucoup servir en France. » Elle ne remplace pas les secours. Elle s’y ajoute.

Explication : je suis accidenté ou témoin d’un accident, j’appuie sur le bouton « J’alerte » de l’application. J’appelle depuis l’application immédiatement les secours publics dont les numéros sont enregistrés. Pendant l’appel, les secouristes près de moi sont alertés par l’application. Le secouriste est alerté du lieu de la victime et de son numéro de téléphone ainsi qu’un itinéraire. Et, à l’arrivée des secours d’état, se termine l’intervention du secouriste non professionnel.

Outre les applications classiques qui permettent au grand public d’apprendre les gestes qui sauvent, certaines ont même le pouvoir de vous mettre en relation avec les secours. C’est le cas donc de Sauveteurs sans frontières qui, grâce à la géolocalisation, donne la possibilité d’alerter les secours d’état tout en vous mettant en contact avec des secouristes, que ces derniers soient professionnels ou bénévoles, à proximité du lieu de l’alerte.

Cette application est née après l’attentat du Bataclan du 13 novembre 2015. « J’étais avec un ami, Romain Sardou, le fils de Michel Sardou. On y a perdu deux amis : Pierro Innocenti et Stéphane Albertini. On s’est dit qu’il fallait que l’on fasse quelque chose. » Tous les deux ont financé cette application unique en son genre qui sauve bon an mal an 10 vies par an. Accidents de la route. Arrêts cardiaques. AVC. La mort qui vous frôle dans le vie du quotidien. Et même les « accidents de vélo, de plus en plus nombreux ; on vend des vélos sans lumière ni dynamo et quand on en installe une, elle fonctionne avec une pile qui un jour se vide sans avertir… »

On compte chaque année sept cents alertes sérieuses et dix vies sauvées en France grâce à l’application SSF »

« Cette appli, reprend Laurent Issenjou, eh bien elle donne à la fois l’alerte et si les secouristes qui sont les plus proches et qui peuvent tout de suite faire les gestes qui sauvent. Savez-vous que les secours d’état mettent entre 7 minutes et 20 minutes pour intervenir ? » C’est en réalité davantage qu’une application. Certes, elle permet de sauver dix vies par an et de répondre à quelque 700 alertes sérieuses mais c’est aussi une plate-forme multi-applications de secours et d’urgence, baptisée You Care Now, à laquelle peuvent participer d’autres ONG. Au Bataclan, par exemple, si cette application avait existé on aurait pu sauver des vies. De nombreux blessés avaient été placés dans des cours d’immeubles… »

Mieux, renchérit Arié Lévy : « Cette plate-forme est multi-pays. Exemple : un sauveteurs de SSF ou d’une autre organisation partenaire peut être alerté d’un accident, un malaise, etc. en Espagne ou à Miami, après que l’appli aura été actionnée par une victime ou un témoin. » Comme à l’accoutumée, Arié Lévy est auprès de la population en détresse, à Eshkol, à proximité des tirs de roquettes du Hamas, lancées depuis la bande de Gaza, dans le Sud d’Israël. Il témoignait au micro de la radio Kan, par téléphone, bien sûr, sur ces enfants qui passent leurs vacances dans des abris aux murs épais de 50 centimètres. « Depuis hier (mercredi), 190 alertes et 23 blessés, consent-il juste à dire sur son compte Facebook.

Jeudi 9 août, au moins 18 Palestiniens ont été blessé dans la ville de Gaza par un bombardement de l’armée israélienne. La veille, trois Palestiniens ont été tués lors d’échanges de tirs entre le mouvement islamiste Hamas qui dirige la bande de Gaza, et Israël. La menace d’une quatrième guerre dans la bande de Gaza depuis 2008 plane sur la région. Hier, vendredi, 2 000 Palestiniens se sont rassemblés pour manifester et brûler des pneus vendredi à l’est de la ville de Gaza, à la frontière avec Israël. C’est dans ce contexte que sont engagées des pourparlers entre Israël et le Hamas, via l’Egypte et l’ONU pour tenter de dissiper le spectre d’une escalade et tenter d’établir cessez-le-feu et trêve durable. C’est désormais plus incertain que jamais.

Olivier SCHLAMA

  • Sauveteurs sans frontières revendique 1 000 secouristes, médecins, ophtalmologues, infirmiers et psychologues équipés de kits de secours performants, 4807 secouristes bénévoles formés par SSF, 14 interventions d’urgence (catastrophes naturelles / guerres), des interventions d’aide médicale dans 17 pays, 15 antennes internationales, + de 16 000 personnes soignées en opération d’urgence sur 10 ans (catastrophes naturelles / guerres) et plus de 55 000 personnes soignées dans le monde (hors catastrophes naturelles)
  • Une vidéo explicative d’Arié Lévy ICI