Chronique : La Marseillaise, reflet de notre histoire, symbole de la nation

La Pologne longtemps soumise au joug de l’Empire Russe ou aux velléités d’expansion prussiennes puis allemandes fait de la Marseillaise l’allégorie d’une libération nationale et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes comme en témoigne le tableau du peintre polonais Waléry Plauszewski, Rouget de l’Isle chantant la Marseillaise. Photo : DR.

Exaltée par la Coupe du monde de football, la Marseillaise, rappelle l’historien Samuel Touron, si elle fut composée à Strasbourg, c’est dans le Midi qu’elle devint célèbre, entonnée à Montpellier lors d’une cérémonie funéraire, elle marque par son rythme, exaltant le Général François Mireur venu coordonner le départ des volontaires du Midi pour le front à la suite de la déclaration de guerre de la France au Saint-Empire et à l’Autriche le 20 Avril 1792.

Faut-il modifier la Marseillaise ? La France doit-elle changer d’hymne national ? Trop sanguinaire, guerrière, raciste, xénophobe, selon de nombreux intellectuels, politiques, journalistes, associations, la Marseillaise véhiculerait des valeurs néfastes et serait le reflet d’une époque révolue, d’une France déchue qui ne mérite pas d’être convoqué ni encore moins célébrée. Allons enfants de la Patrie…, la notion de sacrifice, de défense de la nation, le patriotisme, ces valeurs ne seraient plus actuelles, le sentiment de fierté et d’orgueil national serait incompatible avec la tolérance, l’ouverture d’esprit, la promotion et la défense de la paix. Pourtant, la Marseillaise est bien le symbole de l’unité de la nation, le souvenir du sacrifice de nos mères et pères pour défendre une nation attaquée par l’Europe coalisée contre elle, un hymne à la liberté et à l’émancipation des peuples, un hymne non pas seulement à la France mais au monde.

Écrite à Strasbourg, découverte à Montpellier, chantée à Marseille puis sur les Champs Élysées, la Marseillaise devient le symbole d’une nation unit dans la diversité, animée par la même foi patriotique républicaine face à l’ennemi venu de l’étranger

Si c’est à Strasbourg que fut composée la Marseillaise, c’est dans le Midi qu’elle devint célèbre, entonnée à Montpellier lors d’une cérémonie funéraire, elle marque par son rythme, exaltant le Général François Mireur venu coordonner le départ des volontaires du Midi pour le front à la suite de la déclaration de guerre de la France au Saint-Empire et à l’Autriche le 20 Avril 1792. De Montpellier, le Général François Mireur se rend à Marseille où il entonne le fameux chant qui enthousiasme le club des amis de la Constitution de Marseille, le chant est imprimé et distribué aux volontaires qui le chantent durant leur longue marche les menant à Paris.

Écrite à Strasbourg, découverte à Montpellier, chantée à Marseille puis sur les Champs-Élysées, la Marseillaise devient le symbole d’une nation unit dans la diversité, animée par la même foi patriotique républicaine face à l’ennemi venu de l’étranger pour défendre la monarchie, piller la France et surtout annihiler les rêves de liberté, d’égalité et de justice d’un peuple qui se libère à peine de l’absolutisme monarchique.

Le 14 Juillet 1795, cinq ans après la Fête de la Fédération qui consacre la réconciliation et l’unité de tous les français, la France qui, entre-temps, est devenue une République, adopte la Marseillaise comme « chant national ». La Marseillaise, d’abord entonnée par les soldats français face aux puissances coalisées contre la République en 1792, devient le chant d’une nation qui s’apprête avec l’épopée napoléonienne à diffuser partout en Europe les idées des Lumières, la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes et les valeurs républicaines face aux ennemis de la France fidèles à la monarchie et à l’absolutisme. Si l’aventure napoléonienne se termine mal pour la France, les idées véhiculées par les soldats impériaux et la propagande françaises sont aussi un facteur d’explication de l’émergence du printemps des peuples en 1848, du désir ardent des peuples d’Europe à acquérir la liberté, l’égalité et l’émancipation. Le drapeau tricolore inspire notamment nombre de ces nationalismes comme l’Italie qui s’inspire du drapeau français avec le choix d’un drapeau tricolore vert, blanc et rouge.

Les symboles de la République dont en premier lieu la Marseillaise et le drapeau tricolore trouvent un écho retentissant dans la naissante Europe romantique qui rêve de liberté, d’émancipation et qui est traversée par des nationalismes de plus en plus affirmés »

La Pologne longtemps soumise au joug de l’Empire Russe ou aux velléités d’expansion prussiennes puis allemandes fait de la Marseillaise l’allégorie d’une libération nationale et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes comme en témoigne le tableau du peintre polonais Waléry Plauszewski, Rouget de l’Isle chantant la Marseillaise. Ainsi, les symboles de la République dont en premier lieu la Marseillaise et le drapeau tricolore trouvent un écho retentissant dans la naissante Europe romantique qui rêve de liberté, d’émancipation et qui est traversée par des nationalismes de plus en plus affirmés. Dans ce contexte, le message transmis par la Marseillaise, de sacrifice pour la patrie, d’appel à la liberté et de fraternité nationale trouve un public européen conquis.

La Marseillaise doit cependant faire face aux troubles et à l’instabilité politique du XIXe siècle. Si la Marseillaise est en théorie interdite sous l’Empire qui lui préfère le Chant du départ, elle conserve néanmoins une place de choix dans la mémoire révolutionnaire et républicaine française. Définitivement interdite sous la Restauration au profit du chant monarchique Vive Henri IV, la Marseillaise fait son retour d’abord durant la révolution de 1830, puis dans les barricades parisiennes de la Commune de Paris de 1871 avec la Marseillaise de la Commune. La Marseillaise devient alors le chant des opprimés, de ceux qui n’ont rien d’autre que leur sang à offrir pour la liberté et la patrie. Le retour de la République en 1871 n’est cependant pas synonyme du retour de La Marseillaise comme hymne national, jugée trop émancipatrice et trop subversive, une version édulcorée de la Marseillaise est proposée mais elle ne rencontre aucun succès. En 1877, face au risque d’un retour de la monarchie, la Marseillaise retrouve son statut de chant national ; en 1887, elle redevient officiellement l’hymne national alors que la IIIe République se lance dans une politique de plus en plus nationaliste et patriotique face aux volontés d’expansion de l’Allemagne impériale.

La Marseillaise est, depuis, restée l’hymne national, chantée dans les tranchées, les maquis, les camps de concentration comme l’a très justement rappelé le président Emmanuel Macron lors de l’entrée de Simone Veil au Panthéon le 1er juillet, partout où la France s’exprime et s’affirme, vacille et se relève.

En 1911, alors que tous les français ne s’expriment pas encore dans la langue nationale, la Marseillaise devient obligatoire à apprendre à l’école et elle est bien souvent la première chanson que les enfants français apprennent. La Marseillaise devient alors un facteur d’unité nationale, les petits Languedociens, Bretons, Basques, Auvergnats, Provençaux, apprennent alors dans une langue qui n’est pas celle de « la maison », le sacrifice pour la patrie, pour la liberté, pour la République, les valeurs de fraternité et d’émancipation. La Marseillaise est, depuis, restée l’hymne national, chantée dans les tranchées, dans les maquis, dans les camps de concentration comme l’a très justement rappelé le président Emmanuel Macron lors de l’entrée de Simone Veil au Panthéon le 1er juillet, partout où la France s’exprime et s’affirme, vacille et se relève.

Nombre d’intellectuels et de penseurs de renom se sont élevés contre la Marseillaise en raison de paroles jugées trop engagées, violentes et sanguinaires, appelant ainsi à l’adoption d’un nouvel hymne national symbolisant la concorde et l’amitié entre les peuples. On ne peut cependant que leur répondre que la Marseillaise est partie intégrante du corps de la nation, de l’âme du peuple français, que lorsqu’un français chante La marseillaise, chante à travers lui, le volontaire du midi de 1792, le grognard de Napoléon, le révolté de la commune de Paris, le poilu des tranchées, le résistant à l’occupation nazie, le déporté aux camps de la mort, et que, ainsi, c’est l’esprit français, immuable, qui chante à travers les siècles, à travers les époques, incomparable témoignage du sacrifice de la nation, de l’âme d’un peuple prêt au sacrifice ultime, qui connut des moments de gloire et de peine, des moments d’ombres et de lumières mais qui toujours sut se relever et chanter la Marseillaise.

La Marseillaise n’est pas seulement française, elle est mondiale, elle est humaine, chant de liberté pour les peuples opprimés.

La Marseillaise n’est pas seulement française, elle est mondiale, elle est humaine, chant de liberté pour les peuples opprimés, elle est l’hymne de la Révolution russe jusqu’en 1917 et l’adoption de l’Internationale. Elle est l’hymne des Républicains espagnols qui la reprennent aussi en catalan comme symbole de lutte contre les troupes nationalistes de Franco. Elle est l’hymne du président chilien Salvador Allende avant son assassinat et l’instauration de la dictature de Pinochet soutenue par les américains. Elle est l’hymne des communistes chinois qui, derrière, Mao, lors de la longue marche, luttent contre la colonisation de leur pays et pour des valeurs de liberté et d’égalité. Hymne symbolique érigé en symbole de la nation et de l’émancipation des peuples prêts à verser « un sang impur » pour la patrie, la Marseillaise choque par ses paroles, entraîne par son rythme mais marque inexorablement celui qui l’entend, la chante et la vit.

Samuel TOURON