Canal du Midi : Des jardins de plantes aromatiques méditerranéennes

Despina Polyviou est Chypriote, diplômée en océanographie. Son compagnon, Tristan Berchoux, est ingénieur agronome, docteur en géographie. Photo : DR.

Un couple de trentenaires veut produire à Vias (Hérault) des plantes locales sous forme de tisanes et d’huiles essentielles ; accueillir des touristes dans leurs futures chambres d’hôtes écolos… De quoi mettre en valeur le patrimoine local avec des techniques innovantes et de résilience aux inondations. Ils ont déposé un dossier d’aide dans le cadre des budgets participatifs de la Région Occitanie pour lequel vous pourrez voter.

Despina Polyviou est Chypriote, diplômée en océanographie. Son compagnon, Tristan Berchoux, est ingénieur agronome, docteur en géographie. De leur association est née l’idée de créer un espace pour « apprendre, échanger, se divertir ». Le projet s’appelle Elevant. « C’est l’idée de nous élever par l’éducation en changeant nos modes de vie en étant plus proches de la nature », précise Tristan.

Plus prosaïquement, l’idée de ces deux trentenaires est de créer des jardins productifs de plantes aromatiques et médicinales méditerranéennes, un centre d’activités pédagogiques et des chambres d’hôtes à l’aplomb du canal du Midi, à Vias (Hérault). Pour ce projet, le couple a déposé un dossier d’aides dans le cadre des budgets participatifs de la Région Occitanie pour un montant de 35 900 € précisément sur un total de 86 500 €.

« Trésors naturels »

« L’aide de la Région servira, elle, à acheter une serre écologique ; des outils de jardinage et un motoculteur ; des infrastructures vertes (biorétention, phyto-épuration, toit végétalisé, etc., » souligne Tristan Berchoux qui occupe un poste d’enseignant chercheur à la fondation Agropolis à Montpellier. Le but est de « créer des jardins de plantes aromatiques et médicinales dans lesquels le grand public peut venir et apprendre différentes choses à propos des trésors naturels de notre région occitane, et prendre du bon temps », complète sa compagne.

Ces plantes produites localement seront séchées en tisanes et dans un second temps seront transformées en cocktails d’huiles essentielles »

Tristan Berchoux
Le canal du Midi, à Vias. DR.

Les quelque 50 000 € restants, qui seront en partie issus d’une opération de crownfunding et d’investisseurs seront consacrés, eux, à la rénovation d’un mazet à aménager en chambres d’hôtes écolos donc sis sur le terrain d’un hectare qu’il vont acquérir ; l’aménagement des jardins et un équipement de séchage et de distillation pour fabriquer des huiles essentielles. Le dépôt des dossiers, au nombre de 97, est clos. S’ensuivra dans quelques semaines une présélection des projets avant le vote des internautes en septembre.

Le jardin de plantes aromatiques et médicinales sera ouvert au public qui pourra le visiter. Au-delà, l’idée est de proposer à la vente ces plantes (« une richesse locale à préserver ! »), « une fois séchées en tisanes et dans un second temps de se servir également de ces ressources produites localement pour créer, pourquoi pas, des cocktails d’huiles essentielles ». Pour se protéger du soleil, des moustiques, etc. « Nous sommes par exemple en contact avec un producteur d’amandes locales… » Le tout, avec des « méthodes innovantes » : « Nous voulons utiliser des infrastructures vertes et des techniques de gestion de l’eau de pluie pour améliorer la résilience de cette zone naturelle », régulièrement soumise à des inondations. Mais aussi « des techniques agricoles à faible impact sur la nature pour régénérer les sols et promouvoir la biodiversité », précise Despina Polyviou.

Votre concept original le long du canal du Midi s’inscrit parfaitement dans cette logique en associant nature, économie locale et rencontres artistiques… »

Un internaute
Le Mazet à transformer en chambres d’hôtes. DR.

Après leur avoir proposé de les « guider pour la constitution du permis de construire », la mairie de Vias évoque dans une lettre : « (…) Votre approche environnementale et sociologique contribue à donner à votre projet une dimension très intéressante. » Les internautes qui ont déjà réagi au projet s’illuminent. Exemple : « Notre littoral a besoin de projets innovants et écologiques tels que le vôtre, écrit Jean-Marc. Votre concept original le long du canal du Midi s’inscrit parfaitement dans cette logique en associant nature, économie locale et rencontres artistiques… »

« Impliquer la communauté scientifique »

Le projet est évolutif. Il ne sera pas incongru de voir ce couple organiser des conférences. Il s’inscrit également dans le slow tourisme : « Nous aimerions que ceux qui randonnent le long du Canal du Midi, de Sète à Toulouse, puissent faire étape chez nous ; qu’ils puissent se reposer dans notre environnement, voire qu’ils puissent réparer, si besoin, leur monture », signale Tristan. « En organisant des ateliers et des événements, l’idée est de rassembler les personnes proposent des innovations et des nouvelles idées pour changer les choses, précise . C’est aussi lors de ces événements que nous souhaitons impliquer la communauté scientifique. Le public du littoral occitan sait déjà beaucoup de choses, qu’il est éduqué et informé sur les questions environnementales. En Grèce, nous avons ce proverbe : haricot par haricot, le sac se remplit » Despina Polyviou.

Démocratiser l’accès à la mer

Ces 220 kilomètres de littoral sont un vrai défi. Sont-ils vraiment connectés à cette vaste région Occitanie ? « Dans le cadre d’une étude sur l’économie bleue (une économie maritime durable, NDLR), nous avons constaté que mer et littoral irriguent tout le territoire d’Occitanie. On trouve même des entreprises liées à cette économie maritime à Toulouse et dans d’autres départements l’ex-Midi-Pyrénées. Ça essaime partout. Nous avons aussi une ambition avec le Parlement de la Mer ; nous avons l’ambition de démocratiser l’accès mer, la connaissance des métiers, des loisirs nautiques, etc. », confie Marc Barral, directeur-adjoint de la direction de la Mer au conseil régional et référent sur ce projet budget participatif Mer et Littoral. C’est pourquoi ce nouveau chapitre des budgets participatifs a été ouvert le 10 avril dernier, en plein confinement.

Olivier SCHLAMA

Les budgets participatifs avec Dis-Leur !