Foot, volley, rugby : La révolution « soft »

Pratiquer un sport collectif, même passé 50 ans, n’est pas illusoire. Il y a le soft volley, venu du Japon, le foot marché, importé de Grande-Bretagne, et le touch rugby débarqué, lui, de l’hémisphère Sud. Ces sports, en pleine expansion, mettent en avant les notions de plaisir et la santé davantage que la performance.

Ils ont la même couleur passion que le sport traditionnel dont ils s’inspirent. Parfois même l’intensité. La même envie les anime. Mais ils en incarnent une version allégée. Soft. Pour qu’il n’en reste que la quintessence. Le plaisir. Volley, rugby touch et autres foot marché : ces sports collectifs majeurs se sont dédoublés en un temps record en activités sport-santé. « Plus ludique », moins dans l’esprit compétition, moins traumatisant : le sport plaisir, avant tout. De plus en plus d’adeptes s’y adonnent et souvent, même quand ils ont dépassé la cinquantaine, c’est leur première licence sportive ! Une révolution.

Ces nouveaux adeptes de sports soft en désacralisent la pratique, comme l’explique si bien Julie Milhau, infirmière, ancienne sportive de haut niveau en… natation. Après des années à exécuter les longueurs hypnotisantes, cette Sétoise de 33 ans s’est d’abord mise au volley ball où elle a atteint un niveau remarquable (N3) pour une sportive dont ce n’est pas le sport d’origine. Désormais, elle pratique le soft volley, discipline arrivée tout droit du Japon et qui a essaimé en France, au point que plus de soixante clubs proposent ce sport « ouvert à tous » !

Le soft volley plait parce que quelqu’un qui n’a jamais pratiqué le volley et qui, parfois se croit nul en sport, arrive à s’amuser »

Julie Milhau, pratiquante à l’Arago de Sète.
Ancien pro de volley ball, Tommy Senger fait la promotion du soft volley. à l’Arago. Ph. Olivier SCHLAMA

Julie Milhau donne son ressenti :« Je me demandais si ça allait me plaire. Jouer avec des personnes de tous âges… Et puis j’ai trouvé le soft volley amusant et ludique. Ça plait parce que quelqu’un qui n’a jamais pratiqué le volley et qui, parfois se croit nul en sport, arrive à s’amuser. » Tout est fait pour cela : le ballon, mou, est gros ; le filet, bas (deux mètres au lieu de 2,43 mètres pour le volley traditionnel), le terrain, rétréci, est celui d’un terrain de badminton quand celui du volley est de 81 mètres carrés. On y joue à quatre. « On est moins en échec avec le soft volley. Même s’il commence à y avoir quelques petits accidents, c’est nettement moins traumatisant ; on a beau cogner fort, le ballon amortit tellement la frappe qu’il est impossible de faire mal à un vis-à-vis. Cela reste un sport où l’on se dépense physiquement, même si c’est avec moins d’intensité. C’est plus technique, moins physique. Il y a davantage de tactique. On perd certes un peu la notion de compétition mais au profit du plaisir de jouer et d’échanger… »

Il y a moins d’intensité ; il y a moins de sauts et puis, tout bonnement, c’est rigolo ! »

Christelle Bernou, DTN chargé du soft volley à la FFVB

Traditionnellement, quand on dépasse la cinquantaine, quand les lumbagos vous tétanisent régulièrement, que les séances de musculation ne sont qu’un lointain souvenir, pour se maintenir en forme, on choisit souvent un sport porté, une activité douce, comme le vélo, la natation, la marche, le longe-côte, l’aquagym. Désormais, les « sports co » concurrencent ces sports-santé de référence. Au siège de la Fédération française de volley ball, Christelle Bernou ne dit pas autre chose, à propos d’un vrai engouement pour ce soft volley. « Nous faisons la promotion du soft volley en premier lieu pour que chaque club puisse avoir une offre complète des différentes pratiques, au même titre que le baby volley ou le handi-volley, dit-elle. Car il y avait un déficit d’offres en province. Ce sport plaît parce qu’il y a moins d’intensité ; il y a moins de sauts et puis, tout bonnement, c’est rigolo ! Cela fait moins sérieux que le volley traditionnel. »

Pas besoin de  faire des séances de musculation, de jogging… « Une fois que l’on a passé le cap de se retrouver sur le terrain, on adopte le soft volley. Grosso modo, on compte quelque 1 500 pratiquants purs en France mais c’est sans doute bien davantage. D’abord parce que l’on peut être irrégulier dans sa pratique : on peut venir à sa séance qu’une fois par semaine ou qu’une fois par mois… Si on est déjà licencié en volley traditionnel ou si l’on possède la licence volley pour tous, on peut dans certains clubs participer aux activités du « soft » sans que l’on vous impose une seconde licence. C’est donc difficile à comptabiliser. »

Soft volley : toute sa place dans le sport-santé

Ancien international de volley, ex-joueur de l’Arago de Sète où s’est déroulé un challenge de soft volley en 2019 qui a fait le plein, Tommy Senger abonde : « Le soft volley, qui vient du Japon et qui là bas remplit des stades entiers, a toute sa place dans le sport-santé. Au départ, en 2018, nous avons pensé aux parents qui venaient accompagner leurs enfants et qui ne savaient pas forcément jouer. Beaucoup y sont venus en effet mais aussi des plus de 45 ans. Avec le soft, c’est plus facile et c’est très ludique. Et, en plus, c’est très convivial : il n’y a qu’à constater les apéros et les grillades que ces pratiquants organisent entre eux. Une vraie communauté s’est créée. Et, accessoirement, ces nouveaux licenciés apportent un dynamisme au club. » De la vie. Du renouvèlement. De l’oxygène.

Le foot marché est un vrai sport qui se pratique à différents niveaux, on y trouve d’anciens bons footballeurs qui ont le geste précis, la technique éprouvée. La stratégie y est importante »

Antoine Petitet, de la FSGT.
Photo : FSGT

Malgré ses nombreuses variantes, le foot fait une part de plus en plus grande à sa version « soft ». Cela s’appelle le foot marché. Ou walking foot, comme disent les anglais qui ont inventé la discipline. C’est la vénérable FSGT (Fédération sportive et gymnique du travail) qui a introduit cette nouvelle pratique en France. « C’est un vrai sport qui peut se pratiquer à différents niveaux », explique Antoine Petitet, coordonnateur du domaine de la politique financière. « C’est une façon pour ceux qui  reviennent de maladie de pratiquer un sport ; pour ceux qui commencent à prendre de l’âge de se maintenir en forme, en douceur. Les créneaux durent 1h30 et cela reste un sport. On y sue si on veut y suer. On trouve d’anciens bons footballeurs qui ont le geste précis, la technique éprouvée. C’est un sport où la stratégie est importante. Mais il y a des règles, dont trois fondamentales : interdiction de courir, donc, même sans ballon ; tout contact est interdit et il faut jouer au sol (le ballon ne doit pas s’élever au-delà de la hanche). L’appui, le soutien des coéquipiers est primordial. Le contrôle du ballon aussi. Nous avons des joueurs de 45, 65 et même 70 ans qui pratiquent. Cela touche évidemment un public plus large. » 

En plus des trois pôles existants de touch rugby, Paris, les Bouches-du-Rhône et l’Orne d’autres viennent de se créer : Nice, Toulouse, l’Aude… »

On joue au foot marché avec ou sans gardien. « On a décidé à la FSGT de mettre l’accent sur ce sport en France, confie encore Antoine Petitet, on comptait quelque 250 joueurs réguliers fin 2019 sur quelques pôles établis dans les Bouches-du-Rhône, l’Orne, Paris. Quelques semaines plus tard, on en est déjà à plus de 400 pratiquants avec, en plus de ces trois grands pôles de pratique, de nouveaux comités qui se sont créés à Nice, le Val-de-Marne, près de Paris ; l’Isère, l’Aude, Toulouse, etc. » Le football marché… accélère ! « Ce qui est intéressant de savoir, ajoute Antoine Petitet, c’est que l’on peut mettre l’intensité que l’on veut dans un entrainement. Personnellement, j’en mets beaucoup ; d’autres moins et ça ne gêne nullement le jeu et le collectif. » En plus, « nous imposons l’entrée tournante de remplaçants. » Ce qui repose de fait les « titulaires ». Stages et compétitions réguliers, y compris internationales, notamment à Londres, très couvertes médiatiquement, contribuent à l’engouement et au développement de ce sport. Un effet de mode ? « C’est une autre manière de jouer au foot en mettant l’accent sur certains aspects, comme se créer des décalages… » Et de prendre du plaisir.

Chaque mercredi, une demi-heure de walking foot ; puis, on enchaîne sur du foot classique et on termine par du rugby touché ! »

Joël Delarue, 62 ans, préside une section de la FSGT de Penautier dans l’Aude. Il dit : « On est une bande de copains, d’ex-rugbymen et de footeux. Ça fait 25 ans que l’on court, que l’on fait du sport ensemble. Quand on a su que le walking foot existait, on a essayé. Ça nous a de suite plu. » Chaque mercredi, « on fait une demi-heure de walking foot ; puis, on enchaîne sur du foot classique et on termine par du rugby touché ! « On fait des rencontres à Marseille, Toulouse… Sur 25 licenciés, il y a quatre ou cinq copains de moins de 35 ans puis tous les autres ont entre 45 an et 65 ans. »

A 100 kilomètres de là, sur le même littoral, Philippe Couvidou, 59 ans, a créé le seul club de foot marché de l’Hérault, à Vias, près de Béziers. Il espère être vite rejoint par d’autres. « C’est une façon différente de jouer au foot. Il faut jouer dans les pieds ; anticiper les déplacements, on ne peut pas faire de tête, etc. Quand j’ai essayé, j’ai été séduit. C’est aussi bien que le foot traditionnel sans certains inconvénients. Nous sommes une trentaine et régulièrement nous arrivons à faire trois ou quatre équipes. Il y a un vrai engouement en France. Je me rend régulièrement à Toulouse, Marseille pour échanger sur les bonnes pratiques. Pour garder cette discipline fluide. Nous avons même fait un stage au club de Premier Ligue d’Everton ! »

Nous avons lancé un programme baptisé Avenir Touch Rugby. On en est à 2 000 licenciés. Et ce n’est qu’un début. De nombreux parents qui craignent les chocs et les blessures des plaquages y adhèrent de plus en plus. »

Jérôme Brahim, président de la fédération de touch rugby
Photo : Fédération Touch Rugby

Du plaisir, les minots de trois ans à treize ans qui se mettent au touch Rugby en ont, à en croire Jérôme Brahim, président de la fédération éponyme et de deux clubs (le Stade Niçois Touch Rugby et Lynx Touch Rugby !) qui n’a que 18 mois. Ce prof d’histoire-géo qui officie dans le Var, explique : « Nous avons lancé un programme baptisé Avenir Touch Rugby. On en est à quelque deux mille licenciés. Et ce n’est qu’un début. De nombreux parents qui craignent les chocs et les blessures des plaquages y adhèrent de plus en plus. »

Cela a aussi un autre intérêt : ne pas « dégouter » les jeunes joueurs qui, une fois aguerris et qui auront quand même appris à plaquer dans quelques années, pourront toutefois passer au rugby classique. Parmi les autres avantages qu’avance Jérôme Brahim ce jeu collectif est non violent, et convivial et peut se jouer en mixte. Et il permet, par sa facilité d’apprentissage, de redonner parfois de la vie à des villages. Il cite en exemple celui de Coursegoules (Alpes-Maritimes) qui n’a rien d’autre que son école de rugby soft, qui a donné un coup de fouet à la vie de ses quelque 530 habitants.

Le touch rugby est issu d’un exercice que l’on pratique tous en club : c’est le rugby sans plaquage qui permet de mettre au point la stratégie de jeu de son équipe… »

« En plus, dans notre sport, on n’a pas de catégories d’âges mais de poids », précise Jérôme Brahim. Un enfant qui a 10 ans et qui est fort comme un ado de 15 ans, ne fera de mal à personne. « Le touch rugby est issu d’un exercice que l’on pratique tous en club : c’est le rugby sans plaquage qui permet de mettre au point la stratégie de jeu de son équipe, de ce que l’on appelle la mise en place tactique et des combinaisons. Eh bien nous, on remplace le plaquage par une touche. C’est un sport pour tous qui nous vient du rugby à XIII d’Australie et de Nouvelle Zélande. Là bas ils ont deux saisons dont l’une sans plaquage. Ça se joue à six contre six. Il y a des espaces pour l’attaque. » Ce sport est aussi passé à l’attaque : « De quelques dizaines de licenciés il y a quatre ans, on en est déjà 2 000 dont 400 rien qu’en Paca. » La Touch Occitanie a l’avenir devant elle : « Montpellier est un point d’appui avec son club les Barbarians du Bérange dont l’entraineur est sélectionneur national. » Détection en vue…

Tout le monde veut rester en bonne condition physique

Pourquoi, au fond, selon Jérôme Brahim, ces sports soft sont-ils en vogue ? « La population vieillit, réfléchit ce géographe de formation. Et tout le monde veut rester en bonne condition physique, même tardivement. C’est une tendance profonde. Cette tendance ne concerne pas les jeunes de vingt ans qui, eux, veulent toujours du rugby à fort impact, de plus en plus exigeant, nécessitant une grande technicité. Et puis, c’est aussi la société de consommation qui veut ça. On veut jouer de plus en plus sans avoir à s’entrainer dur, à devoir aller à la salle de musculation… » À chacun, sinon sa minute de gloire, mais de plaisir, quel que soit son âge. Ou le sexe : « Nous lançons bientôt, et c’est une première, un championnat de touch rugby féminin en Provence. » 

Olivier SCHLAMA

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