La rando au sommet : Sportif, hédoniste, dilettante : quel randonneur êtes-vous ?

Pour les vacances de Pâques, les mythiques chemins de Stevenson, de Saint-Jacques de Compostelle, ou encore le GR 10 qui traverse magnifiquement les Pyrénées, de Hendaye à Banyuls (P.-O.), etc., vont résonner des pas de milliers de marcheurs. Selon Atout France, en 2016, 21 millions de séjours ont donné lieu à la pratique de la randonnée (+ 25 % par rapport à 2007). La France et l’Occitanie sont de formidables terrains de jeux pour les marcheurs confirmés ou les néophytes. Le Comité régional du tourisme réfléchit à une plate-forme commune aux offices de tourisme, collectivités et opérateurs privés pour y développer une marque « blanche » que chacun pourra décliner en fonction de sa cible.

« C’est simple : je ne pars jamais en vacances sans mes chaussures de marche ! » Les vacances de Pâques approchent. Et la randonnée sera au menu de cette famille héraultaise, expliquant sa démarche qui n’a rien à voir avec le parti politique majoritaire : « C’est peu cher. C’est totalement dépaysant. Il y a des sentiers partout. On peut le faire en dilettante et en famille. Et c’est avant tout un grand bol d’oxygène dans nos vie pressée de citadins… » La randonnée pédestre est d’ailleurs la première activité sportive des Français en vacances. Selon l’organisme Atout France, en 2016, 21 millions de séjours ont donné lieu à sa pratique (+ 25% par rapport à 2007), soit 9 % des séjours des Français. Caillou dans la chaussure du tourisme de masse.

Et vous, quel randonneur êtes-vous ? Sur les trois marchés étudiés – France, Allemagne, Pays-Bas -, les randonneurs se distinguent, selon Atout France, de la population nationale à plusieurs niveaux : on compte davantage d’hommes, de CSP + et de foyers de trois personnes et plus, des familles, donc. On observe quelques spécificités par marché, « avec des randonneurs plus âgés aux Pays-Bas et plus urbains en France« .

Urbanisation étouffante, besoin d’un retour à la nature, et, à l’image du slow food, une envie de slow tourisme, celui qui prend son temps, contemplatif

En fonction de « l’intensité et de la régularité de pratique », trois profils sortent du lot : les sportifs, qui randonnent au minimum quatre heures par jour et chaque jour. Ce sont des experts. Leur pratique est intense et régulière. Ils aiment découvrir de nouveaux paysages et ont le plaisir de randonner chevillé au corps. Selon Atout France, « ils expriment une recherche d’aventure et d’exploration plus forte, d’immersion voire d’affrontement avec la nature et les éléments, associée à la liberté, l’évasion, voire le dépassement de soi pour les plus jeunes d’entre eux… »

La deuxième catégorie est occupée par des randonneurs « hédonistes », qui marchent, eux, au maximum quatre heures par jour, chaque jour. Ce qui est déjà pas mal quand on sait que les recommandations de l’OMS se fixent à 60 minutes d’activité quotidienne. Et, enfin, les randonneurs « détente », qui s’y adonnent au maximum quatre heures par jour, et ponctuellement durant leur séjour. En France et en Allemagne, les « sportifs » représentent ainsi près de la moitié des randonneurs. Les autres segments se répartis sent à parts égales en France alors qu’en Allemagne, les « hédonistes » ont un poids plus élevé que les marcheurs « détendus ». En France et en Allemagne, les « sportifs » représentent près de la moitié des randonneurs.

La France a de précieux atouts : un réseau de 100 000 km de sentiers de Grande Randonnée, 85 000 km d’itinéraires de promenade et randonnée et des itinéraires mythiques

Sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle… Photo : Dominique André.

Les explications à cet engouement ?  Urbanisation étouffante qui va de pair avec un besoin d’un retour à la nature expliquent l’engouement toujours plus vif pour la randonnée. Et, à l’image du slow food, une envie de slow tourisme, celui qui prend son temps, contemplatif. Au cours des cinq dernières années, 35 % des Français, plus de la moitié des Néerlandais et près des deux-tiers des Allemands ont réalisé au moins un séjour ayant pour motivation principale la randonnée pédestre.

La France dispose de précieux atouts à même d’attirer de nombreux pratiquants : un réseau de plus de 100 000 km de sentiers de Grande Randonnée, 85 000 km d’itinéraires de promenade et randonnée et des itinéraires mythiques, à forte notoriété internationale, tels que le Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle (GR 65) qui s’étire magiquement sur plus de 5 000 km ou l’exigeant GR 20 du Nord au Sud de la Corse. Il y a aussi le GR Pays du Larzac Méridional ; le tout aussi mythique GR 34, le fameux sentier des Douaniers de Bretagne sur 2 000 km, du Mont Saint-Michel à la pointe du Raz. Sans oublier le fameux GR 70, ou Chemin de Stevenson, du nom du célèbre écrivain et grand voyageur écossais : à travers le Velay, le Gévaudan, le Mont Lozère ou encore les Cévennes. Tout un programme sur près de 300 km. Ou encore le GR 10 qui traverse magnifiquement les Pyrénées, de Hendaye, sur la côte atlantique, à Banyuls, dans les P.-O. : 850 km de bonheur. Sans oublier les exceptionnels sentiers littoraux, sur environ 4 600 km et bientôt 6 000 km.

Ce sont moins des raids et des itinérances que des balades à la journée. Il y a une vraie attractivité. Et on le comprend : dès que l’on a quelques jours, on peut se retrouver en pleine nature, sans dépenser trop d’argent. »

Pierre Jézéquel, responsable des activités montagne à l’UCPA

« Il y a tout un tas d’itinéraires de promenades très intéressants (PR) », précise Pierre Jézéquel, responsable des activités montagne à l’UCPA. « Ces promenades et ces randonnées s’adressent au plus grand nombre. Chez nous, on enregistre de plus en plus de pratiquants, de l’ordre de 15 000 par an (dont la moitié dans l’Hexagone), soit une hausse de  3 % à 4 % chaque année. Ce qui y viennent pratiquent de façon soft. Ce sont moins des raids et des itinérances que des balades à la journée. Il y a une vraie attractivité. Et on le comprend : dès que l’on a quelques jours, on peut se retrouver en pleine nature, sans dépenser trop d’argent. » En revanche, pour ces nouveaux adeptes, le bon vieux sentier ne suffit plus.

« Ces néophytes aiment réussir de petites boucles bien tracées, petites randonnées et si possible bénéficier d’un maillage complet avec des propositions d’hébergement, d’hôtellerie, de restauration », précise Pierre Jézéquel. C’est ce à quoi travaille, entre autres, la Fédération des parcs naturels régionaux. « Il faut rendre l’offre davantage « sexy » qu’elle ne l’est aujourd’hui, en y associant par exemple le bien-être et la gastronomie », indique un chargé de mission du parc des Pyrénées-Catalanes. Mais, pour l’heure, seuls deux séjours sous forme de package, sont consultables sur le site du CRT. Or, l’étude d’Atout France identifie un point commun à tous les pratiquants : tous considèrent aujourd’hui la randonnée comme une véritable expérience touristique. « Il convient dès lors, conclut-elle, de leur proposer un parcours-client, fluide et qualitatif de bout en bout, ce qui nécessite un engagement collectif de l’ensemble des acteurs de la filière ».

Le CRT doit-il être point de convergence de sites marchands, voire de poids lourds comme Booking ou Tripadvisor… ? L’idée c’est quand même de garder la valeur ajoutée sur le territoire. « 

Virginie Rozière, vice-présidente de la région Occitanie

Présidente du CRT (Comité régional du tourisme) et vice-présidente de la Région Occitanie, Virginie Rozière acquiesce : « Il y a un vrai boum de la randonnée pédestre mais aussi, même si c’est une niche, équestre et à vélo. Et notre région est un terrain de jeux magnifique. Après, nous avons amorcé une réflexion sur ce que doit être le rôle du CRT. Il doit, certes, répondre à la demande nationale et locale. Mais, doit-il être point de convergence de sites marchands, voire de poids lourds comme Booking ou Tripadvisor ? L’idée c’est quand même de garder la valeur ajoutée sur le territoire. Par ailleurs, notre réflexion nous amène à nous demander s’il ne faudrait pas une marque « blanche » ? Le concept c’est de créer une plate-forme technique commune aux offices de tourisme, à des collectivités et des opérateurs privés et que chacun l’habille ensuite à sa manière. Cela pourra s’appeler Destination Occitanie par exemple pour le CRT et autrement pour un office du tourisme montagnard, etc. » Cela permet de mieux cibler les clientèles. Et de vendre toutes sortes de produits, du séjour, des prestations, comme de la randonnée. « Mais cela ne se décrète pas tout seul. Il faut que les acteurs du tourisme soient d’accord », fait remarquer Virginie Rozière.

Selon Atout France, par ailleurs, il y a de quoi être optimiste : « La marge de progrès encore importante pour imposer la France comme une destination de premier choix en matière de tourisme de randonnée pédestre sur les marchés allemand et néerlandais. »

Olivier SCHLAMA