Sport extrême : Une équipe d’Occitanie championne en… canot à glace !

(Avec vidéos) Samedi, un équipage de la région, le seul existant en France, a gagné, sur le sol gelé de Québec, une épreuve de ce sport extrême. Qui à l’origine était un instrument de survie dans un milieu hostile pour devenir sport traditionnel classé au patrimoine immatériel. Surprenant.

On connaît la pirogue polynésienne qui réclame la force physique et l’engagement mental d’un demi-dieu. Devenue sport authentique après avoir été moyen unique de déplacement entre les îles chahutées par les alizées et la houle profonde du Pacifique. Vous connaîtrez désormais le canot à glace, à l’opposé, inventé au Québec, et extrême. Tout aussi exotique alors qu’ici la température est printanière ! Eh bien, la seule équipe française de ce sport quasi-extrême, composée de deux Sétois, d’un Aigues-Mortais, d’un Montpelliérain et d’un Nantais, vient de remporter, ce samedi, dans la catégorie Sport, juste en dessous de la catégorie Elite, quasi-professionnelle, une course de l’Isle-au-Coudres à la rive gauche du Saint-Laurent. C’est une première, organisée par la fédération québécoise de ce sport.

Nous avons fait plusieurs entrainements par des températures extrêmes : – 17 degrés, par exemple. Ce qui fait davantage en froid ressenti à cause du vent : c’était de l’ordre de – 25 ou – 30 degrés »

Éric Bonijoly

« On s’est entrainés quasiment tous les jours durant notre séjour », témoigne Eric Bonijoly, pompier sétois de 49 ans travaillant à Béziers qui participe à ces épreuves depuis 2009, qui fait par ailleurs partie de l’équipe des rameurs de la Saint-Louis, à Sète. « Nous avons fait plusieurs entrainements par des températures extrêmes : – 17 degrés, par exemple. Ce qui fait davantage en froid ressenti à cause du vent : c’était de l’ordre de – 25 degrés ou – 30 degrés. L’eau du fleuve Saint-Laurent en hiver se situe entre 2 degrés et – quatre degrés, en fonction des effets de la salinité de l’eau et des marées… » Eric Bonijoly ajoute : « Pour tout l’équipage il faut bien sûr une très bonne condition physique ; de l’agilité pour les avants et de la puissance pour les arrières. Et pour le barreur une bonne lecture des condition de glace de courant et de stratégie car en fonction des itinéraires et des choix de course, tout peut se jouer. » Vidéo ICI

Il ajoute : « Sur glace, les Québécois sont plus forts que nous. Nous avons, nous, de bons éléments en rames, et nous avons la chance d’avoir Didier qui est très bon en stratégie de course. Il y a aussi des paramètres à prendre en compte comme la bonne préparation du canot, comme l’emploi des bonnes cires de lustrage. Les Québécois en catégorie Elite utilisent des cires au fluor, très coûteuses. Nous, c’est du fartage classique, comme au ski. » Les canot à glace, eux, sont en kevlar, carbone et résine.

Là bas, c’est un sport national. A la TV, chaque semaine, il y a des émissions sur le canot à glace. Tous les Québécois suivent ce sport avec intérêt. Même quand il fait – 20 degrés, ils sont 10 000 spectateurs à sortir pour assister à une course. »

Didier Voindrot, barreur, et  cofondateur de Cettarames

Le Québec a classé ce sport cette année au patrimoine immatériel et on a inauguré un écomusée sur l’Isle à Coudres. Capitaine et barreur de l’équipe, Didier Voindrot est aussi le cofondateur de Cettarames, association de rames traditionnelles, que les Sétois connaissent bien. Il dit : « Là bas, c’est un sport national. À la TV, chaque semaine, il y a des émissions sur le canot à glace. Tous les Québécois suivent ce sport avec intérêt. Même quand il fait – 20 degrés, ils sont 10 000 spectateurs à sortir pour assister à une course. » Quelles sont les qualités requises pour ce sport exigent ? « Endurance et force, bien sûr », certifie Didier Voindrot qui travaille à Muret, près de Toulouse, pour l’armée.

Quand on a goûté au canot sur glace, on ne peut plus s’en passer. On y retourne ! Il y a des sensations assez inexplicables comme le bruit du canot sur la glace et bien sûr l’adrénaline… »

Le Québec a classé ce sport extrême au patrimoine immatériel de ce pays. En attendant un jour le classement à lUnesco comme les joutes à Sète ! Pourquoi avoir choisi ce sport-tradition ? « Comme on m’a dit à l’époque, une fois que tu as eu la piqûre, tu ne peux plus t’en passer. Quand on a goûté au canot sur glace, on ne peut plus s’en passer. On y retourne ! Il y a des sensations assez inexplicables comme le bruit du canot sur la glace et bien sûr l’adrénaline que cela procure et aussi les supporters qui suivent passionnément ce sport. Nous ne sommes vêtus que d’un combinaison néoprène jusqu’au genou, d’un simple collant de ski de fond et pour le haut du corps d’une veste en softshell et d’une veste de de sauvetage. C’est suffisant vu les efforts que l’on déploie ! », explique encore Didier Voindrot.

Ce sport est très éprouvant : La traversée du fleuve Saint-Laurent, par exemple, un classique qui demande une énergie de tous les instants : « Dans notre catégorie, c’était un triangle de trois kilomètres à faire le plus vite possible, parfois avec un genou à terre et un genou dans le bateau. » Ce sport se pratique à cinq. Hormis Didier Voindrot et Eric Bonijoly, Thomas Capion, lui aussi pompier à Montpellier et Thierry Barthez, moniteur d’aviron à Aigues-Mortes et Gaël Ledu, artisan dans le bâtiment à Nantes, et ex-moniteur d’aviron, participaient à l’aventure.

Seul moyen de survie à l’époque

Avant l’arrivée du moteur, les Amérindiens ont, les premiers, traversé le fleuve Saint-Laurent en canot l’hiver, faisant du portage sur les glaces entre les espaces navigables. Dès le 17e siècle, les premiers colons et les explorateurs ont adopté ce mode de transport pour circuler sur les cours d’eau partiellement gelés. « À l’époque, on faisait tous les déplacements en canot à glace : livraison de courrier, pour transporter les malades, etc. Québec est le seul endroit au monde où ça existe. » C’était le seul moyen de survie dans l’un des endroits les plus hostiles de la planète. Dans les années 1950, quand le bateau à moteur s’est généralisé, c’est devenu un sport de tradition. « On compte peu de pays participants : les USA avec Chicago ; Calgary (Canada) et nous qui sommes en quelque sorte l’Equipe de France. »

Au total, en cumulant toutes les catégories, ce genre d’épreuves compte une soixantaine d’équipes. A Québec, vingt-quatre canots sur glace ont participé à l’épreuve ; samedi, sur l’Isle aux Coudres (ce sont des noisetiers) ils étaient quatorze bateaux. « J’ai découvert ce sport un peu par hasard », confie Didier Voindrot. « Je suis parti en 2003 à Québec après avoir arrêté l’aviron. C’est Annick Arthaud, co-fondatrice de Cettarames, qui m’en avait parlé. J’y suis retourné en 2004 où je me suis imprégné de ce sport. »

Olivier SCHLAMA

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