Exemple de ruralité résiliente : Vielle-Aure, village en… or !

La belle base de loisirs de Vielle-Aure. Photo : DR.

Base de loisirs, halles pour producteurs locaux, salle de spectacle, résidence pour seniors, 950 logements touristiques, etc. Vielle-Aure est un village de 339 âmes qui accueille 3 500 touristes l’été, dont la maire, Maryse Beyrié, marie astucieusement depuis des années écoute, intelligence collective et aides diverses. Reportage.

Il a fallu domestiquer la Neste, cette rivière affluent de la Garonne, réputée indomptable. Mieux, faire avec ses caprices et son impétuosité. Aujourd’hui, c’est presque une canalette ordinaire que l’on croirait de création naturelle. Elle sert de « colonne vertébrale », à une belle base de loisirs de plusieurs hectares. Comme si elle avait toujours existé. Plans d’eau. Aires de pique-nique. Pump track, ce circuit dont raffolent les vététistes… Bientôt une zone « zen » complètera l’ensemble, toujours avec des arbres et de l’ombre. Le tout, sur une ancienne gravière, jadis du plus mauvais effet.

École, office du tourisme, halles refermables, salle de conférence, résidence pour personnes âgées…

Coût total de la base : 1 M€, attention, en multiples tranches et plusieurs années et avec plus de la moitié en subventions diverses. Ce n’est pas tout. On trouve tout dans ce petit village : une école, un office du tourisme, des halles modernes et refermables en cas d’intempéries, surplombées d’une salle de conférence ; une résidence pour personnes âgées, etc. ! À 20 km de l’Espagne et du très sélectif et mythique GR 10, entre 795 mètres d’altitude et 3 091 mètres, au Pic de Néouvielle, à partir duquel s’étend la réserve nationale du même nom.

Halles et salle de conférences ! DR.

Nous sommes à Veille-Aure, à peine 339 habitants à l’année… auxquels il faut ajouter 3 500 touristes l’été. Un budget de seulement 3 M€ et un village équipé comme jamais. Le village est dans le périmètre de la réserve de ciel étoilé du Pic du Midi. Vielle-Aure, c’est vielle-Or ! Maryse Beyrié, la maire, veille sur un village qui se cesse de s’éveiller. Enchaîne réunion sur réunion. Dé-bor-dée. Ce matin-là, c’était un dossier sur une offre de transport à la demande qui s’éternise. Comment régler la note de ce miracle permanent ? Et, surtout, comment le répéter ? Car Vielle-Aure a grandi au pied du plat d’Adet et dans l’ombre de la pimpante Saint-Lary Soulan et sa dynastie « Mir » ; ses beaux hôtels, sa clientèle souvent argentée et sa gentrification d’avant l’heure. N’était un panneau de signalisation de la D 123 on pourrait rater l’embranchement vers Vielle-Aure, village de toutes les surprises qui possède une exclave dans la somptueuse réserve naturelle de Néouvieille. Et une partie de la station de ski du Plat d’Adet.

Il faut être à l’écoute… Dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit. Il n’y a pas de mirage ; après, sur le terrain on s’affine, on s’affûte »

Maryse Beyrié, maire

« Il faut être à l’écoute… Dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit. Il n’y a pas de mirage ; après, sur le terrain on s’affine, on s’affûte », formule-t-elle avec beaucoup de modestie. De la volonté, aussi. Beaucoup. En ce moment, la rue qui mène à Saint-Lary est en plein travaux. On passe ensemble le porche d’une résidence de tourisme. Maryse Beyrié, la maire qui entame son cinquième mandat, s’épanche, fière du travail accompli pour ses administrés : « Avant les municipales, certains sont venus toquer à ma porte pour me demander de rempiler, jusqu’à ma porte ! » Elle ne s’est pas fait prier, elle qui ne croit qu’à la vertu cardinale du partenariat et à l’intelligence collective.

J’ai réussi à imposer, avant la construction, que dans le règlement de copropriété les enfants du village puissent bénéficier de la piscine de la résidence, du coup, les enfants du village savent tous nager… »

Maryse Beyrié, maire de Vielle-Aure (Hautes-Pyrénées). Ph. DR.

Exemple : une nouvelle résidence de tourisme voulait s’installer dans la commune ? Maryse Beyrié donna son feu vert mais obtint une participation sensible du promoteur pour des rappels de l’architecture locale. « J’ai réussi à imposer, avant la construction, que dans le règlement de copropriété les enfants du village puissent bénéficier de la piscine de la résidence » et y apprendre continûment crowl et brasse. Du coup, « les enfants du village savent tous nager… » Une rareté. Maryse Beyrié aime ça, la castagne intellectuelle. Certes, avoir fait l’école supérieure de commerce de Pau, avant de devenir pro dans l’immobilier et de s’occuper de l’office de tourisme de Vielle-Aure est un parcours utile qui l’aide « énormément pour constituer les dossiers de subventions ». Ou comprendre les linéaments administratifs d’un projet. Mais cela ne suffit pas.

Tout se joue dans les détails…

Certes, elle est vice-présidente du conseil départemental des Hautes-Pyrénées et de la communauté de communes qui compte 46 communes pour 7 100 habitants, collectivité très présente avec la Région Occitanie. Ce qui l’aide aussi à doper financièrement ses réalisations. Il y a aussi les 80 000 € de la part de recettes de la station de ski, de quoi mettre « les banques en confiance pour des emprunts… » Il y a aussi une aide de la communauté de communes Aure-Louron et elle peut compter sur une partie des dépenses des occupants de ses 950 logements de tourisme de la commune ! Maryse Beyrié a surtout un un je-ne-quoi de plus. Tout se joue dans les détails : au lieu de choisir comme tout le monde le fonds Fisac, « trop complexe », elle fait l’impasse pour mieux réclamer des aides au conseil départemental, entre autres.

Un parc à la place d’une décharge ; un centre de vacances ; une résidence pour seniors…

La salle de conférence-scène de théâtre. DR.

« Ce que je poursuit,dit-elle avec un regard bienveillant,c’est de révéler le village dans ce qu’il a de patrimoine et d’authenticité. Je le fais par cercles concentriques. Le patrimoine, les ruelles, etc. Maintenant je vais sécuriser les accès à Saint-Lary. » Ainsi en va-t-il de nombreux jardins traditionnels qui y sont encore préservés, caractérisés par des clôtures à barreaudages (à claire voie) en limite de parcelle. Tout ceci confère une grande qualité à ce tissu bâti. Un travail sensible et très particulier a permis de révéler aux ruelles du coeur du village un lien graphique et de caractère que produisaient les anciennes calades. Ainsi en va-t-il encore d’une décharge devenu elle aussi parc. Le même esprit d’escalade lui a fait trouver une issue pour le centre de vacances géré par les Francs et Franches Camarades Eterloup où viennent passer leurs vacances jusqu’à 120 enfants par séjour. « De quoi abonder pour l’ouverture d’une résidence pour seniors de 17 logements avec l’Office public de l’habitat des Hautes-Pyrénées » !

Mettre en valeur l’ex-mine de manganèse

Et encore : en 1921, fermait la mine de manganèse de Vielle-Aure, la Première Guerre mondiale lui a été fatale. Le minerai – qui entre dans la composition de pigments pour vitraux, connaît des déclinaisons pharmaceutiques et sert à renforcer l’acier – a subi à l’époque en avant-première les affres de la mondialisation ne supportant pas économiquement la concurrence de son cousin russe. « De 1848 à 1921, c’était une époque où le village a connu une belle croissance, grâce à cette mine. On a accueilli des Espagnols. L’église avait d’ailleurs été agrandie… Eh bien, j’ai envie de mettre en valeur ce lieu, le rendre accessible au public, sans pour autant en faire un musée… » 

« Quand on n’a pas de moyens, on essaye d’avoir des idées ! »

Réserve naturelle nationale de Néouvielle. Photo : Olivier SCHLAMA

« Nous avons une église romane du XIIe siècle – avec une fresque du XIe siècle -, l’une des premières classées des Hautes-Pyrénées. » Ce n’est pas tout ! On trouve à Vielle-Aure des halles modernes pour producteurs locaux surmontées d’une salle de conférence high tech également dédiée à la culture et au théâtre… Une rareté, là aussi. Méthode, dévouement, écoute. Maryse Beyrié développe son village au maximum de son potentiel. autre exemple : Vielle-Aure a cinq éleveurs d’ovins-bovins. « Je leur ai demandé de ranger leurs matériels en dehors de la commune pour ne pas créer des conflits d’usage. Quand on n’a pas de moyens, on essaye d’avoir des idées ! » dit-elle encore simplement. Mieux : elle est à l’affût de toutes les possibilités.

Vielle-Aure a su garder son identité, tout en proposant une importante offre touristique (…) Oui, on peut parler, là, d’une ruralité résiliente »

Michel Pélieu, président des Hautes-Pyrénées

Président du département des Hautes-Pyrénées, Michel Pélieu l’affirme : « Déjà, Vielle-Aure est située dans une vallée « porteuse » en terme de tourisme, aux portes de Saint-Lary, et dans la dynamique d’une station de ski réputée. Mais elle a su garder son identité, tout en proposant une importante offre touristique. Y ont été créés pas mal de « lits chauds », des résidences de tourisme. Nous avons d’ailleurs fait la même chose chez moi à Loudenvieille (à une dizaine de kilomètres). Et puis, ici comme ailleurs dans la vallée, nous sommes pour une écologie de progrès, un développement avec le respect de l’environnement. » C’est vrai que cette vallée a su globalement capter les richesses. Michel Pélieu consent : « Oui, on peut parler, là, d’une ruralité résiliente. »

La bataille pour l’école, 1er combat de la maire

« Mon tout premier cheval de bataille, ce fut l’école », reprend Maryse Beyrié. Il y a quelques années, par commodité, les derniers élèves de maternelles fuyaient vers l’école de Saint-Lary et y enchaînaient ensuite l’école primaire au même endroit. « Je suis allée voir les parents des huit enfants concernés, un par un. Je leur ai dit : « Si vous continuez, l’école disparaitra. » Je les ai mis en face de leurs responsabilités… » De quoi convaincre l’inspecteur d’académie de maintenir une équipe d’instits. Le maintien de l’école, qui sera reconstruite, c’est la clef de voûte du renouveau du village, de quoi empêcher la déserfication rurale.

DR.

« On a même fait partie dans les années 2000 des toutes premières écoles du département à avoir des tableaux numériques ! », s’enorgueillit Maryse Beyrié. Aujourd’hui, avec ses 120 élèves du CP au CM2 est « stabilisée » et en plus de la piscine, les enfants peuvent parfois croiser quelques joueurs de l’équipe de France de rugby, l’entraineur national ayant succombé avec plaisir à l’invitation de Maryse Beyrié.

Madame la maire retourne à ses dossiers : elle a un projet « bourg centre » où a été retenue vielle-Aure, à boucler…Elle veut créer des appartements communaux à loyers raisonnés ; une médiathèque ; sécuriser les abords de l’école… !

Olivier SCHLAMA

La ruralité, c’est dans Dis-Leur !