Un département en mode start-up : La Lozère invente son avenir

L'Aubrac... "Il suffit d'avoir une paire de baskets pour se retrouver en pleine forêt", souligne Sophie Pantel, la présidente du département. Dépaysante la Lozère mais qui veut en même temps être en mode start-up ! Tout part du plan fibre perme

Plus petit département français, la Lozère lance une stratégie maligne pour enrayer la chute de sa population et dynamiser son territoire : créer les filières économiques de demain là où l’environnement est de toute première qualité. Un data center permettra de créer un écosystème vertueux pour accompagner entreprises et communes dans la transition digitale. Un cluster bien-être-tourisme sera bientôt mis sur pieds. Autres pistes : développer la production de plantes à parfums aromatiques et médicinales en Lozère. Ainsi qu’une filière de porcs de qualité. Le point avec Sophie Pantel, la présidente.

En pointe sur le revenu de base (Aude, Haute-Garonne, Hérault…) ; sur la lutte contre le réchauffement climatique (Gard) ; le sauvetage des stations de ski des Pyrénées, création d’une appli contre le chômage des jeunes (Haute-Garonne), le job dating d’envergure à Paris, l’Aveyron, qui recrute des centaines de postes, etc. Plus que jamais, les départements d’Occitanie sortent du bois face à des métropoles de plus en plus envahissantes, expliquant à l’envi qu’ils sont le meilleur échelon pour comprendre la société et proposer des solutions aux défis de ce 21e siècle.

Présentation de Studio, le laboratoire d’idées qui permet à la Lozère d’inventer ses axes de développement. Photo : DR.

Dernier exemple en date de cette reprise en mains des territoires qui dépasse les plans com, la Lozère. Le plus petit département français (76 700 habitants) a un double défi à relever : stopper l’hémorragie de sa population et mettre au jour in situ les métiers qui lui permettront « d’inventer la Lozère de demain ». Sophie Pantel en est la présidente PS : « Notre premier défi, confie-t-elle, c’est de stopper la perte d’habitants. L’enjeu démographique est le plus important. C’est un vrai problème pour l’accès à nos services publics, pour les collèges remplis avec seulement 80 élèves alors qu’ils sont conçus pour 200… » Sans parler de la baisse des rentrées fiscales liées aux droits de mutation (une taxe payée quand on achète et vend un bien immobilier). Sophie Pantel a eu l’idée de créer il y a dix-huit mois, un laboratoire à idées, baptisé le Studio.

Nous avons recruté des étudiants de haut niveau pour phosphorer et explorer des axes stratégiques pour les dix prochaines années dans un département où la qualité de vie est évidente. Où il n’y a pas de pollution ni de nitrates ! Il suffit d’avoir une paire de baskets pour se retrouver en pleine forêt ».

Sophie Pantel, présidente du département de la Lozère.

Le principe ? « Nous avons recruté des étudiants de haut niveau pour phosphorer et explorer des axes stratégiques pour les dix prochaines années dans un département où la qualité de vie est évidente. Où il n’y a pas de pollution ni de nitrates ! Il suffit d’avoir une paire de baskets pour se retrouver en pleine forêt ». Dépaysante La Lozère mais qui veut en même temps être en mode start-up ! Tout part du plan fibre permettant à tous les Lozériens d’être reliés au haut débit d’ici 2022.

Les étudiantes qui ont planché sur l’avenir de la Lozère. Photo : DR.

Et comme l’outil crée les usages, de formidables opportunités peuvent en découler, notamment dans l’e-commerce. Et c’est naturellement qu’est née l’idée d’un… data center, un centre de données et ordinateurs centraux, baies de stockage informatiques… ! « L’idée, c’est aussi d’arriver à proposer, outre une sauvegarde des données, une filière d’accompagnement digital et des services associés pour les entreprises et les municipalités », précise Vincent Gatin, chargé de mission à Lozère Développement.

L’idée, c’est aussi d’arriver à proposer, outre une sauvegarde des données, une filière d’accompagnement digital et des services associés pour les entreprises et les municipalités. »

Vincent Gatin, chargé de mission.

Et puis, qui dit connexions en hausse et stockage plus massifs, dit besoin en climatisation. « Habituellement, pour refroidir ce genre d’installation, on les installe en bord de mer. Grâce à notre météo, on peut aussi en installer en Lozère. » Le département, qui a déjà mis en route un pôle d’économie numérique, des espaces de coworking et de télétravail, n’exclut pas de porter l’opération ou de coordonner les autres collectivités intéressées par cet outil. Ce n’est pas tout.

Ce Studio-labo a mis un autre thème de développement : le bien-être. Sophie Pantel explique que « l’action du département a permis à tout un tas d’entreprises de se connaître, à des fabricants de produits, style à base de lait d’ânesse ou d’huiles essentielles, de packages touristiques, de villages de vacances, nos deux stations thermales, de se rencontrer… Ils ont d’ailleurs pris la décision de créer un cluster pour valoriser le bien-être en Lozère au sens large !

Développer la production de plantes à parfums aromatiques et médicinales en Lozère. »

Sophie Pantel.

Photo : Bruno Calendini, PER Aubrac.

Un troisième thème est né de ces réflexions poussées : « Développer la production de plantes à parfums aromatiques et médicinales en Lozère », souligne Sophie Pantel. Autour de deux poids lourds que sont Crodarom et Essenguiga, « mais aussi, avec des petits producteurs, comme ceux de la Vallée française, un GIE d’huiles essentielles. Cette nouvelle filière pourrait apporter un vrai complément de revenus à certains agriculteurs ». Delphine Gely, responsable du marketing de Crodarom, basée à Chanac, qui fournit les plus grands noms de la cosmétique en extraits actifs de plantes hydratants, anti-oxydants, apaisants, etc., ne dit pas autre chose.

« Nous sommes certifiés Iso 14001, c’est-à-dire que nous accordons une grande importance à la préservation de l’environnement durable avec la volonté de limiter le recours aux productions à l’autre bout du monde et celle d’apporter une diversification aux agriculteurs français et Lozériens. Nous allons commencer l’expérimentation d’un développement local de plantes en mars. Quatre gros industriels sont avec nous », confie-t-elle.

Deux autres axes de développement ont été identifiés pour la Lozère : l’hydrogène et une filière de porc bio et de qualité.

A ces trois axes de développement, le Département de la Lozère en a identifié deux autres. Dont l’hydrogène. « L’hydrogène sera l’énergie de demain », prophétise Sophie Pantel. Comment fournir l’électricité de base pour la production d’une filière ? « Attention, pas question de faire pousser des éoliennes sur chaque crête. Notre richesse, ce sont nos paysages. Le solaire, pourquoi pas. Peut-être davantage la géothermie. En tout cas, la Lozère, grâce à l’hydraulique, produit deux fois plus que ce qu’elle consomme… » En clair, c’est, quoi qu’il advienne, une bonne élève en matière environnementale.

Si on ne promeut pas cette production, la Lozère deviendra comme la Corse qui importe beaucoup de ses charcuteries soi-disant locales… »

La dernière filière vient combler un manque, celui d’une « production de porcs bio, et de qualité », détaille encore Sophie Pantel. « Il n’y a presque pas de porcs élevés en Lozère, alors que c’est une filière rémunératrice ! Si on ne promeut pas cette production, la Lozère deviendra comme la Corse qui importe beaucoup de ses charcuteries soi-disant locales… » C’est un vrai choix mais Sophie Pantel se dit garante de la qualité. « Pas question d’élevage intensif comme en Bretagne ! » Et de s’attirer les foudres des écolos et d’une levée de bouclier de la population. « Ce genre de production, pas forcément de grande quantité, peut se faire en respectant l’environnement en utilisant de la paille, entre autres. »

Gilets Jaunes et sentiment d’abandon

Et de conclure : « Grâce à la fibre et à ces projets, on pourra continuer à lever la tête. Et puis nos départements ruraux sont l’une des solutions pour demain. On ne va pas continuer à entasser les gens dans des villes polluées qui paient leur logement très cher, où il y a de plus en plus d’insécurité, la crise climatique… On l’a vu avec le mouvement des Gilets Jaunes : les gens se sentent à l’abandon… »

Olivier SCHLAMA