Santé : Elles veulent éliminer le poison de l’assiette des enfants

Nous avons une vocation régionale, revendique Gwénaèle Guerlavais. Nous voulons améliorer l'alimentation des enfants tout au long de la journée. Et pour cela, petit à petit, nous voulons sensibiliser le plus grand nombre", explique la présidente de Ramène Ta Fraise, Gwén aelle Guerlavais, la présidente. Photo : Diana Royer

Ambitieuse initiative citoyenne que celle d’un trio de Montpelliéraines. Elles viennent de créer Ramène Ta Fraise, une association à vocation régionale, qui lutte contre la malbouffe, les mauvaises habitudes et promeut une meilleure alimentation en Occitanie, surtout pour nos enfants. « Pour qu’ils deviennent des adultes en bonne santé. »

Manger n’est pas anodin. Ingurgiter des produits transformés, bidouillés, regorgeant d’un cocktail d’additifs, n’est pas sain. En créant l’association Ramène Ta fraise, officiellement, le 19 octobre 2018 prochain, trois Montpelliéraines veulent lancer une « dynamique » en Occitanie sur le thème d’une meilleure alimentation, notamment de nos enfants « tout au long de la journée ». Car « manger mieux, c’est être en meilleure santé », cela ne « coûte pas plus cher » et ce n’est pas moins rapide », revendiquent-elles. Pour cela, la nouvelle association, dont le parrain est le cuisinier Guillaume Leclère, s’attache à trouver des relais à Nîmes, Perpignan, Toulouse…

« Manger mieux, c’est être en meilleure santé, cela ne coûte pas plus cher et ce n’est pas moins rapide »

Gwénaëlle Guerlavais

Journaliste dans l’âme, rédactrice, animatrice, présidente de Ramène Ta Fraise, l’Héraultaise Gwénaëlle Guerlavais a « pris conscience » que notre alimentation était défaillante « il y a six ou sept ans ». Elle s’est associée dans cette entreprise instructive à Marine Dubois, avocate, membre du supermarché coopératif la Cagette et de la FIMIF qui milite pour valoriser l’industrie française au service du bien commun.

Troisième de l’équipe, Catherine Labrousse, est coach professionnelle. Elle était élue à la mairie de Montpellier de 2008 à 2014, en charge de la… restauration scolaire. Elle a participé, avec les parents d’élèves, à l’introduction du bio dans la restauration scolaire et les circuits courts.

Une jeune femme dynamique, très occupée, qui se demande chaque soir à 19 heures ce qu’elle va pouvoir faire à manger, en ouvrant son congélateur. »

Ramène ta fraise ? ça veut d’abord dire rouspète, quoi. Ne te laisse pas faire. C’est, d’abord en secret, puis au grand jour, ce qu’a fait Gwénaëlle Guerlavais quand elle s’est aperçue il y a quelques années être intolérante à la protéine de lait. Ce qui signifie plus de crème fraîche. Plus de beurre. Ni pâtisseries qui en contiennent…

De fil en aiguille, la jeune femme, maman d’un petit Louis, six ans et demi et de Camille, 4 ans, s’interroge sur l’alimentation familiale. C’est elle, « une jeune femme dynamique, très occupée, qui se demande chaque soir à 19 heures ce qu’elle va pouvoir faire à manger, en ouvrant son congélateur. » Forcément, on y pioche des plats préparés par l’industrie agroalimentaire. Trop sucrés. Trop salés. Avec des ajouts chimiques. Trop de tout, quoi, sauf l’essentiel.

C’est la première fois dans l’histoire moderne que la génération de nos enfants sera en moins bonne santé que celle de nos parents… »

Un roulé à la pâte à tartiner à la noisette, pas du Nutella… « Préparation et cuisson comprises », affirme Gwénaëlle Guerlavais, présidente de Ramène Ta Fraise. L’association milite pour une meilleure alimentation pour nos enfants.

Gwénaelle crée alors un groupe de réflexion avec « dix copines » ; dégaine la fameuse application Yuka, qui connaît un incroyable succès, permettant d’écarter les produits les moins sains de son chariot. Parfois, c’est carrément du poison dans l’assiette que l’on trouve… « C’est la première fois dans l’histoire moderne que la génération de nos enfants sera en moins bonne santé que celle de nos parents… »

Et, il y a un an, « plusieurs parents se sont mobilisés au village des Matelles pour obtenir l’introduction du « bio » dans les repas de la cantine des enfants ». Un succès, dépassant les idées reçues classiques. « On a tout entendu : que c’est soi-disant plus cher ; que c’est un caprice de bobo, etc. Il faudrait à l’avenir bannir également le plastique et éviter de réchauffer les repas à son contact, mais bon… » Mais c’est déjà une première victoire.

Nous voulons sensibiliser le plus grand nombre : des parents aux restaurateurs… »

« Nous avons une vocation régionale, revendique Gwénaëlle Guerlavais. Nous voulons améliorer l’alimentation des enfants tout au long de la journée. Et pour cela, petit à petit, nous voulons sensibiliser le plus grand nombre, des parents aux restaurateurs en passant par les agriculteurs. » Elle maudit à haute voix ces fameux menus enfants qui proposent des inepties à base de nuggets, frites et de glace industrielle aux couleurs acidulées comme dessert…

On demande aux parents que ce fameux goûter soit rapide à avaler et facile à prendre. En gros, c’est soit on prend le temps de goûter, soit on va en récré. Les enfants ont vite choisi… »

Ce qui importe Ramène Ta Fraise, c’est que la prise de conscience s’élabore du petit déjeuner (en bannissant entre autres les céréales industrielles débordant de sucres et de chimie) au dîner en passant par le goûter. « Aujourd’hui, dans nombre d’écoles, on demande aux parents que ce fameux goûter soit rapide à avaler et facile à prendre. En gros, c’est soit on prend le temps de goûter, soit on va en récré. Les enfants ont vite choisi…Or, on peut faire autrement : on peut préparer soi-même des gâteaux délicieux avec de bons produits. »

 

Fabriquer un roulé au chocolat soi-même prend 20 minutes, cuisson comprise… »

Les parents « croient ne pas avoir le choix entre des préparations maison et des aliments « pleins de merde ». Mais ils l’ont pour la plupart. Quand je prépare un roulé au chocolat c’est tout compris 20 minutes et j’en ai pour la semaine. » Bien meilleur et moins stigmatisant que la banane noircie qui suinte au fond du sac ou la pourtant délicieuse et atypique patate douce, cuite doucement au four…

On n’est pas contre aller de temps en temps au McDo mais ce que l’on veut c’est mieux alimenter nos enfants globalement. »

Ramène Ta Fraise n’en est qu’au début du processus. « Attention, ce n’est pas parce que l’on prône le fait maison et de bonnes pratiques alimentaires que l’on ne vit pas dans notre époque, formule Gwénaëlle Guerlavais. On n’est pas contre aller de temps en temps chez McDo mais ce que l’on veut c’est mieux alimenter nos enfants globalement. Il y a beaucoup de choses à imaginer. Par exemple les goûters partagés. » Une sorte de tour de rôles entre mamans pâtissières, moyennant un euro la pâtisserie par exemple.

Nos enfants nous accuseront…

Lors du lancement de l’association, s’amorcera l’idée d’un cycle de conférences. Les spécialistes ne manquent pas et les amateurs de plats appétissants, non plus ! L’un d’eux, le maire de Barjac dans le Gard (1 600 habitants), est un pionnier aux convictions affirmées. Depuis 2006, sa commune propose aux élèves et aux personnels une alimentation plus saine et de qualité ! « Aujourd’hui, la cuisine municipale, dit-il, sert 220 repas par jour avec 68,4% des achats consacrés aux produits bio. » Lors de cette soirée, justement, on diffusera un film-coup de poing : Nos Enfants nous accuseront de Jean-Paul Jaud sur l’expérience de Barjac.

Je suis issu d’une famille pauvre. On n’avait pas de TV, pas de voiture, voire pas de radio. Mais on mangeait des produits sains… »

Edouard Chaulet, maire de Barjac (Gard)

Edouard Chaulet n’oubliera pas de dire que, « bien manger relève aussi de l’hédonisme ». Mais il commence par parler de son enfance. « Cela fait 12 ans que nous confectionnons de bons repas », explique Edouard Chaulet. Je ne sais pas combien ça coûte à la commune. Quand il faut se prémunir des inondations, on monte une digue et on ne demande pas vraiment combien ça coûte. Ben, pour l’alimentation, c’est pareil. Et ça me vient de mon éducation. Je suis issu d’une famille pauvre. On n’avait pas de TV, pas de voiture, voire pas de radio. Mais on mangeait des produits sains. Du jardin. De la viande issue directement de l’élevage. On savait à l’époque tuer les animaux, avec respect. A la commune, on a commencé par embaucher de bonnes cantinières. Désormais, notre cuisine centrale alimente l’école publique, les personnes âgées et même l’école privée. »

S’approvisionner en bio et local, ce n’est guerre plus cher, mais c’est un combat permanent… »

S’approvisionner en bio et en local, c’est parfois une gageure. « C’est un combat permanent. Certes ce n’est guerre plus cher, note le maire PCF de Barjac. Mais c’est un combat permanent. Dans le canton, il y avait 80 paysans début XXe siècle, il n’en reste plus que 22. Et, dans dix ans, ils seront une dizaine… Avec leurs difficultés financières, allez leur parler de changer leurs pratiques… Sinon, on fait aussi appel au maraîchage et on sert du bon pain bio, au levin naturel, meulé à la pierre, s’il vous plaît ! On est obligés de le servir à la tranche sinon, les enfants ne mangeraient que ça. »

Il faut faire de l’éducation populaire, organiser des conférences, apprendre à équilibrer les repas… »

Plus largement, le combat de Ramène ta fraise épouse sa philosophie : « On nous demande de traquer la moindre bactérie et personne ne traque les 30 pesticides sur une pomme. Dans un village à côté, deux enfants sont nés sans mains… C’est comme les dépressions dans le monde agricole, je suis persuadé de l’influence néfaste des perturbateurs endocriniens. Il faut faire de l’éducation populaire, organiser des conférences, apprendre à équilibrer les repas… »

Olivier SCHLAMA

Vous voulez mieux manger ? Votez !

L’initiative de Ramène Ta Fraise ainsi que celles d’autres associations se donnant pour objectif de mieux manger est dans l’air du temps. La région Occitanie et sa présidente Carole Delga sont d’ailleurs fortement mobilisés sur ce thème qui leur est cher. Cette région a même déclaré l’alimentation « grande cause régionale » 2018.

Quelque 55 000 personnes ont répondu à la mobilisation lancée par la Région

Il y eut d’abord un grand questionnaire durant le printemps et l’été derniers sur les habitudes alimentaires, accompagnées de réunions. Selon le comptage de la Région, l’assiette était pleine : 55 000 personnes auraient répondu d’une façon ou d’une autre à cette mobilisation.

Manger local, privilégier les marchés et dépensent entre 100 euros et 200 euros par semaine pour se nourrir

En clair, pour résumer, pas de surprise : les habitants d’Occitanie qui ont répondu au questionnaire mettent en avant des critères d’achat précis. Ils affirment vouloir manger local ou régional (50 %), sain. Et pour beaucoup bio (31 %). De la même façon, ils aiment privilégier les marchés et le commerce de proximité. La qualité (47 %) et évidemment le prix (40 %). La moitié des participants affirment dépenser entre 100 euros et 200 euros par semaine pour remplir leur frigo.

Les habitants appelés à voter dès le 15 octobre

Et à partir du 15 octobre jusqu’au 15 novembre, la Région appelle carrément les habitants âgés de plus. de 15 ans à participer par un vote. Vous pourrez le faire directement sur le site internet de la région ou depuis un bulletin papier à découper sur le magazine de la région.

Région à la pointe, l’Occitanie a aussi lancé l’opération « L’Occitanie dans mon assiette, qui se résume à vouloir apporter 40 % de produits locaux et bio dans les 59 lycées dont elle a la charge.

O.SC.