Vos courses valent de l’or : Des scientifiques cherchent 500 volontaires !

Les gens ne cessent de chercher ce qu'ils doivent mettre dans leur assiette pour ne pas obérer leur santé. La grande distribution vante dans ses rayons de soi-disant productions maraichères... bourrées de produits chimiques ; de vrais-faux marchés de plein air vendent des fruits et légumes poussés en réalité au goutte-à-goutte et hors-sol ; des circuits dits courts font venir parfois leurs productions, en y regardant de près, de très loin ; de nombreux agriculteurs en Amap sont en réalité des vendeurs de paniers garnis sur abonnement... Photo : DR.

EXCLU. Une équipe de scientifiques montpelliérains veut décrypter vos comportements d’achats alimentaires et cherche 500 volontaires pour mener à bien son enquête ! Dès mardi, vous pouvez y participer. Une première en France avec le grand Montpellier comme terrain d’expérimentation. Son but ? Identifier besoins et attentes des citoyens pour proposer des améliorations dans le paysage alimentaire. Premiers résultats, d’ici fin 2018.

« En matière d’alimentation, les gens sont perdus… » concède Caroline Méjean à propos de la difficulté à discerner une alimentation saine. Cette épidémiologiste spécialisée dans la nutrition à l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) de Montpellier fait partie d’une équipe – avec géographe, sociologue…- portant justement un projet singulier : Mont’Panier, une vaste étude sur Montpellier et les communes avoisinantes – de Mauguio jusqu’à Villeneneuve-les-Maguelone, Vic-La-Gardiole ou Mireval (1)  – grâce au soutien de la fondation Agropolis, sur les habitudes alimentaires de ses habitants pour comprendre comment ils font leurs courses. Une première en France qui démarre ce mardi 22 mai.

Les gens ne cessent de chercher ce qu’ils doivent mettre dans leur assiette pour ne pas obérer leur santé. La grande distribution vante dans ses rayons de soi-disant productions maraichères… bourrées de produits chimiques ; de vrais-faux marchés de plein air vendent des fruits et légumes poussés en réalité au goutte-à-goutte et hors-sol ; des circuits dits courts font venir parfois leurs productions, en y regardant de près, de très loin ; de nombreux agriculteurs en Amap sont en réalité des vendeurs de paniers garnis sur abonnement ; des drive de grandes surfaces, hyper-fonctionnels, rompent le plaisir de choisir ses aliments… Sans oublier une foultitude d’applications – comme Yuka, un succès – basées sur des algorithmes (2) et qui n’aident pas vraiment à faire un choix. Et, au milieu de tout cela, des injonctions des pouvoirs publics à mieux manger. A manger sain. Des légumes. Des fruits. Et pendant ce temps l’obésité qui se répand dans la population (ci-dessous). Les consommateurs ont depuis longtemps perdu leurs repères…

Où faisons-nous nos courses ? Quels aliments achetons-nous ? À quel prix ? Marché, supermarché, supérette, internet…Quelles différences ? Quels modes de transports utilisons-nous pour faire les courses alimentaires ? »

Pour que les gens soient moins perdus, dès ce mardi, des scientifiques du Cirad et de l’Inra lancent donc une recherche publique participative sur l’alimentation avec le concours de la population de Montpellier et des communes avoisinantes. Il s’agit de répondre à des questions telles que : où faisons-nous nos courses ? Quels aliments achetons-nous ? À quel prix ? marché, supermarché, supérette, internet…quelles différences ? Quels modes de transports utilisons-nous pour faire les courses alimentaires ? Ce n’est pas une enquête d’opinion, comme vient de le lancer le conseil régional d’Occitanie. Encore moins une étude de marché d’une quelconque enseigne.

L’originalité de cette recherche sur l’alimentation est d’étudier les liens entre le paysage alimentaire – proximité et diversité des magasins d’alimentation, des marchés, des jardins partagés (3), etc.- et les pratiques alimentaires (comment on s’organise pour faire les courses, quel budget on consacré à son alimentation, quels sont les lieux fréquentés, etc.) « Notre étude a aussi pour but  de déterminer le rôle relatif du paysage alimentaire sur nos achats, par rapport aux déterminants individuels (âge, sexe, revenus, …) Quelle est la part du choix personnel face à l’offre commerciale proposée dans son environnement immédiat ? L’objectif est d’identifier besoins et attentes des citoyens pour proposer des améliorations sur le paysage alimentaire du grand Montpellier. L’étude se déroulera par questionnaire internet jusqu’au 15 décembre 2018.

Distance, préférences d’achat, styles de magasins ou de lieux d’approvisionnement de courses fréquentés – épiceries, Amap, marchés, et même drive ou livraisons à domicile, etc.- structure du foyer, revenus, géographie… Tout sera passé en revue. « Si des déséquilibres nous apparaissent, comme des familles monoparentales, nous pourrons compléter avec des visites de terrain auprès de celles-ci via des associations », détaille Caroline Méjean.  « Nous voulons étudier les pratiques des habitants d’une zone urbaine donnée, précise l’épidémiologiste. On aimerait que cinq cents ménages nous aident pour réaliser cette étude. »

On ne roule pour personne. Ni la Métropole ni une quelconque autre collectivité. Mais cette étude vise également à donner des « billes » à l’action politique au sens noble du terme sur l’alimentation. Nous espérons pouvoir proposer des pistes et de recommandations pour l’aménagement du territoire. »

Caroline Méjean, épidémiologiste à l’Inra

Dans un premier temps, les volontaires pourront s’inscrire sur un site internet dédié où de nombreux paramètres seront demandés : le lieu d’habitation, est-on davantage tournés vers le hard discount ou pas, etc. Ensuite, pour les plus fidèles, « nous leur demanderons de collecter tous les renseignements sur un mois d’achat en gardant les tickets de caisse ou en les notant sur un carnet d’approvisionnement pour ceux qui ne donnent pas droit à un ticket, le pain, par exemple. A travers ce questionnaire, nous espérons analyser leur comportement d’achat. Ce qui nous donnera des indications sur les achats alimentaires d’une population donnée. Sur leurs influences. Nous voulons identifier les leviers pour permettre d’agir. »

Des billes pour l’action politique au sens noble du terme

La scientifique poursuit : « On entend beaucoup parler de déserts alimentaires dans certains villages. Est-ce qu’il faut vraiment que leurs maires se battent tous pour garder tous leurs commerces alimentaires si, par exemple, il y a une grande surface à quelques kilomètres de là ? Est-ce que la présence de marchés incite les habitants à y acheter ? Ou bien, au contraire, est-ce que la proximité est un moteur fort ? « On ne roule pour personne. Ni la Métropole ni une quelconque autre collectivité. Mais cette étude vise également à donner des « billes » à l’action politique au sens noble du terme sur l’alimentation. Nous espérons pouvoir proposer des pistes et de recommandations pour l’aménagement du territoire. »

Accessoirement, cette étude inédite de comportement mettra en relief  la façon dont les gens se déplacent pour faire leurs courses et quels sont des modes de transports privilégiés. « On pourra même calculer leur empreinte carbone de leurs déplacements ! »

Des prémices de résultats ont déjà été obtenus qui doivent être confirmés par cette enquête : une première cartographie du paysage alimentaire a mis en évidence que de nombreux quartiers du grand Montpellier sont dépourvus de commerces alimentaires de proximité. Par ailleurs, un relevé des premiers prix de certains aliments montre de grandes différences selon les magasins.

Sensibiliser et éduquer ça ne suffit pas : il faut agir sur l’environnement commercial. C’est comme le vélo : vous pouvez encourager sa pratique, elle ne se développe que s’il y a des pistes cyclables et donc si les normes sociales changent. Nous allons d’ailleurs étudier de près les achats sur internet et les livraisons à domicile ou dans le quartier pour voir ce que cela change pour le consommateur, y compris dans leur vie sociale »

Nicolas Bricas, socio-économiste au Cirad

Cet appel au volontariat s’inscrit dans un programme plus large, commencé l’année dernière par de larges entretiens qualitatifs poussés menés « avec des consommateurs du grand Montpellier ; nous leur avons même demandé de prendre des photos de leurs courses et de les commenter en leur demanda,nt à quoi ils étaient sensibles », confie Nicolas Bricas, socio-économiste au Cirad et titulaire de la Chaire Unesco alimentation du Monde à Montpellier. « Les critères de la proximité et du prix ne font pas tout. Il y aussi l’ambiance du magasin, si l’on y rencontre le même genre de gens, etc. On sait aussi que si un magasin bio s’installe près de chez soi, on peu y prendre ses habitudes plus facilement. »

Le socio-économiste poursuit : « Nous aurons analysé les résultats d’ici l’année prochaine. » Cette méthode est-elle réplicable partout en France ? « C’est une première dans l’Hexagone. On va voir. On va analyser les résultats. Il y aura peut-être des choses communes à d’autres villes comme Toulouse, Narbonne ou Béziers, mais la situation de Montpellier avec un large choix de grandes surfaces en périphérie n’a rien à voir par exemple avec Paris qui propose des petits supermarchés et de nombreuses boutiques intra muros et pas forcément beaucoup de grandes surfaces en périphérie. »

Se synchroniser avec le reste de la société

« Il y a tellement de choix pour faire ses courses que ça en est angoissant« , valide Nicolas Bricas, sociologue partie prenante de l’enquête. Aujourd’hui, les différentes propositions – drive, primeurs, marchés… – se combinent davantage qu’elles ne se concurrencent. « Sensibiliser et éduquer ça ne suffit pas : il faut agir sur l’environnement commercial. C’est comme le vélo : vous pouvez encourager sa pratique, elle ne se développe que s’il y a des pistes cyclables et donc si les normes sociales changent. Nous allons d’ailleurs étudier de près les achats sur internet et les livraisons à domicile ou dans le quartier pour voir ce que cela change pour le consommateur, y compris dans leur vie sociale. »

Et de poursuivre : « Faire ses courses, ce n’est pas seulement acheter des aliments mais aussi se synchroniser avec le reste de la société, se retrouver avec la foule, faire comme tout le monde… Beaucoup de maires de villages ont remis un marché paysan, ce qui amené un café, un resto, etc., et a redynamisé la vie sociale. » De la même manière, « de plus en plus de villes, notamment en France, veulent se saisir de la qualité alimentaire en y faisant revenir l’agriculture, en créant des jardins partagés, en agissant sur la qualité des repas dans les cantines pour sensibiliser les adultes de demain… »

Olivier SCHLAMA

  • Vous voulez vous porter volontairerendez-vous ICI
  • (1) Les communes concernées par l’étude sont : Assas, Baillargues, Beaulieu, Castelnau-le-Lez, Castries, Clapiers, Combaillaux, Cournonsec, Cournonterral, Fabrègues, Grabels, Guzargues, Jacou, Juvignac, Lattes, Lavérune, Le Crès, Mauguio, Mireval, Montaud, Montferrier-sur-Lez, Montpellier, Murviel-les-Montpellier, Palavas, Pérols, Pignan, Prades-le-Lez, Restinclières, Saint Aunès, Saint Brès, Saint Clément de Rivière, Saint Drézéry, Saint Gély du Fesc, Saint Géniès des Mourgues, Saint Georges d’Orques, Saint Jean de Védas, Saint Vincent de Barbeyragues, Saussan, Sussargues, Teyran, Vic-la-Gardiole, Vendargues, Villeneuve-lès-Maguelone.
  • (2) Les algorythmes de Yuka sont capables de déchiffrer les étiquettes à l’ingrédient près et débusquer un taux de sucre trop important ou trop de graisses saturées, etc., d’un produit une fois scanné. L’application propose des produits de remplacement plus sains mais ils sont  incapables de tenir compte des aliments-plaisir et de leur combinaison. Accessoirement, on ne connait pas le pédigree des inventeurs.
  • Yuka se base néanmoins sur le système Nutri-score, testée sous l’ex-ministre de la Santé Marisol Touraine pour un meilleur étiquettage des produits et qui suscita de nombreuses polémiques. Un projet auquel avait participé Caroline Méjean et qui est  en fonction depuis.
  • (3) Une thèse est en cours sur les jardins partagés, soutenue par la fondation Agropolis. Dis-Leur vous en a parlé ! C’est ici pour lire l’article sur le Facebook des jardiniers 

L’obésité en question en Occitanie

« La proportion des adultes obèses est en augmentation dans la région Occitanie depuis 1997 suivant la même tendance à la hausse qu’en métropole », souligne Caroline Méjean. En  ex-Languedoc-Roussillon, la prévalence de l’obésité (fréquence de nouveaux cas à un instant donné) est en augmentation, passant de 14,2 % en 2009 à 15,6 % en 2012, la moyenne étant de 15 % en France. (Source : enquête OBEPI 2012, interrogeant les adultes). En ex-Midi-Pyrénées, le taux d’obésité a diminué passant de 13,6 % en 2009 et 11,6 % en 2012, ce taux figurant parmi  les moins élevés de France. »

Par ailleurs, l’Occitanie se situe au cinquième rang des régions à faible mortalité prématurée, essentiellement cancers et maladies cardiovasculaires. La prévalence standardisée en Occitanie (4,4 %) est inférieure à la moyenne nationale (4,7 %) : dans l’ex-région Languedoc-Roussillon, la prévalence est égale à la moyenne nationale (4,7 %), dans l’ex-région Midi-Pyrénées la prévalence est nettement inférieure à la moyenne nationale (4,2 %).