Ruralité : Selon une étude, 92 % des français expriment un « désir de campagne »

Promenade en couple dans les champs dans l'Albigeois... Une forme de vie rêvée pour beaucoup de français... Photo Pascale WALTER - Tarn Tourisme

« La volonté de penser et consommer local, la prise de conscience écologique, l’expérience du télétravail donnent un rôle majeur aux territoires ruraux, acteurs-clefs d’un nouveau modèle de développement durable et répondant aux aspirations de la société (…) une mobilisation gouvernementale forte pour préparer l’après crise et accompagner les transitions à l’œuvre » est nécessaire, souligne Dominique Marmier, président de Familles Rurales.

La fédération nationale Familles Rurales publie  une étude réalisée 2021 par l’Ifop et baptisée « Territoires ruraux : perceptions et réalités de vie. » Il en ressort que « 92 % des français trouvent le monde rural attractif et agréable à vire. »

La volonté de s’éloigner des « grands centres urbains »

Le Mouvement, fort de ses 160 000 familles adhérentes et de ses 2 200 associations implantées dans les territoires ruraux et péri-urbains, a voulu ainsi « objectiver, après un an de crise sanitaire, les représentations des français sur le monde rural, comprendre les conditions de son développement et son rôle dans les transitions écologique et numérique à l’œuvre et mieux appréhender les attentes de ses habitants ».

Loin de la ville… Photo D.-R.

Premier constat : l’année écoulée de crise sanitaire a poussé à la hausse l’attrait pour la campagne. À 94 % (+9 points), le grand public considère que le monde rural « gagnerait à être mieux connu » et 92 % (+20 points) qu’il est « agréable à vivre. » Et les français sont  72 % à exprimer la sensation que « le monde rural connaît un renouveau », (+ 29 points). « La crise sanitaire semble avoir renforcé le souhait d’une partie de la population, en quête d’une meilleure qualité de vie, de s’installer en dehors des grands ensembles urbains » commente Dominique Marmier.

De leur côté, les ruraux semblent très heureux de leur lieu vie : 97 % estiment qu’il est préférable de vivre à la campagne et 63 % d’y vivre et d’y travailler. Ainsi, sur l’ensemble de l’hexagone, la qualité de vie (71 % du grand public ; 75 % des ruraux), le calme (55 % ; 60 %) et le contact avec la nature (43 %, -2 points ; 51 %) sont clairement identifiés comme les atouts du monde rural.

Un regret : la disparition progressive des services publics

En dépit de cette image positive, des faiblesses demeurent et la nécessité d’agir en
faveur de la ruralité ne faiblit pas. « L’étude Familles Rurales Territoires ruraux : perceptions et réalités de vie, également réalisée avec l’Ifop en 2018, avait déjà montré, avec des chiffres inédits, un mouvement de renouveau des zones rurales, fortement contrebalancé par le manque de services publics et la réalité d’un sentiment d’abandon ancré dans la population », précise Dominique Marmier qui souligne que « la reconquête des zones rurales est au cœur de la construction d’un nouveau modèle de développement, plus durable et répondant aux aspirations de la société… »

Aujourd’hui encore, on constate en effet que le déficit de services publics est le principal frein identifié par le grand public pour s’installer en zone rurale (64 %). D’autant que la situation sur place ne semble pas s’améliorer : 52 % des ruraux considèrent que leur commune ne bénéficie pas de l’action des pouvoirs publics (contre seulement 27 % pour l’ensemble des Français).

De manière générale, les ruraux déplorent la disparition progressive de l’Etat dans leurs territoires et à travers lui la matérialisation de la solidarité nationale. L’état de l’accès aux services publics semble particulièrement inquiétant, plus de 6 ruraux sur 10 ayant la sensation qu’il s’est dégradé (61 %).

C’est ainsi que, sans surprise, les priorités d’actions pour l’avenir du monde rural concernent ces mêmes services publics : la lutte contre la désertification médicale (52 %) et scolaire (37 %) ou le manque de services sociaux (34 %) et l’insuffisance de l’offre de transports (55 %).

Fracture numérique, du mieux mais encore des doutes

Mais le pessimisme n’est pas systématiquement de mise. Dans un contexte où de plus en plus d’entreprises généralisent le télétravail, il convient de souligner que les deux éléments pour lesquels les ruraux ont observé la plus nette amélioration au cours des dernières années sont l’accès à Internet (60 % estiment que la situation s’est améliorée) et la qualité des télécommunications (55 %).

En revanche, dans un contexte où de nombreux interviewés ont expérimenté le télétravail, la crainte de pâtir d’une mauvaise couverture internet est en nette progression chez les Français (26%, +8 points ; 23%). L’enquête de l’Ifop montre que près d’un tiers des ruraux (28%) ont connu des problèmes de connexion Internet durant le confinement (contre 22% du grand public).

Dans ce contexte, les ruraux n’en appellent par pour autant au développement de la 5G : 62% d’entre eux se disent favorables à son développement. Mais les habitants des plus petites communes – qui sont les plus sujets aux problèmes de connexion – sont touefois les moins enthousiastes face à la 5G.

Le regard « très positif » des chefs d’entreprises

La campagne ce n’est pas QUE les fleurs et les petits oiseaux… Photo D.-R.

Malgré ces problèmes évoqués ci-dessus, , le grand public plébiscite la vie à la campagne : 80 % estiment qu’il s’agit du cadre de vie idéal. Ce statut étant encore renforcé par « la volonté de penser et consommer local (*), ainsi que la prise de conscience écologique », précise Dominique Marmier.

La proportion de la population générale déclarant souhaiter vivre à la campagne et y travailler augmente (+ 5 %), renforçant ainsi le souhait d’un mode de vie idéal à la campagne à la fois lieu d’habitation et de travail. A condition, bien sur, de ne pas oublier que les coqs chantent et que les vaches, ça sent fort !

Les dirigeants d’entreprise ont un regard particulièrement positif sur les territoires ruraux : 81 % les considèrent « attractifs » et 77 % « en renouveau. »

La conclusion à Dominique Marmier : « La reconquête des zones rurales est au cœur de la construction d’un nouveau modèle de développement, plus durable et répondant aux aspirations de la société. Le réarmement des territoires doit être une priorité pour préparer dès à présent l’après-crise et accompagner les transitions à l’œuvre. »

Philippe MOURET

(*) 54 % des Français déclarent avoir modifié durablement leur façon de consommer et environ trois-quarts des interviewés se disent ainsi prêts à payer plus cher un produit si celui-ci a été fabriqué en France (respectivement 7 5% et 74 %) ou à proximité de leur lieu de vie (respectivement 76 % et 74 %). En cela, la crise de la Covid-19 a joué un rôle d’accélérateur : lors du premier confinement, un quart des Français affirmaient avoir davantage recours à leurs commerces de quartier dans l’optique de les soutenir mais aussi d’adopter une consommation plus locale.
Sondage « grand public » : échantillon de 1 006 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération.  Sondage « ruraux » : échantillon de 1 502 personnes, représentatif de la population française rurale âgée de 18 ans et plus. Même méthose.

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