Pyrénées : Ours, une population et des naissances record

Une ourse et son ourson. À Bordes-Uchentein. Photo : OFB. Équipe Ours, Réseau Ours Brun.

La réintroduction de l’ours est-elle en train de réussir ? En tout cas, il ne faut pas relâcher les efforts, selon l’association Pays de l’Ours-Adet. Autres records remarquables de 2020 révélés par le bilan de l’Office français de la biodiversité tombé ce 31 mars : 16 naissances et 7 morts. Et des attaques de troupeaux en voie de stabilisation.

Pyros, Caramelles, Huala, Mellba, Moonboots, Pépite, Gaïa… Les ours se plaisent dans les forêts pyrénéennes. Ils se partagent quelque 8 200 km2 (2 200 km2 de moins qu’en 2019 mais 800 km 2 de plus qu’en 2018). « Dans les Pyrénées, 64 ours ont été détectés en 2020 [contre 58 en 2019], dont 16 oursons, et on a relevé très peu de dégâts sur troupeaux… » C’est le résumé que fait Alain Reynes, directeur de l’association Pays de l’Ours-Adet, du suivi ours 2020 effectué par l’Office français de la biodiversité. Il ajoute que cette population d’ours est « encore fragile » dans les départements où l’on a recensé cette espèce « en danger critique d’extinction ».

29 femelles, 29 mâles et 6 au sexe indéterminé

L’ours brun a foulé l’année écoulée les forêts des Pyrénées-Atlantique, Hautes-Pyrénées, la Haute-Garonne et l’Ariège en France et en Navarre, Aragon, Catalogne en Espagne et en Andorre. Sur 64 ours détectés, on compte au moins 29 femelles, 29 mâles et « 6 individus de sexe indéterminé », dont 35 adultes potentiellement reproducteurs (23 femelles et 12 mâles), 13 subadultes et 16 oursons de l’année.

Il faut remonter à très loin pour avoir une population aussi importante dans les Pyrénées… »

Des records dans tous les domaines. « Il faut remonter à très loin pour avoir une population aussi importante dans les Pyrénées. C’est un record, ajoute Alain Reynes. Et il faut aussi remonter à très loin – cela n’a peut-être jamais été le cas) pour observer qu’il y a eu également au cours de l’année 2020, 16 naissances. Un record là aussi, le précédent était de 10 naissances. » Et de noter : « Dans l’ensemble, le taux de survie des oursons de l’année détectés est relativement élevé avec un taux moyen d’environ 77 %. »

L’ours Boët Photo : OFB. Équipe Ours, Réseau Ours Brun.

Le directeur de l’association Pays de l’Ours-Adet analyse : « C’est une année de records mais il y a aussi des choses moins bonnes. Sur 64 ours recensés, a minima 7 sont morts dans l’année, ce qui fait plus de 10 % ». Parmi ces 7 ours morts, trois ont été tués. Ainsi que le confirme le rapport de l’OFB : « En 2020, trois ours sont morts de causes anthropiques. Le mâle Cachou empoisonné dans le Val d’Aran au mois d’avril, un mâle de 4 ans tué par balle en Ariège au mois de juin et la femelle Sarousse tuée par balle lors d’une battue au sanglier au mois de novembre en Aragon. Les trois enquêtes en cours ne permettent toujours pas de donner plus de détails et notamment de pouvoir publier le nom de l’ours tué en Ariège. Quatre oursons de l’année sont également considérés disparus même si leur cadavre n’a pas été retrouvé. »

Cela montre aux détracteurs que oui c’est possible d’y réinstaller une population d’ours bruns ; qu’ils se sont adaptés et que ce milieu leur est favorable »

Alain Reynes, directeur de l’Ours-Adet

Les quatre ours qui sont décédés le sont de mort naturelle ou ont fait l’objet d’infanticide. « Cela a pu être le cas de mâles qui, pour s’accoupler à une femelle, ont pu tuer leur ourson. C’est comme cela chez de nombreux carnivores : dès que la femelle n’a plus d’ourson, elle redevient disponible pour l’accouplement. » Alain Reynes va plus loin. Réfutant en creux les critiques des anti-ours. Il explique que cette situation est atypique : « Cela montre aux détracteurs de la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées que oui c’est possible d’y réinstaller une population d’ours bruns ; qu’ils se sont adaptés au terrain et que ce milieu leur est favorable. »

Pas assez d’ours participant à la reproduction

À Bonabé et Melles, Photo : OFB. Équipe Ours, Réseau Ours Brun.

Malgré ce très bon bilan, le combat n’est pas encore gagné. « Malgré l’évolution positive, précise-t-il, ces 64 ours ne constituent toujours pas une population viable. Pour atteindre ce statut (qui est à la fois l’objectif des associations et l’obligation de l’État), il faudra parvenir à un effectif de 50 ours participant à la reproduction, notamment des femelles, et avec une bonne diversité génétique, comme annoncé dans le Plan Ours 2018-2028. » Or, actuellement, seuls dix à quinze ours seulement participent à cette reproduction.

Continuer les réintroductions d’ours

Alain Reynes propose de continuer les efforts de protection et de continuer à relâcher des ours tant qu’il n’y aura pas assez de mâles reproducteurs. « Il faut continuer les réintroductions qui sont absolument nécessaires, note-t-il. C’est indispensable pour continuer à faire grandir cette population en nombre et en diversité génétique. » En conclusion, le bilan est « encourageant mais il faut continuer.  Il ne faut pas dire qu’il ne faut plus rien faire. C’est ce que l’on craint. Et plus on attend et plus il faudra intervenir et réintroduire davantage d’individus car la diversité génétique sera en régression et que cette population d’ours sera à la merci d’accidents ou de problèmes sanitaires ».

369 attaques pour 636 animaux tués dans les élevages

En ce qui concerne la cohabitation avec l’élevage, « le bilan 2020 montre une nouvelle fois l’échec de l’orientation prise par l’État en France basée sur la surindemnisation des pertes de bétail et l’effarouchement des ours », indique encore l’association. « À l’inverse, l’Espagne nous confirme la voie à suivre, celle que les associations de protection de l’ours conseillent en France depuis de nombreuses années. » S’agissant des prédations en France en 2020, l’OFB a dénombré « 369 « attaques » prises en compte par l’État, avec toutefois une forte baisse du nombre d’animaux tués : 636 (1 200 en 2019) car pas de dérochement massif en 2020… »

Et d’ajouter : « En Espagne, les ours sont à l’origine de 46 attaques en 2020, « essentiellement avant la transhumance, car tous les troupeaux sont protégés avec un berger et sont regroupés la nuit dans des parcs avec des chiens de protection pendant l’été. Les efforts de protection paient ! » Et d’ajouter :« Côté français, les expérimentations d’effarouchements, coûteux et dangereux, ne résolvent donc pas le problème des éleveurs. »

Ce bilan annuel intervient alors que le Conseil d’État a annulé, en février dernier, le recours à des tirs d’effarouchement qui avaient été imaginés en 2019 après des attaques supposées de troupeaux de brebis, comme Dis-leur vous l’a expliqué ICI. Par ailleurs, l’Europe met en demeure la France de remplacer les ours tués, conformément à la loi. Pas si simple…

Olivier SCHLAMA

Pyrénées, ours, nature, c’est Dis-Leur !