Environnement : Vivre près d’un parc naturel rend plus écolo

l’influence des parcs naturels s’explique d’abord par le fait que "leurs paysages sont plus sauvages qu’ailleurs, ce qui stimule l’intérêt et la sensibilité à la nature de leurs habitants. Mais pas seulement... Photo : Antoine Bel.

Les Français vivant près d’un des 53 parcs naturels, dont sept en Occitanie, se comportent de manière plus écologique que les autres. C’est le principal enseignement d’une étude inédite de scientifiques du CNRS et de l’Université de Montpellier 1. L’impact direct de ces aires protégées sur les comportements pro-environnementaux des personnes qui y vivent est ainsi prouvé pour la première fois.

La nature déteint… naturellement sur nous. Selon des scientifiques, les parcs naturels, régionaux ou nationaux (1), permettraient de préserver le lien entre humains et nature. Des résultats qui encouragent ces aires protégées à poursuivre leurs actions de sensibilisation, et chaque citoyen à se questionner sur son rapport à la nature. Dix-neuf millions de Français, vivant à moins de dix kilomètres d’un parc naturel, sont concernés, dont 4,4 millions vivant à l’intérieur de ces parcs. L’Hexagone compte 53 parcs régionaux dont sept en Occitanie.

L’un des auteurs, Victor Cazalis est biologiste de la conservation de base au centre d’étude fonctionnelle et évolutive dynamique des paysages et de la biodiversité (Cefe) du CNRS. Il explique l’hypothèse de départ : « On a l’habitude de lire ou de croire constater que les gens sont de moins en moins en contact avec la nature. Parce que devenus, en majorité, très urbains. Du coup, les espaces naturels ne seraient plus que des espaces récréatifs – et encore ils y passent de moins en moins de temps », où l’on vient en balade ou en vacances. On constate que ce comportement  se voit à l’écran dans des films ou des dessins animés. Notre discipline aux confins de la psychologie environnementale, vise, au-delà du constat, de susciter une conscience écolo. »

Nous avons étudié le score dans chaque municipalité par des candidats écologistes à diverses élections puis quel était le nombre d’adhésions à des associations de défense de l’environnement et enfin quelle était la hauteur des dons à ces assos… »

Victor Cazalis, biologiste.
Victor Cazalis. POh. DR.

Victor Cazalis explique la démarche : « Nous nous sommes volontairement limités aux parcs naturels pour tenter de savoir quel est leur effet sur les comportements des Français vis-à-vis de la nature », précise Victor Cazalis qui a travaillé pour cette étude avec Anne-Caroline Prévot, chercheuse en psychologie de la conservation. Pour répondre à cette question, des scientifiques ont étudié trois indicateurs de la conscience écologique de la population : « Dans 16 000 communes de plus de 500 habitants, nous avons croisé trois types de comportements. D’abord, nous avons étudié le score réalisé dans chaque municipalité de France métropolitaine par des candidats écologistes à diverses élections. Puis, quel était le pourcentage de soutien et d’adhésion aux associations environnementales (WWF et la Ligue pour la protection des oiseaux, LPO) et, enfin, les dons aux associations de défense de l’environnement ou la participation au programme de sciences participatives Oiseaux des jardins du Muséum national d’Histoire naturelle et de la LPO. Ces trois paramètres sont considérés comme des indicateurs sérieux et « incontestables » pour analyser les comportements environnementaux d’une population à l’échelle nationale. Ces résultats doivent être publiés dans la revue Biological Conservation.

Plus on s’éloigne de ces parcs naturels, moins les scores sont élevés »

Résultat : « Plus on s’éloigne de ces parcs naturels, moins les scores sont élevés ». En revanche, les Français qui habitent près ou dans un parc naturel montrent un comportement plus respectueux de la nature que la moyenne. Plus précisément, « le score des candidats écologistes est en moyenne 31 % plus élevé dans une commune située dans un parc naturel que dans une ville située à 100 km du parc le plus proche, et le nombre d’adhérents à la LPO y est deux fois plus important », souligne-t-on au CNRS.

Plus écolo près d’une zone protégée ou est-ce que c’est parce que l’on est écolo que l’on vient y habiter ?

La lac de Matemale, magnifié par l’hiver. « Ce que l’on a senti, c’est parfois, des décalages entre les projets que les élus portent ; beaucoup tournaient autour du tourisme et du tourisme hivernal ; et des attentes de la population sur des besoins de mobilité, la question des commerces et de leur saisonnalité, etc. », indique-t-on au Parc naturel régional des Pyrénées Catalanes. Photos : Antoine SEGALEN.

Est-ce que l’on est plus écolo près d’une zone protégée ou est-ce que c’est parce que l’on est écolo que l’on vient y habiter ? En clair, y a-t-il un biais à cause de l’installation régulière de néo-ruraux ?  « Selon déjà la littérature existante, confie Victor Cazalis, il peut y avoir ce genre de comportement mais pour la grande majorité, il s’agit d’une population habitant près de d’un parc et qui a changé de comportement », assure le scientifique. C’est pour cela qu’il faut soutenir les actions de sensibilisation. »

Le salaire joue comme la proportion de retraités

D’autres facteurs peuvent influer sur ces comportements : « Plus une municipalité présente une population importante et au salaire moyen élevé, plus les comportements pro-environnementaux y sont importants, et le nombre de retraités dans une commune. En effet, phénomène étonnant, une ville comportant beaucoup de retraités présente des scores plus élevés d’adhésion aux associations et de participation au suivi du programme de sciences participatives mais dépouille une plus faible proportion de bulletins verts que les municipalités dont la population est en moyenne plus jeune.

Paysages plus sauvages et plus stimulants

Selon les auteurs, l’influence des parcs naturels s’explique d’abord par le fait que « leurs paysages sont plus sauvages qu’ailleurs, ce qui stimule l’intérêt et la sensibilité à la nature de leurs habitants. Mais pas seulement… Il existe un impact direct des parcs, démontré ici pour la première fois à l’échelle d’un pays, sur les comportements pro-environnementaux des personnes y habitant, en raison probablement de leurs actions de sensibilisation vers le grand public (sorties nature, panneaux explicatifs, conférences…).

« Identifier les facteurs nécessaires à l’émergence de comportements pro-environnementaux est de première importance dans une société qui doit réduire son impact environnemental. Tout en invitant chaque citoyen à se questionner sur son rapport à la nature, ces résultats encouragent les parcs naturels à poursuivre et à développer leurs actions de sensibilisation », explique-t-on au CNRS. Les scientifiques souhaitent désormais affiner leurs analyses en évaluant si des différences de comportement se font jour en fonction du type d’élément paysager considéré (montagne, pâturage, distance aux métropoles…).

Les parcs naturels en entreprenant des actions de sensibilisation (panneaux, conférences, sorties…), augmentent ainsi la connaissance et la sensibilité à la nature des habitants et induisent une augmentation des comportements favorables à la protection de l’environnement.

Olivier SCHLAMA