Selon l’enquête annuelle de France Travail, plus de 200 000 promesses d’embauche sont prévues en Occitanie cette année. Depuis Symétrie, leader dans les hexapodes high tech, à Bouillargues (Gard), France Travail dit avoir ciblé onze filières prioritaires, de la santé au nucléaire, en passant par la Défense. Le Médef a rappelé tous “les freins à l’emploi” existants. Et ces 1,4 million de jeunes sans emploi ni formation.
Symétrie. Une idée-pépite développée dans des salles d’un blanc immaculé, dont l’une aussi propre qu’un champ opératoire, sans la moindre poussière ! C’est à Bouillargues (Gard), dans une zone industrielle banale, que la société leader européen sur son marché d’hexapodes, Symétrie, occupe des locaux (7 M€) flambant neufs depuis un an à la hauteur de ses ambitions, qui sont grandes.
Aider les machines d’assemblage ou de précision, y compris pour de grandes firmes et dans des secteurs de pointe. “Nous en fabriquons quelque 150 par an et notre ambition c’est d’en doubler la production d’ici cinq ans. 70 % sont exportés dont 35 % vers la Chine et 25 % aux USA. Parallèlement, nous développons des applications grâce auxquelles on peut déterminer le centre de gravité ou le centre d’inertie d’un objet.” Indispensables dans des secteurs sensibles comme le spatial ou le nucléaire.
Doubler emplois et chiffre d’affaires
Spécialisée dans la fabrication d’hexapodes hautement technologiques et comptant comme clients “la Nasa, Facebook, Google dont leurs nouveaux objets et lunettes sont possibles grâce à nos hexapodes”, dit son cofondateur, Olivier Lapierre, Symétrie réalise un chiffre d’affaires de 12 M€ par an et emploie 50 salariés. Et ambitionne de doubler ces chiffres sur cinq ans (lire ci-dessous). Et, pour cela, satisfaite, elle fera à nouveau appel aux services de France Travail qui a d’ailleurs choisi cette entreprise, ce mardi, en tous points parfaite, pour évoquer les promesses d’embauches annuelles des entreprises en Occitanie.
“Souveraineté industrielle de la France”
Cette entreprise high tech était toute trouvée pour évoquer les besoins de main d’oeuvre (BMO). “Sur 166 970 établissements interrogés en fin d’année, un peu plus de 41 000 ont retourné le questionnaire, soit un taux de retour de 25 %, évoquant “la souveraineté industrielle de la France” et prendre en considération la filière de la Défense. “Ce n’est pas un hasard si nous sommes chez Symétrie”, a précisé Karine Meininger, directrice régionale de France Travail, soulignant le “défi commun à réaliser”. Avec une “approche sectorielle des 11 filières prioritaires en Occitanie” : santé, social, BTP, services à la personne, BTP, hôtellerie-restauration, commerce-distribution, transport-logistique, agriculture, industrie (y compris aéronautique et agroalimentaire), emploi public, numérique, nucléaire, énergies.
“Priorités économiques identifiées”

Et d’exprimer : “Nous changeons d’échelle. Nous avons identifié des priorités économiques auxquelles il faut apporter des solutions en termes d’emplois. C’est pour cela que nous sommes sur le terrain.” Et d’accorder énergie et temps aux “grandes filières stratégiques pour fabriquer des réussites”. Dont la high-tech, comme Symétrie. La philosophie, c’est de miser aussi sur les filières made in France en demande. Comme le nucléaire (100 000 emplois en France) ; l’industrie de la Défense (1) ; l’aéronautique ; l’armée… Avec des pôles reconnus que sont Toulouse, Castres, Montauban, Nîmes, etc. Autant de “leviers pour notre réindustrialisation”.
France Travail “partenaire” privilégié des entreprises
Pour cela, France Travail se mobilise à tous les échelons. Et se positionne comme un “partenaire” privilégié des entreprises. “Neuf entreprises sur dix plébiscitent nos services”, dit-elle. Qui sont variés. France Travail dispose d’une boîte à outils intéressante qui donne de bons résultats : la sélection sur les habiletés, pas sur le CV ; préparation opérationnelle à l’embauche (POE) pour former des candidats dans un métier en tension avec un taux d’emploi de 80 % à l’arrivée ! Il y a aussi l’immersion dans un métier pour le découvrir à travers des stages ; le dispositif Job Chef, originalité 100 % made in Occitanie pour former cuisiniers et personnels de salle ; Stade vers l’emploi… Sans parler des événements et actions spécifiques à l’Occitanie.
“Une entreprise sur cinq prévoit au moins une embauche cette année”

On compte, cette année, selon ce BMO, 200 470 promesses de contrats des entreprises sondées, ce qui représente 9 % des recrutements envisagés au niveau national, positionnant la région Occitanie au 5e rang français, bien au-dessus du niveau national (32 %). Haute-Garonne et Hérault concentrent 42 % de ces projets. “Une entreprise sur cinq prévoit au moins une embauche cette année et 63 % des entreprises d’Occitanie prévoient une hausse de leur activité avec des projets d’embauche et près de la moitié de ces promesses se concentrent dans des entreprises de moins de dix salariés”, s’est félicité Karine Meininger.
En Occitanie, les métiers les plus recherchés sont essentiellement peu qualifiés : agents d’entretien de locaux, aides à domicile, auxiliaires de vie, aides-soignants, aide de cuisine et employés polyvalents de restauration ainsi qu’infirmiers et sage-femmes. Par ailleurs, ce que nous apprend ce sondage grandeur nature, c’est que “les services concentrent à eux seuls les deux-tiers des promesses d’embauche”, précise Karine Meininger. C’est le premier secteur qui recrute en Occitanie.
“Les difficultés de recrutements diminuent”…
Point positif, “pour la 3e année consécutive, les difficultés de recrutement diminuent”. Avec 41 %, les projets de recrutements (81 700) sont qualifiés de difficiles. C’est 6 points de moins que l’année dernière.Karine Meininger ne fait pas mystère de l’exigence demandée à ses collaborateurs pour cette “boîte” – France Travail – dont certains sont même référent d’une filière. Elle évoque une “feuille de route” à respecter ; de la “prospection” systématique sur le terrain ; des “objectifs en parts de marché” “Nombre de recrutements aboutis”, “marge de progrès” “l’obsession du job first”, de “l’accompagnement intensif”. Et milite pour le “recruter autrement”.
… comme la part d’embauches saisonnières

Dans ce panorama, France Travail constate que la part d’embauches saisonnières diminue. “L’Occitanie se situe en 5e position des régions les plus saisonnières de France avec 41 % de projets saisonniers, une part qui diminue entre 2025 et 2026 (-2 points) et qui demeure bien au-dessus de celle observée au niveau France (32 %). Au total, la région comptabilise près de 82 000 projets saisonniers.” Essentiellement dans l’agriculture et l’agro-alimentaire et l’hôtellerie-restauration. Avec un taux de saisonnalité supérieur à 50%, pour quatre départements : Pyrénées-Orientales, l’Aude, le Tarn-et-Garonne et la Lozère. Les métiers de viticulteurs, arboriculteurs, agriculteurs, employés de l’hôtellerie, serveurs de cafés restaurants et les sportifs et animateurs sportifs figurent parmi les métiers les plus saisonniers de la région.
“Beaucoup aimeraient embaucher. Mais si les entreprises ne le font pas, c’est qu’elles manquent de perspectives”
Le Médef du Gard (syndicat patronal) par la voix de Steeve Calligaro, a profité de l’occasion qui lui était donnée pour dresser un panorama plus inquiétant avec “une hausse de 12 % des procédures collectives en 2024, 2025 et 2026″. Dans le Gard, où le taux de chômage est de 10 %, “on compte 2,5 points de demandeurs d’emplois par rapport à la moyenne nationale et un point au-dessus de celle d’Occitanie.” Sans parler du secteur du tourisme, fragilisé. Le taux de chômage en Occitanie s’établissait au 4e trimestre 2025, selon l’Insee, à 9,4 % de la population active (+ 0, 7 points en un an).

Le principal syndicat des hôteliers-restaurateurs, l’UMIH, pointe, selon Steeve Calligaro, une “baisse de 22 % du chiffre d’affaires au premier trimestre. Alors on pourrait évoquer des freins conjoncturels” comme “le temps politique” passé {les municipales, Ndlr}, les différentes crises. Mais il y a aussi des raisons structurelles comme “l’accès aux aides, la fiscalité”… Vers un plaidoyer : “Il faut que les entreprises se portent bien {pour embaucher, Ndlr}. Il y a des choses à faire comme la facilitation des dispositifs d’embauche, la flexibilité du travail ; adapter le code du Travail… Libérer les énergies… Beaucoup aimeraient embaucher. Mais si les entreprises ne le font pas, c’est qu’elles manquent de perspectives. Il manque une vision économique à moyen et long terme avec une simplification des dispositifs.”
1,4 millions de jeunes sans emploi ni formation
Steeve Calligaro a poursuivi : “Nous avons besoin d’une adéquation aux besoins”, a-t-il insisté, saluant toutefois l’action de France Travail, citant son “père qui était artisan. Créer un 2e ou un 3e emploi, c’est au-delà d’une prise de risque”, c’est se colleter avec une gestion administrative souvent très compliquée, a-t-il dit en substance. “Et puis, il y a la situation de 1,4 millions de jeunes en France qui ne sont pas en situation d’emploi, si en études ni en formation, on les appelle les Neets (not in education, employment or training)”, a-t-il appuyé, en contrepoint à la formidable réussite de Symétrie.
Représentant la CPME, Régis Olagnier a, lui, tiré la sonnette d’alarme encore plus aiguë dans le BTP : “C’est compliqué dans le bâtiment… Pour le second oeuvre, on ne recherche pas d’emplois. Des maçons, oui mais on n’en trouve pas. C’est compliqué…”
L’emploi est un défi commun ; il est indispensable que les personnes qui sortent d’un organisme de formation soient employables”
Jérôme Bonet, préfet du Gard

Présent, le préfet du Gard, Jérôme Bonet, a opiné : “Une partie de la jeunesse sont des Neets, en effet, loin de l’emploi.” En ajoutant sa propre analyse de l’emploi : “Le défi, c’est aussi tenir compte des besoins qui changent ; comme les profils qui changent. Par exemple, parfois, une entreprise investit sur un salarié. Et ce dernier parfois veut en partir.” Ce n’est pas une question de salaire ou de conditions de travail : “Il veut juste faire autre chose. Ce type de population est aussi un défi.” Plus généralement, “l’emploi est un défi commun ; il est indispensable que les personnes qui sortent d’un organisme de formation soient employables. C’est l’un de nos défis majeurs (…)” Et Karine Meininger de renchérir : “Il nous faut être aussi réactif qu’une entreprise comme Symétrie…” Citant la bonne idée de l’entreprise Tuffery avec sa production de jean’s depuis Florac, en Lozère de “faire de l’hybridation”, des salariés qui passent de la logistique à la vente à d’autres moments.
Des secteurs qui embauchent, il y en a pourtant et, parfois, il y a ceux auxquels on ne pense pas. La démographie qui est en baisse dans le pays et en Occitanie comme Dis-Leur vous l’a expliqué ICI, raréfie mécaniquement le nombre de candidats.
L’armée, qui recrute 20 000 à 25 000 jeunes chaque année, leur “doit bien une bonne reconversion”
Représentée par le général Steve Cauleton, l’armée veut d’abord, elle aussi, “attirer, former, fidéliser”. Des militaires qui ont des qualités sur le marché du travail à travers des “savoir-être” de plus en plus demandés, comme “la ponctualité”. “Les armées, ce sont 270 000 personnes en France et, chaque année, nous en recrutons 20 000 à 25 000 nouveaux militaires par an, surtout des 16 ans-25 ans, gendarmes compris puisque ce sont des militaires. Nous sommes le premier recruteur national devant Carrefour ! Nous proposons 120 métiers différents pas tous connus au-delà de l’image du fantassin. Cela va aussi du non-qualifié à celui qui a fait des études jusqu’au cyber-combattant, à des emplois dans la logistique, etc. Mécanos, informaticiens, géographes, On va les chercher à la petite cuillère… Et, ensuite, nous devons bien une bonne reconversion à nos militaires”, a dit le général. Comme ce fut le cas à Symétrie. Qui fut notre premier et sera le dernier.
Olivier SCHLAMA
(1) Suite au contexte géopolitique actuel, des besoins du secteur de la Défense ont été identifiés. L’Occitanie est la 3e base industrielle et technologique de défense française, rassemblant 430 entreprises et près de 21 000 emplois, soit 10 % des effectifs nationaux. Plus de 1 300 PME et entreprises de taille intermédiaire contribuent également à concevoir et produire des équipements pour les armées. “Dans ce contexte, France Travail se mobilise et agit pour accompagner la montée en puissance des entreprises de notre Base Industrielle et Technologique de la Défense, en mobilisant notre offre de services et l’ensemble des dispositifs pour accompagner les besoins en main d’œuvre (Méthode de Recrutement par Simulation, immersion, Préparation Opérationnelle à l’Emploi…)”
Des tripodes high-tech indispensables à l’aérospatial, le nucléaire et même l’arme atomique… !
Cofondateur de Symétrie, Olivier Lapierre dit : “Produits standards, variantes ou projets : c’est un joli mécano pour ingénieurs. Nous développons des brevets autour de ces hexapodes. Ce qui fait notre force, c’est notre adaptabilité et notre réactivité à répondre à des projets spécifiques.”
“Nous recrutons en permanence et à tous niveaux”

Les appareils de Symétrie ne sont pas de vulgaires trépieds ; ce sont des plateformes robotisées capables de bouger dans toutes les directions avec une précision extrême, chirurgicale, et se retrouve dans nombre d’applications comme “pour assembler aussi précisément que possible deux tronçons d’une pièce d’avion, par exemple ; bien positionner des instruments de mesure dans un hélico ou un sous-marin ; dans le domaine de l’optique, le spatial et même le nucléaire”, explique Olivier Lapierre, le cofondateur de l’entreprise. “Nous recrutons en permanence ; des collaborateurs de tous niveaux : ouvriers, techniciens, ingénieurs, docteurs… On s’appuie pour cela sur le réseau local de formation, les écoles d’ingénieurs, les universités de Nîmes et Montpellier et beaucoup sur les services de France Travail. On embauche aussi d’anciens militaires sur du service après-vente, d’installation, notamment.”
Autonome en électricité !
Parmi ses clients, la NASA ou le Commissariat à l’énergie atomique français avec des applications servant à l’arme nucléaire, accumulateurs de particules… Ses outils peuvent tester, sans quitter le labo, du matériel aéronautique, de défense, spatial, satellitaire… Cela se joue à l’échelle de l’infiniment petit. Ecolo aussi au niveau de la construction : les locaux ont été réalisés à 80 % en ossature bois et des cloisons remplies en tissus recyclés servant d’isolant. Symétrie recourt aussi à a géothermie ! Si bien que cette boîte est quasiment autonome pour sa consommation d’électricité…!
O.SC.