Depuis 2017, la population augmente en Occitanie, assise à la 3e place des régions les plus peuplées de l’Hexagone, mais c’est un effet d’optique. Cette hausse n’est le fait que de nouveaux arrivants dû à l’attractivité de l’Occitanie. Le solde naturel, lui, est en baisse inquiétante : on fait de moins en moins d’enfants…
Les dynamiques de populations sont déterminantes pour la vitalité d’un territoire. L’Insee Occitanie vient de publier les derniers chiffres concernant notre région et ils sont parlants. Premier d’entre eux : la croissance de la population en Occitanie “reste soutenue”. Au 1er janvier 2026, nous étions 6,247 millions d’habitants dans l’ensemble des 13 départements de la région. Au rythme de + 0,7 % par an en dix ans. “Soit une dynamique de population annuelle deux fois plus rapide que la moyenne métropolitaine nationale (+ 0,4 %)”, indique l’Insee. Entre 2016 et 2026, la vitalité démographique de la Haute-Garonne et l’Hérault étant les plus prégnantes, avec respectivement + 1,2 % de hausse en 2025 et + 1,1 %.
En Occitanie, en 2026, un habitant sur quatre est âgé de 65 ans ou plus contre un habitant sur cinq il y a 20 ans”
Mais… Parce qu’il y a un mais de taille : certes, nous avons + 43 000 habitants par an (la population de Castres) et nous sommes à la deuxième place pour cette vitalité démographique dans le pays, après la Corse. Mais ce n’est le fait que des nouveaux arrivants sur le territoire. Car le déficit naturel est largement négatif : le nombre de décès est supérieur (64 400 en 2025, + 1,5 %) et de loin sur les naissances (50 300, – 1,1 %). On enregistre donc un solde naturel de – 14 100. “En Occitanie, en 2026, un habitant sur quatre est âgé de 65 ans ou plus contre un habitant sur cinq il y a 20 ans, en 2006. C’est le vieillissement de la population qui est à l’oeuvre avec l’arrivée à un âge avancé des générations du baby boom, nées entre 1945 et 1975. En parallèle, la part des moins de 20 ans recule (21 % en 2026 contre 23 % en 2006). De sorte que l’on distingue 117 séniors pour 100 jeunes de moins de 20 an. Il y a 20 ans, c’était l’inverse : 82 séniors pour 100 jeunes. Ce vieillissement est moins marqué en moyenne en France”, pose Nabil Mounchit, auteur de l’étude.
29 % de séniors dans les Pyrénées-Orientales
Quand on entre davantage dans le détail, “sur 19 départements les plus âgés de France, huit sont des départements d’Occitanie. Ruraux. Le Lot étant sur la première marche du podium avec un tiers des habitants de plus de 65 ans. On y trouve aussi le Gers, les Hautes-Pyrénées, l’Ariège ou l’Aveyron ; à l’inverse en Haute-Garonne, il n’y a que 80 séniors pour 100 jeunes”. Des séniors que l’on retrouve davantage en nombre sur le littoral. Avec de nombreux habitants nées entre 1950 et 1960, “le vieillissement va s’accentuer”, promet-il. Les Pyrénées-Orientales ? La croissance de la population est la plus marquée négativement de la région ; et davantage portée par l’attractivité de ce département où vivent 29 % de séniors (plus de 65 ans). L’Aude n’est pas en reste.
L’espérance de vie en Occitanie ? Elle va accentuer l’effet vieillissement, en hausse, s’établissant à 85,8 ans par femme (+ 2,7 ans depuis 2000) et 80,6 ans pour les hommes (+ 4,6 ans de plus depuis 2020). Nabil Mounchit, auteur de l’étude pour l’Insee, avance “les progrès médicaux, notamment dans le traitement et la prévention des maladies cardio-vasculaires et dans la prévention des comportements à risques“.
“Valeurs plus égalitaires”, crainte du bouleversement climatique
Dans le détail, le taux de fécondité en Occitanie s’établit à 1,43 enfant par femme alors qu’il en faut 2,1 pour renouveler une génération et qu’il était de 1,92 % en 2011. “Avec 1,43 enfant par femme, c’est le taux le plus bas depuis que l’Insee le calcule. En 15 ans, le recul du taux de fécondité correspond à 0,5 enfant en moins par femme”, explique Katia Le Goaziou, directrice-adjointe de l’Insee Occitanie et directrice des études. Avec un âge moyen en Occitanie de 44 ans (43,9 ans exactement), soit un gain de quatre année en 25 ans. Et une baisse sur l’ensemble des 13 départements de 678 naissances sur un an.
L’Insee avance quelques explications face à cette situation de déclin démographique comme le mauvais contexte social et économique ; un avenir incertain dû aux crises répétées et une nouvelle conception de la famille où l’homme et la femme “défendent des valeurs plus égalitaires”, ce qui joue pour les tâches quotidiennes et dans l’évolution professionnelle. Et comme cela apparaît dans de nombreuses autres études, la crainte du bouleversement climatique.
“En France, la proportion des séniors (65 ans et plus) est plus ou moins équivalente à celle des moins de 20 ans”
Directrice-adjointe de l’Insee Occitanie, Katia Le Goaziou rappelle que l’Occitanie s’inscrit dans un mouvement général qui touche le pays et l’Europe. “La population française s’établit à 69,1 millions d’habitants. En 2025, c’est la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale que le nombre de naissances est inférieur au nombre de décès (- 6000). Notre modèle s’essoufflé. Avec une baisse de 2,1 % (soit 645 000 bébés), la France n’est pas un cas isolé mais elle a tenu plus longtemps ; c’est à partir de 2010 que la courbe a commencé à s’inverser. On retrouve les mêmes tendances sur le solde naturel dans tous les pays d’Europe. Les femmes font moins d’enfants (1,56 % e moyenne). Et la proportion des séniors (65 ans et plus) est plus ou moins équivalente désormais à celle des moins de 20 ans.”
Occitanie : une étude d’ici fin 2026 sur les profils de ceux qui s’y installent et qui en partent
On ne connaît pas encore le profil des gens qui viennent s’installer dans la région mais l’Insee y travaille qui prépare une étude sur ce sujet. “La philosophie de ce projet que nous devrions publier d’ici la fin de l’année, c’est de savoir qui arrive mais aussi qui part d’Occitanie. On sait qu’il y a moins de désir d’enfant et que la population vieillit partout. Mais ce qui compte de faire apparaître, c’est la classe d’âge ; s’ils sont jeunes ou pas.” Grosso modo, on sait déjà que Haute-Garonne et Hérault attirent les plus jeunes et que le littoral attire, lui, plus volontiers les séniors.” On sait aussi que les dynamiques ne sont pas forcément les mêmes dans les métropoles de Montpellier et Toulouse que dans le milieu rural. “Encore une fois, on sait que le modèle de la famille change. Et quand on étudie la baisse de fécondité, cela touche toutes les catégories socio-professionnelles.”
Et l’Insee d’en conclure que “l’essor démographique de la région ne repose que sur son attractivité”. Pire, ce déficit naturel “se creuse” depuis 2017 sauf pour la Haute-Garonne. Les raisons avancées pour ce recul ? Une fécondité en baisse – plus marquée dans les grandes villes – ce qui est le cas partout en France conjuguée au vieillissement de la population.
Olivier SCHLAMA